Street Fighter V

26 févr. 2016
Testé par sur
Disponible sur
2
  • Éditeur Capcom
  • Développeur Capcom
  • Sortie initiale 16 février 2016
  • Genre Combat

On s'était donné rendez-vous dans six mois

Intrinsèquement, Street Fighter V n'est pas un mauvais jeu. Il s'agit même d'un bon Street Fighter, à la fois assez technique et agressif pour être intéressant (et divertissant). Si nous passions outre le prix, nous pourrions conseiller cet épisode les yeux (presque) fermés. Toutefois, il vient un moment où le principe même du test de jeu vidéo nous rattrape : critiquer, conseiller et surtout avertir le consommateur. En l'état, Street Fighter V se destine à très peu de joueurs, et il serait purement subjectif de passer outre cet aspect. D'ailleurs, les commentaires des joueurs sur Amazon sont sans appel : beaucoup se sentent bernés par la firme japonaise. En ayant axès son jeu sur l'e-sport, Capcom a visiblement oublié que nous vivions à une époque où le solo et le contenu sont rois. En l'état, Street Fighter V reste une simple promesse, même si elle est plutôt belle.

Si l'ennuyeux Street Fighter IV a soulevé les foules, c'est surtout parce qu'il appartenait à un genre devenu désuet au fil du temps. Elles sont loin, les années où les ténors de la baston se tiraient la bourre sur PlayStation, Dreamcast ou PlayStation 2. Street Fighter V peut-il mettre d'accord tous les amoureux de la baston ?

Le solo

En ce mois de février 2016, Street Fighter V dispose d'un mode histoire pour le moins limité. En effet, ce dernier ne vous propose que deux ou trois combats par combattant, le tout entrecoupé de quelques dialogues illustrés. C'est trop peu, surtout que ce mode ne permet de débloquer aucun contenu à l'heure actuelle. Ainsi, ce dernier sert surtout d'apéritif du pauvre afin d'avoir un premier contact avec les protagonistes. "Du pauvre", car les deux ou trois combats proposés par personnage ne permettent que difficilement de se faire une idée du "roster" (et à fortiori des subtilités de gameplay). Dès lors, Street Fighter V peinera quoiqu'il arrive à convaincre le joueur lambda, pas forcément fan d'e-sport mais plutôt des soirées entre potes. Ces personnes sont celles qui - en général - justifient leur achat sur le contenu déblocable : finir le solo afin de débloquer du contenu au compte-gouttes en vue du multijoueur, voilà le plaisir dont nous prive ce volet.

Heureusement, le mode Survie sert de palliatif et se révèle être le plaisir solitaire de cet épisode. Dans celui-ci, vous enchaînez les combats avec des objectifs prédéfinis : 10, 30, 50 ou 100 duels remportés successivement pour les plus doués. Entre chaque combat, le jeu vous propose de dépenser votre score dans un bonus (remplissage de la barre de vie ou d'une jauge, boost d'attaque, de défense, etc.). De ce fait, c'est à vous qu'il incombe de gérer votre récupération, surtout que les options varient d'un combat à l'autre. Il vous reste 50% de vie et les choix proposés sont les suivants : remplir complètement vos PV, avoir un bonus de défense de 60% ou ne rien faire histoire de ne pas gaspiller votre score ? Maintenant, imaginez que vous choisissez l'option défensive, et qu'après le prochain affrontement, le jeu ne vous propose plus que de remplir faiblement votre barre de vie ? Oui, ça risque d'être ric-rac, mais le principe est à la fois amusant et accrocheur

En juin, de "vraies" cinématiques feront leur apparition dans le mode Histoire...

Le principe

Le manque de contenu solo est d'autant plus dommage que le jeu propose un gameplay moins ennuyeux que son prédécesseur. En supprimant les "focus" et les "ultra", ce cinquième épisode fait la part belle à l'attaque épurée. En plus de l'habituelle jauge EX vous permettant d'effectuer un coup spécial ou des attaques améliorées, votre personnage dispose d'une jauge V. Cette dernière encourage à jouer l'attaque puisqu'elle permet aussi bien d'effectuer des coups spécifiques handicapant l'adversaire (Dhalsim peut par exemple enflammer le sol) que des téléportations ou des contres s'effectuant durant votre garde.

Globalement, le système de jeu de Street Fighter V est très agressif, bien aidé par sa simplicité et la présence de "contres directs" lorsque vous utilisez un coup lourd au moment des frappes adverses. Le panel de personnages, pour sa part, fait la part belle à la diversité ; et chacun des quatre petits nouveaux apporte son lot de nouveautés. Toutefois, sans personnage ni costume à débloquer (ils viendront plus tard), le contenu demeure certes varié mais un peu chiche.

