Soulbringer

14 juil. 2000
Testé par
3

Infogrames UK se présente ici avec un jeu de rôles sans grande prétention de prime abord et devant lutter avec les mastodontes de l'été que sont Diablo II et Icewind Dale. Il dispose pourtant d'un potentiel accrocheur et d'une durée de vie exceptionnelle, sans jamais lasser le joueur. Même si le jeu repose sur une certaine linéarité, les quêtes sont assez variées pour vous tenir en haleine jusqu'à la fin du scénario. En outre, même si techniquement les développeurs ont assez peu poussé le jeu, surtout du point de vue des personnages "cartonnés" et des textures au sol hideuses, le moteur 3D tient la route et l'ambiance s'en trouve très bien rendue, au point de vous faire frissonner par moments à travers une ambiance sonore bien choisie. De plus, les systèmes de combat et de magie sont tous deux novateurs et intéressants et l'ambiance générale du jeu s'en retrouve renforcée, vous plongeant dans une excellente aventure dans laquelle il faudra éviter de vous perdre. Vous n'aurez d'ailleurs aucune carte pour vous mener au bout de vos peines, mais juste une boussole, quelque fois capricieuse. Au final un bon petit jeu de rôle, certes classique et techniquement médiocre, mais à la durée de vie énorme. On regrette quand même le choix d'Infogrames d'avoir renoncé au mode multijoueurs pour n'offrir qu'un produit solo, car l'intérêt premier des jeux de rôles est pourtant de pouvoir s'éclater à plusieurs.

Entre Diablo II, Icewind Dale et Soulbringer, le choix du jeu d'aventure/rôle de l'été va être délicat. Arrivant en tant qu'outsider dans ce monde contrôlé en partie aujourd'hui par Interplay qui dispose de la licence d'Advanced Dungeons & Dragons comme atout certain, Interplay nous gratifie d'un produit étonnant et d'une profondeur sans égale jusqu'à présent.

Be prepared.

Tout débute en l'année 1461 du Second Âge, l'âge de la Dissension, de nombreuses guerres ayant émaillé le monde, lorsque que votre père et vous êtes en train de contempler la neige tombant sur votre ville de Kalaran. Il fait froid et sombre, depuis des mois maintenant... Votre père n'a plus que la force de chuchoter, si près de sa dernière heure. Il vous confie ainsi la tâche de porter un message à votre oncle Andrus, près de la petite ville de Madrigal. Jamais auparavant vous n'aviez pensé réaliser un tel voyage, surtout par cet hiver surnaturel, venu de nulle part et pourtant si omniprésent. Après avoir appelé un ferry, et toujours pensif envers les derniers mots de votre père, vous voilà embarqué dans la traversée de la contrée de Talendrah, pour vous rendre dans la petite cité du nord. Mais pourtant le plus dur reste à faire, et vous êtes loin de vous douter que votre oncle Andrus était un homme si étrange, si mystérieux et mystique à la fois…
 

Rathenna.

Autant vous le dire tout de suite, le monde de Soulbringer est immense. En effet, vous débutez dans la petite ville de Madrigal à la recherche d'un oncle que vous n'aviez jamais rencontré auparavant pour finir quelques milliers de kilomètres plus loin dans le Royaume des Fays. Vous passerez par de nombreuses contrées telles que Ravenscar, Horath, Shadowguard ou encore l'impénétrable et sinistre Underworld, tous inspirés du monde magique et merveilleux de J.R.R. Tolkien – Le Seigneur des Anneaux -- ou de Frank Hebert et son Dune. Depuis quelques temps maintenant, des hordes de morts-vivants et de démons déferlent sur les terres des Royaumes et dévastent tout ce qui tient encore debout. La légende raconte que le premier Grand Sorcier, Harbinger, aurait construit une tour magique – un Hex – pour concurrencer Galdon Thor et aurait battu Skorn, un des six Revenants – des Démons majeurs – au cours d'un duel acharné au Puits des Ames afin de libérer la Terre du joug démoniaque. A la suite de ces événements, le ciel s'obscurcît et le temps se refroidît pour devenir ce qu'il est maintenant…
 

Quêtes et linéarité.

