Stupid Invaders

30 déc. 2000
Testé par sur
Disponible sur
4
  • Éditeur Ubisoft
  • Développeur Xilam
  • Sortie initiale 15 décembre 2000
  • Genre Aventure

La qualité est bien au rendez-vous : scénario fouillé, interface discrète et pratique, ambiance originale, musiques inspirées, univers très référencé, décors cartoons bourrés de détails amusants, le tout assaisonné d’un humour tellement débile, gras, niais et imprévisible qu’il en devient jubilatoire. Bref, ce jeu possède absolument toutes les qualités requises pour vous enthousiasmer. Xilam nous prouve enfin qu’un jeu d’aventure réussi n’est pas exclusivement l’apanage des studios Lucas Arts. Avec le quatrième épisode de la série Monkey Island, Stupid Invaders est incontestablement le jeu d’aventure de l’année.

Ils sont 5 (comme Le Club des… ) mais il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. Idiots, bêtes, sans cervelles mais pas bien méchants, tels sont les Zinzins de l’espace. Bien connus des habitués du petit écran, ces stupides envahisseurs se crashent sur nos PC, dans un jeu d’aventure délirant qui n’a rien à envier aux plus grands hits du genre. Test complet mais néanmoins débile.

Chasse à l’E.T.

L’espace nous a offert un paquet d’extraterrestres à l’allure étrange et aux intentions douteuses, mais jamais petits hommes verts n’ont encore été aussi débiles et originaux que ceux que vous allez rencontrer dans ce jeu d’aventure délirant. Après une panne de soucoupe soi-disant volante, cinq E.T. s’écrasent à grand fracas sur terre, dans le grenier d’une maison à louer. Cet événement bruyant n’a pas échappé à Doc Sakarine, un scientifique hystérique, collectionneur de bizarreries à ses nombreuses heures perdues. Pour mettre la main sur ces spécimens, ce savant fou va leur envoyer Bolok, un chasseur de prime aussi dangereux qu’abruti, qui n’aura de cesse d’inventer des pièges diaboliques pour parvenir à ses fins.
 

Drôles d’oiseaux

Et le jeu en vaut la chandelle car il s’agit bien de spécimens rarissimes : Etno, le puits de sciences sans fond, Candy, l’homme (?) de ménage hyper maniaque, Gorgious, l’estomac insatiable qui squatte perpétuellement le frigo, Stéréo, les deux têtes qui ne sont jamais sur la même longueur d’onde, et enfin, Bud, le téléphage qui zappe plus vite que son ombre. Pas étonnant qu’une ménagerie comme celle-ci entraîne des aventures aussi loufoques. Au cours du jeu, vous allez diriger ces personnages les uns après les autres. Leur manière de penser est assez similaire (ils ne pensent pas) mais les situations dans lesquelles ils vont se fourrer sont très différentes. L’exemple le plus flagrant est sans doute celui de Candy, un E.T. mâle dont l’identité sexuelle assez floue l’entraîne régulièrement dans les situations les plus scabreuses…
 

Ramonage express

Voici un exemple de situation pour vous donner une idée de l’absurdité générale : en vous baladant sur le toit de la maison, vous entendez des gémissements en provenance de la cheminée. Un coup d’œil à l’intérieur et vous voici nez à nez avec le Père Noël, qui vous explique que sa hotte, bourrée de cadeaux, aura bien du mal à se vider s’il reste coincé de la sorte. Surtout que depuis l’hiver dernier, il commence sérieusement à trouver le temps long dans ce conduit mal ramoné. Mais comment l’aider ? Tout simplement en utilisant un produit pour déboucher les toilettes. Malheureusement, le Père Noël ne résistera pas à ce traitement de choc et va se dissoudre en une vulgaire masse gélatineuse. Difficile, dans ces conditions, de continuer sa tournée… Les autres situations du jeu sont du même acabit, voir même, plus burelesques encore.
 

Rencontres loufoques

Outre un Père Noël visqueux, nos 5 compères vont rencontrer des personnages ahurissants, tout droit sortis de… l’imagination débordante, et surtout déjantée, des développeurs. Une mouche-taxi près de ses sous, un lapin-rose qui porte très bien sa couleur, un escargot de course ultra-rapide quand ça l’arrange, un poulet géant si émotif qu’il en devient explosif, une plante carnivore gloutonne, une cigogne mal lunée mais surtout mal nichée, un poison panné vivant (pas né donc mort ?), voilà un rapide aperçu de ce à quoi vous allez être confrontés. En tout, vous allez croiser plus d’une cinquantaine de personnages secondaires. Cette profusion apporte beaucoup de relief à une histoire déjà très travaillée et permet de donner plus de vie aux lieux visités.
 

