WRC 6

27 janv. 2017
Interview par Griffith

Entretien avec Alain Jarniou

Après un premier essai réussi en 2015, la licence WRC continue de se perfectionner grâce au studio Kylotonn. Son game director - mariligérien qui plus est -, Alain Jarniou, s'est gentiment prêté au jeu des questions / réponses. Il revient pour vous sur le développement de WRC 6 et les possibles évolutions de la série.

"J’ai eu la chance de travailler avec Frederick Raynal."

Pour commencer, pourriez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours ? Comment avez-vous intégré Kylotonn, par exemple ?

Alain JarniouAvant de rejoindre Kylotonn, j’ai eu la chance de travailler avec Frederick Raynal à No Cliché chez Sega, à Lyon. Notre plateforme unique était la regrettée Dreamcast, pour laquelle nous avons créé le jeu Toy Commander, puis un projet d’aventure très ambitieux dans la lignée d'Alone in the Dark.

Spécialisé dans la programmation gameplay et "scénarique", je rejoignais alors Eden Games pour m’occuper en particulier du mode carrière de V-Rally 3. L’équipe d’Eden Games était à l’origine de cette célèbre série et la course automobile faisait partie des gènes de la société.

Par la suite, nous avons créé la licence Test Drive Unlimited, sur laquelle j’étais lead game programmer. Ce fut un réel succès et ce jeu créa un précédent dans l’univers du racing : pour la première fois, un jeu de course se déroulait dans un open-world. J’ai ensuite travaillé sur le deuxième opus de la série, Test Drive Unlimited 2, en tant que chef de projet. Nous avons créé un univers encore plus grand, avec plus de liberté et plus de liens sociaux entre les joueurs.

Lorsque Kylotonn a décidé de se spécialiser dans le jeu de course, j’ai logiquement rejoint l’équipe pour démarrer avec eux cette nouvelle aventure...
 

"WRC 5 nous a permis de nous faire connaitre en tant que développeurs de jeux de racing."

En 2015, BigBen vous a confié la célèbre licence WRC. Quel était l'enjeu pour Kylotonn ? Depuis, avez-vu pu mesurer l'impact de cette licence sur la notoriété du studio ?

Alain JarniouL’équipe Kylotonn Games existe depuis plus d’une décennie maintenant et a acquis une très bonne expertise dans la création de jeux vidéo. Nous avons développé notre propre technologie afin de répondre rapidement aux évolutions des différentes plateformes du marché, puis décidé de nous spécialiser dans les jeux de course automobile ces dernières années, sous l’impulsion d’une équipe et d’un chef de studio passionnés de ce domaine.

WRC 5, premier opus de la série confié à Kylotonn, était donc un vrai défi pour nous. C’était à la fois une licence majeure dans le monde des passionnés de compétition automobile, et un projet ambitieux en termes de taille. L’enjeu était donc important. Nous avons beaucoup travaillé pour que WRC 5 soit à la hauteur du renouveau attendu par les joueurs. Finalement, WRC 5 a eu un très bon accueil et nous a permis de nous faire connaitre dans le petit monde des développeurs de jeux de racing.



"Il est possible que l'accord entre BigBen et le WRC se prolonge encore quelques temps."

En général, un tel partenariat s’étale sur plusieurs années. Jusqu’à quand pouvons-nous espérer que BigBen et Kylotonn conservent cette licence WRC ?

Alain JarniouCe sont des discussions qui ont lieu entre BigBen et les responsables du WRC, il est possible que cet accord se prolonge encore quelques temps mais je ne peux pas vous en dire plus à ce sujet.
 

"Le Rallye a ses propres codes que nous essayons de retranscrire au mieux."

WRC 6 propose une dramaturgie des courses fidèlement retranscrite, notamment grâce à la gestion des obstacles sur la piste, à la durée des courses, à l’impact des dégâts et des crevaisons. C’est assez unique dans les jeux de rallye actuels d’allier ces paramètres. Cet aspect rappelle l’excellente dramaturgie des Formula One de Codemasters qui proposaient des courses assez longues, des arrêts au stand obligatoires, une gestion des pneumatiques, etc. Cette série a t-elle été une source d’inspiration pour vous ?