Le jeu est découpé en huit parties distinctes et interdépendantes, comme les chapitres d'un livre. Afin de compléter un chapitre, il vous faudra accomplir un certain nombre de quêtes, à la Diablo, que les personnages que vous rencontrerez vous donneront. Celles-ci sont toutes consignées dans un journal que vous pouvez consulter à loisir dans votre inventaire et qui contient un descriptif largement suffisant pour vous souvenir au fil de vos péripéties de ce que vous avez à faire sans avoir à retenir les dialogues fleuves de vos interlocuteurs. Il existe trois types de quêtes (d'après Don Kirkland, producteur du jeu, puisqu'elles ne sont ni répertoriées ni classées), allant de porter un objet à telle ou telle personne, tuer un monstre ou un brigand ou réaliser des actions plus héroïques comme libérer les fermiers de Madrigal du sort qui leur a été jeté. Pour compléter un acte, il vous suffira de réaliser les quêtes "majeures" mais rien ne vous empêche de tout faire... si vous en avez le temps et l'envie. En effet, même si le jeu est prévu pour avoir une durée de vie de 40 heures, comptez en le double voire le triple en effectuant toutes les tâches qui vous sont données! On peut cependant regretter que le déroulement du scénario se fasse ainsi de façon si linéaire et soit "dicté" par un journal précis sans vous laisser autant de liberté que dans un Baldur's Gate.
 

Les rencontres.

Au fur et à mesure de vos avancées, vous découvrirez de nombreux personnages à qui parler. Au total, le jeu comporte plus de 60 personnages non-joueurs -- PNJ – que vous pourrez aborder dans le but de faire évoluer vos connaissances sur l'histoire de Rathenna, les événements actuels ou encore les rumeurs concernant les ténèbres et l'hiver persistant. Ce sont eux aussi qui vous chargeront des quêtes que vous aurez à mener, mais sans jamais vous suivre dans vos actions – à l'exception de Chant le Rôdeur et quelques autres. En outre, plus de 100 types de monstres vous attendent dans les souterrains, donjons, plaines, collines enneigées, villes en ruines ou cavernes que vous allez traverser, allant de l'araignée venimeuse géante au Démon majeur en passant par les habituels squelettes, zombies et mêmes brigands agissant en bandes. Attendez-vous à voir des stratégies de groupes développées par l'intelligence artificielle, surtout dans les grandes batailles auxquelles vous ferez part, vous et vos compagnons de route. On remarque d'ailleurs qu'il est possible de régler le niveau de "gore" pour le plaisir des plus sanguinaires d'entre-vous.
 

Monde sensible?

Premier point d'originalité, les actions et combats. Effectivement, point de clic-tue-clic-tue à la Diablo ici, mais un intéressant système de "combos" - ou combinaisons d'actions – que vous pourrez définir à votre guise et ce jusqu'à 15 actions consécutives. Par exemple, vous pourrez choisir de donner deux coups d'épée, puis de prendre une ration afin de regagner de l'énergie, de lancer un sort de foudre puis de continuer votre combat avec votre précieux gourdin, le tout en appuyant sur une seule touche! De plus chaque arme (dont il existe sept types différents, des couteaux aux arbalètes en passant par les massues, les épées et les arcs) dispose de cinq types d'attaques originaux, infligeant plus ou moins de dégâts en fonction de l'adversaire (les massues endommageront les monstres de pierre alors que les épées ne les affecteront pas puisqu'elles ricocheront sur la surface dure) et de l'endroit touché (tête, jambes ou toute autre partie sensible du corps de votre adversaire)... Les belligérants peuvent bien entendu contrer ou esquiver les coups reçus voire fuir en plein combat pour vous laisser les poursuivre.
 

Monde intelligible?

