Moto Racer 4

28 nov. 2016
Testé par sur
Disponible sur
1

Droit dans le mur, à pleine vitesse

Moto Racer 4 fait partie de ces jeux qui ne s'interrogent jamais. Alors certes, cela peut marcher lorsqu'une personne talentueuse tient la barre, mais cela peut surtout mener à la catastrophe. Finalement, Moto Racer 4 ne donne jamais l'impression de s'être posé les questions nécessaires à l'ambition d'une légende. Pire, il emprunte la voie de la facilité comme ses pilotes empruntent des raccourcis : sur un secteur morose, qui stagne depuis une bonne dizaine d'années, la série culte se tourne vers l'arcade facile et ne bouleverse jamais la donne. Ajoutez à cela tout ce qui constitue une expérience catastrophique (système de progression farfelu comme jamais, IA mal calibrée, gameplay imprécis, bugs, etc.) et vous obtenez un jeu tout ce qu'il y a de plus frustrant.

À l'annonce de Moto Racer 4, difficile de savoir ce qui traversait notre échine : la nostalgie et l'impatience de retrouver une série vieille de 20 ans, ou la peur d'être face à un énième jeu de commande appartenant, qui plus est, à un genre en berne.

Le principe

Tout juste quinze ans après le bien nommé Moto Racer 3, quelle pourrait bien être l'orientation de Moto Racer 4 ? Allait-il jouer la carte de l'arcade ou de la simulation ? Coupons court aux spéculations : Moto Racer 4 est un titre qui mise sur l'arcade à outrance.

Tout commence par le design des pilotes. Du héros de sentaï façon Bioman à la fille sexy (avec des oreilles de chat sur son casque), Moto Racer 4 donne le ton. Et une fois en course, c'est bel et bien l'excentricité qui prime. Avec les tracés d'abord, ces derniers n'étant parfois pas sans rappeler les pentes vertigineuse de l'oubliable Pure. Les sauts et tremplins sont nombreux et pour cause : les figures vous permettent de bénéficier d'un boost mais aussi d'assurer votre réception à coup sûr. Un point important étant donné la difficulté globale des courses.

En effet, le principal souci de Moto Racer 4, c'est d'être exigeant tout en proposant un gameplay finalement très perfectible. Entre la sensibilité du stick et les pistes parfois chaotiques, le jeu a surtout de quoi frustrer. Symbole de cela, la gestion aléatoire des collisions, qu'il s'agisse de celles liées à certains murs ou de celles provoquées par les quelques véhicules croisés ici et là. Mention spéciale à ces passages durant lesquels votre moto s'arrête sans explication, ou quand un contact la fait reculer voire rebondir.

L'autre problème, c'est le système de progression et la difficulté du titre. Attention, bon courage pour comprendre. Ainsi, vous avez trois niveaux de difficulté pour chaque épreuve : si vous gagnez votre course, vous remportez le nombre d'étoiles correspondant à votre choix. Si vous perdez : vous en perdez autant. Vous pouvez donc vous retrouver dans une situation complètement ubuesque, à devoir débloquer une étape avec un certain nombre d'étoiles, essayer de perfectionner votre score mais finalement perdre plus d'étoiles que vous en avez gagné. N'importe quoi, surtout compte tenu du niveau corsé de certains adversaires et du manque de calibrage du gameplay.

Autant vous dire qu'en partant de là, les mécaniques sont à la fois vos meilleurs atouts et vos pires ennemies. Vous commencez une course de championnat qui vous est inconnue et souhaitez faire un départ canon ? Bonne idée, sauf que le premier virage vous emmène droit dans le mur. Vous souhaitez recommencer le championnat ? Pas de chance, vous êtes obligé de le quitter et de repasser par le menu principal. Reste alors la gestion des figures, la possibilité de percuter vos concurrents ou la présence (entre autre) d'un turbo "interactif" (appuyez au bon moment lors d'un wheeling pour avoir un boost supplémentaire).

Vous retrouvez la présentation d'antan. En orange clair, les stats max du pilote (via des upgrades).