Alain JarniouIl est bien sur important pour nous d’observer les jeux développés par nos concurrents. Mais la Formule 1 est une discipline assez différente du Rallye : circuits fermés contre routes ouvertes, uniquement asphalte contre terre/neige/asphalte. Le Rallye a ses propres codes que nous essayons de retranscrire au mieux pour la meilleure expérience de jeu possible.

"Nous avons dû relever énormément de défis afin de créer un jeu complètement nouveau."

Dans le même esprit, le visuel et la végétation prennent une place importante dans cet épisode et participent pleinement à l’expérience du joueur. En plus d’apporter de la diversité, certains éléments peuvent gêner la perception du tracé. Après la sortie de WRC 5, cet aspect du jeu a t'il été l'une de vos priorités ?

Alain JarniouOui, clairement. WRC 5 était le premier opus de la série développée par Kylotonn, et le premier jeu de cette envergure pour le studio. Nous avons dû relever énormément de défis afin de créer un jeu complètement nouveau, à la hauteur des attentes des fans de Rallye et de la série des WRC. Les joueurs ont vraiment apprécié WRC 5 et le renouveau qu’il a apporté dans la série, mais il comportait des défauts et nous nous sommes efforcés à les corriger pour WRC 6, en particulier en écoutant les retours de la communauté des joueurs.
 

"WRC 6 été nominé dans les meilleures expériences VR de l'E3 2016."

Il semblerait qu'une version VR de WRC 6 était prévue. Avec la sortie récente du PlayStation VR, avez-vous des nouvelles de cette version et ce en quoi elle pourrait consister ? Ou bien a-t-elle été abandonnée au profit d’un éventuel WRC 7 ?

Alain JarniouNous avons effectivement développé une version spécifique VR de WRC 6 afin de permettre à notre équipe technique d’apprivoiser cette technologie et l’expérimenter dans un jeu de Rallye. Nous avons d’ailleurs présenté cette version à l’E3 2016, avec un très bon accueil du public. Nous avons même été nominés dans les meilleures expériences VR du salon.

Au final, le résultat était vraiment enthousiasmant, mais nous avons aussi été confrontés aux exigences d’une telle version. En particulier le besoin d’un frame-rate très élevé et constant, indispensable pour une expérience de qualité et éviter au maximum les effets de motion sickness.

Arriver à un tel résultat dans WRC 6, pour lequel l’environnement est très important, aurait demandé beaucoup d’efforts techniques et certainement une dégradation globale de la qualité graphique du jeu. Nous avons donc décidé de ne pas pousser l’expérience pour cet opus, mais restons ouverts pour l’intégration de cette technologie sur nos futures productions.
 

"L'aide d'un pilote aussi talentueux et passionné que Sébastien Chardonnet nous est précieuse."

Sur WRC 6, vous avez une nouvelle fois fait appel à un consultant de choix : Sébastien Chardonnet. En quoi a-t-il aidé à la conception du jeu ?

Alain JarniouNous travaillons avec Sébastien depuis WRC 5. Son aide, grâce à son expérience de pilote de Rallye, mais aussi de passionné automobile, nous est précieuse.

Contrairement à beaucoup de cas où des stars prêtent leur nom à un jeu sans vraiment y participer, Sébastien s’investit réellement dans la réalisation du jeu. Il nous aide à de nombreux niveaux : élaboration et réglages de la conduite des voitures, conseils sur la vie réelle d’un pilote pour le mode carrière, création des pace-notes (aides du co-pilote)... Son aide est indispensable et apporte beaucoup de réalisme à l’expérience WRC. C’est de plus un réel plaisir de travailler ensemble, notre collaboration continue encore pour nos futures productions racing.


"Il est évident pour moi que nous devons poursuivre l’expérience."

Depuis WRC 5, la licence se lance dans l’esport. Avec ce nouvel épisode, ce pan du titre est désormais gratuit. Quelles sont vos ambitions en misant sur ce secteur ? Est-ce le principe même du rallye avec ses courses automobiles réalistes qui vous y a poussé ?

Alain JarniouWRC 5 a ouvert la voie d’une compétition eSports pour un jeu de course automobile sous licence FIA officielle. L’idée a été dès le départ portée par notre éditeur BigBen qui a eu une réelle volonté de créer un lien entre compétition réelle et virtuelle. Cette idée peut paraître assez évidente aujourd’hui, mais elle était nouvelle à l’époque et nous avons dû batailler contre les préjugés à ce sujet.