L'autre point très intéressant et novateur est sans conteste le système de magie dont dispose Soulbringer. Ce système, appelé Seculorum, tourne autour de cinq éléments primaires – eau, feu, air, terre et esprit – que votre personnage va apprendre à contrôler au cours de son aventure. Une caractéristique intéressante cependant, quand vous développez un des cinq éléments, les quatre autres deviennent plus faibles ; il ne vous sera donc pas possible d'atteindre le niveau maximum dans chacun des domaines et d'être un mage "complet". A vous de choisir vos sorts avec discernement. Ceux-ci ne peuvent d'ailleurs être acquis qu'au moyen de grimoires que vous trouverez tout au long de l'histoire, anciens tomes magiques écrits par Harbinger lui-même mais magiquement fermés. Pour les ouvrir et ainsi en apprendre le contenu, vous devrez trouver la Rune, jouant le rôle de clé, correspondant au livre en votre possession mais aussi la Tour Magique où vous pourrez insérer la Rune afin de débloquer le Grimoire et sa puissance. Autant dire que la course à la magie n'est pas aussi simple qu'elle en a l'air et il vous faudra du temps avant de maîtriser des sorts puissants.
 

Tristesse...

C'est en effet le premier mot qui vient à l'esprit après avoir lancé le jeu pour la première fois : le ciel est désespérément noir, d'un noir immaculé ou presque puisque seuls quelques flocons de neige tombent régulièrement sur le sol. De plus, le monde de Rathenna est terriblement silencieux. On se croirait presque dans le Monde du Silence de notre cher feu-capitaine au bonnet rouge. Mais ces deux aspects renforcent encore plus l'ambiance glauque qui règne sur le territoire, à travers les Royaumes et au-delà des montagnes, cette terrible et lourde ambiance de mort et de sinistre guidée par les hordes du Mal ; ne vous attendez donc pas à voir d'effets de lumière mirobolants avec la couche d'anti-aliasing, bump-mapping et trilinear filtering comme dans quasiment tous les jeux actuels pour égailler le tout, même si vos sorts mettront un peu de couleur dans le paysage (ainsi que les têtes que vous couperez et les effluves de sang qui en jailliront!).
 

Moteur!

Le moteur 3D quant à lui est plutôt performant. Vous pouvez diriger la caméra à l'aide du bouton droit de votre souris – ou du pavé numérique de votre clavier – avec une simplicité et une fluidité enfantine et ainsi regarder autour de vous sans aucune difficulté pour apprécier la situation, surtout quand vous vous retrouvez encerclé de toutes parts par des suppôts du démon. A noter cependant que la caméra ne pouvant vous permettre de voir à travers les murs, il arrive qu'en intérieur et dans certains passages étroits, la visibilité et la maniabilité la caméra soit très réduite. On regrette cependant la qualité des personnages qui font un peu "maquette en carton" ainsi que celle des textures, très pixellisées et parfois décevantes. Les développeurs auraient peut-être pu se permettre plus de "folies" quant à l'aspect graphique de la chose vu la puissance théorique de leur moteur. Un point positif cependant, l'immensité des aires de jeu et le temps de chargement de celles-ci qui se résume à quelques secondes comparées aux minutes d'attente que constituaient parfois celles de Diablo premier du nom ou même Baldur's Gate sans pour autant apporter d'élément 3D.
 

Jouabilité.

Comme dans quasiment tous les jeux de rôles existant, le jeu se présente à la troisième personne, votre personnage occupant le centre de l'écran de jeu. Les contrôles sont simplissimes et très intuitifs : le bouton gauche de la souris pour se déplacer ou effectuer les actions sur les objets et le droit pour orienter la caméra comme bon vous semble. Pour ouvrir une porte fermée à clef par exemple, il vous suffira de sélectionner la-dite clé dans votre inventaire par l'intermédiaire du menu placé en haut à droite de l'interface répertoriant tous les objets pouvant interagir avec le milieu extérieur et cliquer sur la porte. Simplicité vous avez dit? Peut-être, mais le jeu souffre pourtant d'un énorme défaut : le mode de sélection. En effet, et certainement à cause de la précision du moteur, il arrive que le simple fait de sélectionner un monstre pour pouvoir déclencher sa macro tourne au cauchemar, car un clic d'un pixel à côté de votre cible et votre héros commence gaiement à courir vers celle-ci, pour se faire découper en pièces… De plus les objets sont la plupart du temps très petits sur le sol et il vous faudra parfois de longues secondes pour récupérer la moindre herbe en évitant de passer à côté.
 

