Destiny Connect : Tick-Tock Travelers

25 oct. 2019

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Aux dernières informations, Nippon Ichi Software n'allait pas très fort économiquement. Pourtant, droit dans ses bottes, entre rééditions et nouveautés fauchées, il continue de s'adresser à une niche de passionnés qui le gardent à vue. Le prix tout doux de ses jeux aide grandement à voir les originalités et bonnes volontés d'œuvres sans prétention qui font le taf. De manière totalement inattendue, Destiny Connect est de ceux-là et bien plus encore.

L'histoire

Alors que la ville de Clocknee fête son entrée dans une nouvelle année, le temps se fige. Les feux d'artifice brillent éternellement, les habitants immobiles occupent l'espace tels des sculptures urbaines et, mystérieusement, téléviseurs et appareils ménagers envahissent les rues. Nos jeunes héros Sherry et Pegreo n'ont pas été touchés par cette malédiction et voilà qu'ils découvrent Issac, un robot appartenant au père de Sherry. Il possède la formidable capacité de voyager dans le temps. Les voici partis pour inverser le cours de l'histoire, sauver la ville et découvrir ses fondations temporelles, étroitement liées à celles de nos personnages.

Une vision rudimentaire des voyages dans le temps.

Le principe

Destiny Connect propose une expérience qui surprend de la part de Nippon Ichi Software. D'abord des personnages très cartoons, proches des créations occidentales. Ensuite l'éditeur, plus habitué aux histoires prétextes qui ne valent que pour leur spectaculaire système de jeu, prend ici le temps de construire une histoire extrêmement ficelée, singeant les aspects les plus actuels de vos séries préférées. Le jeu est abondamment chapitré - plus ou moins une heure de jeu par chapitre. De plus, sans temps mort, vous êtes plongé dans une histoire en temps réel. Le jeu ne s'embarrasse d'aucune transition et ne vous laisse que peu de temps pour gambader. Destiny Connect n'a d'un J-RPG que l'apparence : son déroulement à grande vitesse s'apparente plus à celui d'un action-RPG ou d'un TPS. Déroutant.

L'héroïne a des petites poses sympa.

L'ambiance

Nippon Ichi Software est très malin. Pour créer une histoire à tambour battant, il s'appuie sur des personnages réussis, attachants et un parti pris scénaristique qui aide à faire passer l'idée que l'aventure ne se déroule qu'en un lieu unique, la ville de Clocknee. Au présent, elle est plutôt jolie, cohérente, délicatement mêlée de décors victoriens en centre-ville et d'architectures urbaines plus rugueuses en périphérie, avec ses chemins champêtres en bordure. Son évocation au passé et au futur par contre est bâclée, faite de ruines et de sable. Vous comprendrez rapidement que le manque d'argent a condamné le jeu qui semble tout droit sorti de l'ère PS2 : lieux inconstants entre va-et-vient, murs invisibles et succession de couloirs qui se traversent très vite et ne manqueront pas de vous froisser.

Destiny Connect prend donc le J-RPG à contre-pied puisque le schéma classique de l'aventure à l'échelle d'une carte monde n'y est plus. Ici aucune quête secondaire ; c'est à peine si les boss optionnels se distinguent des autres ennemis. Toute notion de montée de niveau est exclue et dérisoire, les ennemis vous poseront peu de difficultés et seule compte la narration.

Issac en robot boxeur.

Les combats

Même les mécaniques de combat s'en trouvent légèrement mais suffisamment modifiées pour offrir au jeu, un classique tour par tour, un surplus d'intensité. La barre d' « esprit » qui vous permet d'utiliser vos compétences se recharge toute seule ; l'air de rien ça fait toute la différence. L'utilisation des sorts devient la norme et vous permet de créer différentes palettes de combos qui rendent les combats sensationnels. Surtout que les membres de l'équipe montent en niveau simultanément, ce qui vous incite à changer la configuration de votre équipe puisque aucunes des compétences entre les personnages ne se ressemblent et toutes se révèlent très intéressantes. Même Issac le robot possède plusieurs transformations, toutes géniales, avec leurs propres pouvoirs : pompier, cowboy, samouraï... Pour le coup, si vous êtes joueur occasionnel, vous allez adorer l'énergie qui se dégage du titre ; si vous êtes connaisseur, vous allez rêver que ce système intègre un jeu plus classique dans son déroulement avec un challenge accru pour pouvoir en profiter à fond.

Votre équipe d'aventuriers.

Pour qui ?

Destiny Connect renvoie à nos jours heureux et fait le choix de l'animation familiale à l 'esprit très Nickelodeon des années 2000, entre savant fou, gros cerveaux et robots fantasques. Les papas seront ravis de partager ces instants avec leurs enfants. Les autres seront sans doute agacés par des personnages très expressifs et des thématiques « bon enfant » d'un autre âge. Ils regretteront que le J-RPG qui aurait dû découler de ce travail n'ait pas été plus ambitieux, mais au prix proposé ils ne regretteront pas d'avoir vécu cette charmante aventure qui leur laissera d'impérissables souvenirs.

Les enfants vont adorer le design des ennemis.

L'anecdote

Mention spéciale au design des ennemis, qui fait fortement penser au travail de l'artiste sud-coréen Nam June Paik. Un renvoi ambitieux pour un jeu familial où la vieille question des écrans, de la technologie et de notre rapport à la consommation resurgissent. Intéressant.
Les Plus
  • Scénario hors norme
  • Combats épatants
  • Les transformations originales du robot
  • Une vraie expérience pleine de culot
Les Moins
  • Aucune difficulté
  • Seulement en anglais
  • Architecture des niveaux revenue de l'époque PS2
Résultat

Destiny Connect propose, avec les moyens d'une autre époque, une expérience culottée qui vous emporte jusqu'au bout. Le choix de faire un jeu chapitré, qui fonce à toute vitesse sur les rails d'une histoire qui se veut sans temps mort, trouve parfaitement sa place sur Switch. De plus les mécaniques sont cohérentes, en parfaite adéquation avec le ton que les développeurs ont voulu donner à leur jeu très cinématographique. Destiny Connect, c'est du double concentré de J-RPG : hautement coloré, mais tellement acide qu'on aimerait le diluer dans un peu d'eau pour libérer ses saveurs, le faire durer, en profiter plus longuement...