La saison eSports WRC 5 s'est terminée en décembre dernier, en parallèle du Rallye du Pays de Galles pour cette année et le bilan est vraiment positif. La finale a été passionnante, emplie de rebondissements et beaucoup d’émotion, c’est réellement une facette de la compétition à part entière. J’ai eu la chance de participer à cette finale et rencontrer les joueurs, il est évident pour moi que nous devons poursuivre l’expérience. Cette année, pour WRC 6, l’accès au mode eSports ne se fera pas via un DLC payant, mais est inclus dans le jeu dès aujourd’hui, cela va ouvrir les portes de la compétition à plus de joueurs, et, je l’espère, la rendre encore plus passionnante.
 

"La saison WRC 2017 s’annonce particulièrement spectaculaire."

Le championnat du monde bénéficie d'ailleurs d’une nouvelle visibilité en France, grâce à sa diffusion sur La Chaîne L’Équipe où Sébastien Chardonnet participe justement aux commentaires. Cela influe-t-il sur le développement de la licence et vos motivations ?

Alain JarniouLe Rallye est une discipline automobile passionnante et extrêmement exigeante. Contrairement à des compétitions sur circuits, elle s’invite sur des routes ouvertes aux quatre coins du monde, la rendant accessible à un public varié, un peu à la façon d’un Tour de France. Mais vous avez raison, la contrepartie est qu’elle est plus difficile à médiatiser, il est techniquement plus difficile de pouvoir suivre toutes les étapes dans leur intégralité et cette contrainte l’a rendue plus confidentielle que la Formule 1 par exemple.

Aujourd’hui, les nouveaux médias et des techniques plus adaptées telles que les drones, permettent une diffusion beaucoup plus large de la compétition, c’est clairement un renouveau pour le WRC.

De plus, la saison WRC 2017 s’annonce particulièrement spectaculaire avec l’adoption d’une nouvelle réglementation pour les voitures qui permettra aux constructeurs de développer des voitures plus puissantes et plus agiles. Tous ces éléments influent effectivement sur le développement de nos futurs jeux de Rallye et nous permettent de renouveler l’expérience de jeu.


"Un jeu sous licence tel que WRC 6 doit respecter les règles de la compétition officielle."

Quelles sont les contraintes liées au fait de bénéficier d’une licence officielle ? Y a-t-il des idées que vous vous interdisez à intégrer, pour des soucis d’image ou autre ? Auriez-vous des exemples à nous donner ?

Alain JarniouUn jeu sous licence tel que WRC 6 doit effectivement respecter les règles de la compétition officielle. Les 14 pays du championnat sont ainsi reproduits, ce qui représente beaucoup de travail, comparé, par exemple, à un DiRT Rally qui ne propose que 6 pays. Les équipes officielles doivent aussi être représentées avec fidélité, ce qui implique des phases de validation avec tous les constructeurs.

Sous certains aspects, ça implique des limitations sur ce que nous pourrions imaginer proposer dans le jeu : pas de mode multiplayer avec des collisions, pas de voitures historiques, etc.

Mais au final, l’essentiel est de représenter fidèlement une compétition passionnante avec tous les éléments réels qui permettent une immersion maximale. C’est ce que recherchent les joueurs de la série WRC.
 

"Le jeu qui m’a le plus passionné dernièrement est certainement Metal Gear Solid V."

Pour finir, une question traditionnelle chez nous : quel est le dernier jeu que vous ayez apprécié ? Et, pour rester dans le cadre de WRC, selon vous quel est le meilleur jeu de rallye de l’histoire ?

Alain JarniouLe jeu qui m’a le plus passionné dernièrement est certainement Metal Gear Solid V : il est beau, la réalisation est incroyable, les possibilités de jeu sont immenses, l’équilibrage parfait, la durée de vie monstrueuse, même les véhicules sont sympas à conduire !

Essayer d’élire le meilleur jeu de rallye est compliqué, je peux en citer qui ont vraiment compté à mon sens : Colin McRae Rally 2.0, DiRT 3, V-Rally... Ils sont tous différents, mais proposent des expériences de jeu qui nous inspirent encore aujourd’hui.