Ergonomie.

Un autre problème découle du premier. Comme les développeurs l'ont annoncé, le jeu a été développé pour le mode Software en 640*480, et s'est vu ajouter l'accélération 3D par la suite. Ainsi, lors d'un passage en Direct3D en 1024*768, l'interface se retrouve pixellisée et les objets deviennent de plus en plus petits et illisibles avec l'augmentation de la résolution. Pourtant le jeu ne ralentit pas d'un pouce avec l'amélioration des détails visuels, et les développeurs ont même pensé à épaissir la taille des polices pour les hautes résolutions afin que le joueur ne soit pas perdu devant un texte illisible comme c'était le cas dans Darkstone sur certaines versions. D'autant que les dialogues entre les personnages sont primordiaux dans l'évolution de l'histoire et de l'aventure de votre héros. Enfin, l'interface vous fera souvent vous perdre dans les sous-parties et différents menus avant de vous y retrouver et un apprentissage de celle-ci pourrait être utile, surtout dans certaines situations d'urgence.
 

Musique!

Après l'aspect graphique, l'aspect sonore. La musique, que vous n'entendrez que dans les menus et les souterrains, est enchanteresse. De l'acabit de celle de Darkstone, elle a un ton médiévalo-fantastique qui colle parfaitement à l'esprit du jeu et de son univers, à la fois sombre, sinistre et mystérieux. Les effets sonores sont quant à eux très bien rendus et très réalistes. Ainsi, allez écouter le bruit du vent dans les feuilles des arbres – quand il en reste – ou encore les armes qui s'entrechoquent, les grognements venus de l'au-delà de certaines créatures malfaisantes – qui a dit Maniak? (NDM: tu ne connais pas la puissance du Côté Grisâtre)– ou encore vos "scrunch scrunch" alors que vous venez de croquer dans une délicieuse pomme verte. Enfin, les voix du jeu sont tout bonnement magnifiques. La version que nous avons reçue ne nous permettait que de juger des voix anglaises, mais quel régal! Chaque intonation colle parfaitement au personnage qu'elle représente et on ressent toute une personnalité vibrante derrière chacun.
 

L'évolution de votre personnage.

Comme dans tout jeu de rôles qui se respecte, votre héros peut évoluer au cours du temps pour devenir de plus en plus puissant et spécialisé. En plus de l'habituel système de points d'expérience obtenus en tuant des monstres ou en résolvant des quêtes qui vous feront gagner des "niveaux", Soulbringer vous propose de faire évoluer votre personnage au travers de cinq caractéristiques primordiales avec les points qui vous seront attribués à chaque changement de niveau. Parmi celles-ci, on retrouve la Force qui vous permettra de porter plus d'objets ou de frapper plus fort, la Vitesse qui fera évoluer vos techniques d'esquive et de course, le Combat améliorant votre efficacité dans l'action du même nom, la Santé augmentant votre résistance physique face aux coups reçus et enfin la Magie, indispensable pour apprendre les sorts et gagner leurs essentiels points de mana.
Les Plus
  • La profondeur du background
  • Le système de magie – le Seculorum
  • Le système de « combos »
  • La durée de vie exceptionnelle
  • L'ambiance sonore
Les Moins
  • La linéarité de l'ensemble
  • L'ergonomie générale
  • L'absence du mode multijoueurs
  • Le noir et le froid, c'est déprimant