Être agressif est le meilleur moyen d'étourdir l'adversaire. La jauge est sous la barre de vie.

Le multi

Finalement, la raison d'être de Street Fighter V reste son multijoueur. Toutefois, bien que nous saluons l'équilibrage général du gameplay - surtout pour un jeu à peine sorti - nous pouvons difficilement dire que le titre bouleverse fondamentalement la recette. Street Fighter V brille avant tout par sa simplicité : vous pouvez une fois de plus paramétrer les combats intempestifs, et ainsi appuyer ou non sur "Start" à chaque fois qu'une invitation se présente à vous, notamment lorsque vous jouez contre l'IA. De même, le système de classement reste convaincant mais des problèmes de serveur ternissent un peu la chose : lors de la sortie du titre, il n'était pas rare que vos résultats ne soient pas pris en compte faute de connexion, ce qui était particulièrement frustrant quand vous savez que le jeu base son modèle économique sur la gratification. Si ce problème semble avoir été réglé depuis (au moins partiellement), il est toujours regrettable de devoir attendre en moyenne trois minutes entre deux affrontements.

Rashid, FANG, Laura et Necalli - les nouveaux - apportent tous quelque chose au panel de persos.

Pour qui ?

Mais la chose la plus consternante de Street Fighter V, c'est sans conteste son côté pseudo-élitiste. Parce que le contenu et le système économique du jeu posent de vraies questions. Ainsi, chaque personnage venant s'ajouter au panel - au rythme d'un nouveau venu par mois - pourra être débloqué avec de l'argent réel, mais aussi avec de la FightMoney glanée dans le jeu. Un personnage devrait ainsi coûter 6 euros ou 100 000 FM. Pour vous donner un ordre d'idée, finir le mode Histoire ainsi que le mode Survie en facile vous rapportera approximativement 240 000 FM.

Passé cela, il faudra savoir si les joueurs solo préféreront s'appliquer à finir le mode Survie dans les autres niveaux de difficulté, avec tous les personnages, ou s'ils préféreront s'aguerrir dans le mode en ligne (qui permet de se concentrer sur un personnage tout en récupérant quelques FM). Le fait qu'il faille nécessairement finir les parcours solo pour monter le niveau d'un personnage (et obtenir des FM) poussera inévitablement certains joueurs vers le multi, l'impression de perdre son temps pouvant poindre lorsque vous ratez un objectif du mode Survie à un ou deux combats près. En l'état, beaucoup de questions viennent troubler le tableau : aucun costume n'est déblocable et ceux du mode Histoire devraient coûter 40 000 FM chacun. Pour les six personnages prévus, il faudra donc compter 600 000 FM, auxquels il faut en ajouter quelques centaines de milliers d'autres pour les tenus. Le système est-il viable et encourageant sur le long terme ? Seul l'avenir nous le dira.

Mais une chose est sûre : les joueurs du dimanche ont toutes les chances de se sentir floués, en particulier compte tenu du prix du jeu. C'est toute la différence entre Street Fighter V et Killer Instinct, qui propose un menu véritablement à la carte. Quand le jeu Xbox One va jusqu'à proposer des packs saisonniers à 19 ou 39 euros en fonction de leur contenu (sans compter les éventuelles réductions), Street Fighter V sort au prix de n'importe quel blockbuster. De plus, il est légitime de poser la question des DLC sur le long terme : si une deuxième salve de protagonistes voit le jour, qu'en sera t-il de la viabilité du système ? Plus pragmatiquement, si le season pass à 30 euros bénéficie un jour d'une réduction, les personnages verront-ils également leur coût en FightMoney baisser pendant un certain laps de temps ?

Le mode Survie est excellent. Dommage qu'on ne cumule pas simplement l'XP. Un peu frustrant.

L'anecdote

Parfois, on se demande ce qui se passe dans la tête de Capcom. En effet, difficile de ne pas être interloqué par cette publicité accompagnant le lancement de Street Fighter V. Le fait qu'elle soit centrée sur l'e-sport n'est pas trompeur. Toutefois, on peut se demander si le studio a conscience que cela ne représente qu'une infime partie des joueurs. Honnêtement, on est curieux de connaître les chiffres de vente de ce cinquième volet.
Les Plus
  • Un gameplay nerveux et convaincant
  • Un panel de combattants réussi
  • Le mode Survie, très amusant
  • Des bases multijoueur solides
  • Les musiques
  • C'est assez joli et ça bouge bien
Les Moins
  • Le modèle économique qui pose beaucoup de question à l'heure actuelle
  • Un solo plus que limité
  • Les soucis de serveur
  • Quelques aspects mercantiles (notamment le gain de l'XP)
  • C'est joli mais peut mieux faire
  • Le prix, scandaleux