L'emballage

Esthétiquement, Moto Racer 4 est parfois beau, souvent moche et presque toujours ringard. D'un côté, la vitesse du jeu est appréciable, ainsi que certains effets plutôt réussis (routes mouillées, brume, etc.). De l'autre, difficile d'être séduit par un design déjà croisé mille fois depuis une dizaine d'années. Pour le retour d'une licence aussi célèbre, un peu plus d'ambition aurait été bienvenue. Un mot tout de même sur les modes VR du titre, pour l'instant au nombre de deux (Time Attack et Hot Lap). Visuellement digne de la PlayStation 2, cette VR pâtit surtout du concept même du jeu de moto. En effet (et nous avions déjà rencontré ça dans DRIVECLUB VR, mais dans une moindre mesure), difficile de vous sentir sur une moto quand vous ne ressentez pas l'inertie du bolide. Vous avez simplement l'impression d'être dans une caméra à la première personne, sans réelle gestion de la physique du véhicule. Ce point était déjà présent dans le titre automobile de Sony, mais se faisait tout de même moins sentir compte tenu de la présence d'un habitacle, et qu'il est toujours possible d'avoir un volant entre les mains avec un jeu de voiture (en plus du casque). Dans Moto Racer 4, la VR est donc tout ce qu'il y a de plus anecdotique du fait que ce genre si spécifique ne soit pas forcément adapté au procédé. Et ce n'est sans doute pas la venue d'autres modes (prévus dans le futur) qui y changera quelque chose.

Une preuve de plus que la VR a encore beaucoup de travail pour s'imposer...

Le multi

La bonne nouvelle, c'est que le titre sait parfois puiser dans ses origines. Ainsi, il a la riche idée de proposer un mode multijoueur en écran partagé. C'est déjà ça. En ligne, plusieurs modes sont disponibles, en particulier le mode Roi de la Route vous demandant de rester en tête le temps qu'un compteur défile. Très sympathique, même s'il est probable que le mode en ligne soit très prochainement déserté par les joueurs.

Ce circuit de cross fait partie des rares bonnes surprises.

Pour qui ?

Moto Racer 4 est un jeu hors du temps, une sorte de gloubi-boulga temporel. D'un côté, son aspect ringard et certains points (caractéristiques des pilotes, difficulté, etc.) rappellent inévitablement les premiers jeux de la série. De l'autre, le système de progression et le sentiment que le titre essaye de mélanger trop de mécaniques est terriblement contemporain.

Au final, Moto Racer 4 finit par ne correspondre à personne. Pire que cela, il oublie que même les joueurs des années 90 ont grandi. Ainsi, impossible d'imaginer qu'un joueur nostalgique puisse se satisfaire d'une expérience à la fois si peu calibrée et si ridiculement exigeante.

Dans cette épreuve, slalomez entre les voitures et finissez le parcours dans le temps imparti.

L'anecdote

Difficile aussi de ne pas parler de la durée de vie de Moto Racer 4. Sachez donc que l'expérience est aussi longue qu'artificielle. Je me souviens par exemple de ces deux ou trois heures à être resté bloqué au milieu du jeu, tout cela parce qu'il me manquait quelques étoiles. J'ai alors recommencé certaines courses, parfois en perdant plus d'étoiles que je n'en gagnais. Une situation ridicule et je me doute que bien des joueurs n'auront pas ma patience, et préféreront laisser croupir le jeu au fond d'un tiroir.

Un petit aperçu du système de progression.

L'astuce

D'ailleurs, voilà une petite indication bien pratique en vue de finir le titre. Rappelons le principe du système de progression en prenant un exemple concret. Il vous manque une étoile pour débloquer un parcours. Vous décidez alors de participer à une course que vous avez déjà faite, en mode facile, mais cette fois-ci en mode normal ou difficile pour glaner une ou deux étoiles de plus. Si vous ratez l'objectif, vous perdrez des étoiles en fonction du niveau de difficulté, et ce jusqu'à ce que vous remplissiez de nouveau l'objectif.

Avant les épreuve, le jeu vous précise d'ailleurs que si vous "perdez une épreuve ou la quitter, vous perdrez un nombre d'étoile en conséquence". C'est faux : sachez qu'en quittant une épreuve, vous ne serez jamais pénalisé. Ainsi, si l'objectif est trop compliqué pour vous, n'hésitez pas à rebrousser chemin plutôt que de terminer le défi. La présence de cette indication sur les écran de chargement est donc amusante : Artefact s'est-il rendu compte du ridicule de ce système au point de rétro-pédaler au dernier moment, alors que les écrans de chargement étaient déjà intégrés ?
Les Plus
  • Parfois joli
  • Assez speed
  • Deux/trois tracés sortent du lot
Les Moins
  • Souvent moche
  • Un gameplay mal calibré
  • Une IA tout sauf réaliste
  • Un système de progression ridicule
  • Frustrant presque de bout en bout
  • Une durée de vie très artificielle
  • Un mode en ligne voué à être aussi désert que certaines pistes du jeu
  • La gestion des collisions et les bugs
  • Des courses finalement peu nombreuses
  • Des pilotes trop durs à débloquer ? (objectif trois étoiles dans les championnats)