Une référence de choix

En jouant à Stupid Invaders, on pense immanquablement aux jeux d’aventure Lucas Arts (en tous cas pour les plus vieux d’entre nous). Leur monopole dans ce domaine en perte de vitesse y est sans doute pour beaucoup. Ce sont les seuls, quasiment, à oser encore produire des jeux de ce type. Pas étonnant qu’en se lançant dans ce créneau ingrat (qualitativement très bon mais boudé par le public), Xilam se soit naturellement inspirée de ces brillants modèles. Ici, on retrouve surtout l’influence de Day of the tentacle. Si ce jeu n’est plus tout jeune (1993), son gameplay, son scénario et même, son aspect graphique, n’ont finalement pas pris beaucoup de rides. La maison des Stupid Invaders rappelle ainsi celle explorée par Laverne et Bernard dans DOTT, avec ses pièces un peu biscornues, son escalier légèrement déglingué, son jardin dépouillé mais aux éléments choisis avec soin… On progresse donc avec beaucoup de plaisir en terrain connu, avec un brin de nostalgie.
 

Clins d'oeil

Au cours de votre progression, vous pourrez noter une multitude de clins d’œil graphiques. Référence à Harcourt, d’abord, avec un portrait de Candy qui n’est pas sans rappeler le Gabin des années 40. A X-files, ensuite, avec l’affiche "I want to believe" si chère à Mulder. Citons aussi, en vrac, Tex Avery, Playboy, les années 70 (avec l’antre criard du lapin rose…), les Télétubbies, la Petite boutique des horreurs, etc. Les graphistes de Stupid Invaders ont pioché un peu partout pour créer un univers graphique très cohérent, bourré de références hilarantes. Ces différentes influences sont associées avec beaucoup de maîtrise, aussi bien dans la combinaison des couleurs que dans les angles de vues choisis. Enfin, l’ambiance sonore n’est pas en reste puisqu’elle nous donne l’occasion d’écouter des musiques librement inspirées des films de science-fiction des années 50. Elle s’adapte aussi parfaitement aux décors : musique guimauve pour l’ascenseur, stressante dans le grenier sombre, zen dans la chambre du lapin-rose…
 

Un humour grassouillet

L’omniprésence de l’humour constitue la clé de voûte du scénario de Stupid Invaders. Il est partout, aussi bien dans les situations que dans les excellents dialogues. Il est d’ailleurs beaucoup plus adulte que celui de la série originale, et certaines allusions ne sont pas vraiment à mettre dans toutes les oreilles. Mais on peut tout de même regretter l’utilisation appuyée d’un humour souvent très scatologique. Des cuvettes de toilettes apparaissent régulièrement et, au cours de leurs pérégrinations, les zinzins vont aussi se retrouver à l’intérieur d’une usine à bouse (où ils devront, entre autre, soigner une vache constipée…). Si c’est, en soi, très amusant car complètement débile, on se demande si le talent des développeurs n’aurait pas pu faire encore mieux en ajoutant plus de subtilité à cet humour.
 

Défauts de jeunesse

Même si dans un jeu d’aventure, la technique n’est pas l’essentiel, Stupid Invaders possède quelques petits défauts à ce niveau. Ainsi, le déplacement des personnages dans les décors n’est pas toujours bien géré, surtout lorsque les emplacements où ils peuvent évoluer sont étroits (dans le labyrinthe, par exemple). Mais il s’agit de détails sans grande importance puisque l’aventure demeure tout à fait jouable. Le seul vrai défaut de ce jeu (et c’est de loin un défaut qui prouve bien ses grandes qualités), c’est sa durée de vie. Pour un joueur expérimenté, l’aventure se terminera en une petite quinzaine d’heures, cinématiques comprises. On est un peu frustré de devoir s’extirper aussi rapidement de cet univers attachant. Gageons que les prochaines péripéties de ces zinzins seront plus longues.
Les Plus
  • L’humour adulte
  • L’ambiance sonore
  • Les dialogues hilarants
  • Les graphismes cartoons
  • L’univers très référencé
  • Les énigmes accessibles
  • La diversité des situations
Les Moins
  • Les petits problèmes de déplacement
  • Un poil trop court (15 heures)
  • Un humour scatologique parfois facile