S.T.A.L.K.E.R. sort de l'ombre

15 févr. 2007
Rédigé par
Prévu sur
  • Éditeur THQ
  • Développeur GSC Game World
  • Sortie initiale 23 mars 2007
  • Genre First Person Shooter

S.T.A.L.K.E.R. débarque enfin dans une version jouable largement diffusée (sans exclusivité). Et après plusieurs heures à errer dans cet univers de désolation, le constat est troublant. Difficile d'imaginer que le messie des joueurs PC puisse avoir si triste figure. Le bébé si longuement couvé de GSC Game World et THQ rend belle la laideur et glorifie les inclinaisons les plus viles. Le plus fou, c'est qu'il est impossible de ne pas s'en réjouir. Premiers pas dans un univers désolé loin d'être désolant.

Les architectures sont pensées pour que vous puissiez y accéder.

Jouer avec l'horreur

Qui a dit que le jeu vidéo ne pouvait pas traiter de sujets graves ? D’habitude quand un thème aussi lourd que la guerre est abordé, c’est pour en extraire les moments de grâce. La bravoure et le plaisir viscéral de tuer sont exaltés sous une couche d’édulcorant donnant au sang un goût de grenadine. Des sentiments comme la lâcheté ou l’avarice sont cachés et pourtant bien présents lorsque vous laissez vos camarades tomber au combat, quand vous comptez vos balles. S.T.A.L.K.E.R. a pour cadre l’une des catastrophes les plus terribles du vingtième siècle : Tchernobyl. Rien qu’à l’énonciation de ce nom les mentalités occidentales projettent leur culpabilité sur ce "dérapage" technologique sans précédent, inimaginable. C’est dans ce décor post-apocalyptique que vous échouez à la suite d’un accident. Rôdeur vous êtes, et les autres rôdeurs vous chassez. La vie d’avant, vous l’avez oubliée. Vous vous rappelez uniquement du nom de Strelok, votre cible. Le marchand qui vous recueille, Sidorovich, vous appelle "le marqué", en référence aux lettres S.T.A.L.K.E.R. tatouées sur votre avant-bras. Mais ne vous attendez à aucun traitement de faveur. Vous gagnerez votre pain comme les autres, en accomplissant des tâches dangereuses pour seulement quelques roubles. Ici, personne n’est votre ami sans que vous ayez fait vos preuves et le moindre geste de travers change l’attitude des gens envers vous. Si vous cherchiez un monde amical où vous seriez accueilli à bras ouverts, vous avez frappé à la mauvaise porte.

Les combats peuvent être abordés depuis un grand nombre d'angles.

Le mal est en vous

A peine mettez vous les pieds dans les ruines d’un village que la désolation vous accable. Les demeures sont éventrées, le ciel est à deux doigts de se déchirer, les habitants se consolent en jouant de la guitare autour du feu. Les uns et les autres sont sur le qui-vive, de peur que des pillards sévissent ou que des créatures s’approchent de trop près. Pour vous faire accepter, vous accompagnez la meute d’un dénommé Wolf au combat. Les hommes recherchent l’un des leurs aux prises de brigands. Armé d’une simple arme de poing, vous approchez lentement le camp ennemi, vos compagnons juste derrière vous. Les jumelles vous permettent d’observer leur nombre et leurs moindres gestes. Confiant, vous lancez l’assaut, comptant sur vos acolytes pour vous épauler. Malheureusement, la balle que vous venez de placer entre les yeux de votre victime ne suffit pas à l’abattre. Quand bien même parvenez-vous à le mettre au sol en vidant votre chargeur dans son torse, vous êtes blessé. En fouillant son corps, vous trouvez un fusil à pompe, des munitions et un morceau de saucisson. Vous le dévorez en moins de deux pour vous remettre d’aplomb : cela n’a que peu d’incidence sur votre santé. Il va en falloir du cochon pour vous remettre de ce combat. A peine relevez-vous la tête du cadavre que des balles vous sifflent à l’oreille. Vous repartez au combat. Les affrontement sont tellement difficiles, les adversaires si malicieux et résistants que lorsqu’un de vos compère tombe au combat, la tristesse laisse la place à l’avarice : vous vous ruez sur son corps pour le dépouiller. Vous apprenez ainsi que votre survie dans S.T.A.L.K.E.R. a un coût : celui de l’honneur.

Les zones radioactives, annoncées par des effets sonores et visuels, sont mortelles.

Le crépuscule des héros

Rien ne vient contredire ces sentiments par la suite. La zone interdite environnant Tchernobyl est triste, hostile et sans pitié. Vous vous réjouissez des combats opposant ennemis et alliés, vous n’attaquez que lorsque vous êtes sûr de l’emporter, vous jouez avec des pierres radioactives qui vous confèrent du pouvoir en même temps qu’elles vous détruisent peu à peu. Vous êtes un rat dans un décharge, un vautour au-dessus d’un charnier, une blatte dans un immense jardin. S.T.A.L.K.E.R. fait appel à tout ce qu’il y a de mauvais en vous, mais pourtant c’est si bon ! Aux premières heures passées sur cette preview, deux issues sont envisageables : soit l’atmosphère pesante vous fera sombrer dans la déprime, soit vous y serez accroc comme un chien suçant toute la viande d’un os. L’ambiance musicale à elle seule vous met mal à l’aise, et les voix russes de cette version non traduite font voyager sur place. Quand aux ruines, aux paysages, aux épaves, la cohérence graphique compense la trop longue attente d’un tel titre. Même si la technique n’impressionne plus, difficile de résister au charme de la lumière filtrant entre les trous d’un toit d’usine. C’est triste, lourd, morne. Et complètement différent de ce qui se fait ailleurs. Evidemment, de nombreux points restent en suspens avec cette version : les combats seront-ils définitivement aussi laborieux ? Dans un jeu où chaque balle est comptée, l’impossibilité de faire un headshot dérange. De même, les missions seront-elles assez diversifiées pour que le joueur ne sombre pas dans l’apathie virale qui règne dans ce monde ? Et surtout quelles peuvent être les dimensions d’un tel terrain de jeu ? Difficile de croire qu’après tant d’années d’attentes, le mystère S.T.A.L.K.E.R. puisse enfin se dévoiler. Pourtant, à moins d'un incident de dernière minute, les réponses à ces questions arrivent le 23 mars prochain.