Metal Gear Solid V : The Phantom Pain

23 oct. 2015
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Rompez, soldat !

Il y aurait beaucoup à dire sur Metal Gear Solid V : The Phantom Pain. Mais le plus important est là : il s'agit d'un grand jeu, dans tous les sens du terme. Terriblement audacieux et complètement à part dans la série (notamment par son rythme et son ambiance), celui-ci ne se destine pas à tout le monde pour autant. En effet, il s'agit d'une expérience qui se savoure sur la durée, sur des dizaines et des dizaines d'heures de jeu. C'est la seule façon de réellement comprendre cet épisode incroyable, et qui met fin - de belle manière - à une collaboration qui s'est étalée sur près de trente ans. Chapeau !

Après un Ground Zeroes considéré par beaucoup comme une simple démo, Metal Gear Solid V : The Phantom Pain voit enfin le jour. Ultime épisode développé par Hideo Kojima, le jeu a connu une gestation difficile avec son lot de polémiques liées, justement, au futur départ du créateur japonais de chez Konami. Bon ou mauvais signe ?

L'histoire

Metal Gear Solid V : The Phantom Pain se déroule en 1984, plusieurs années après Ground Zeroes. Alors que son complexe et son unité se sont fait décimer, Big Boss se réveille dans l'hôpital où il est resté dans le coma pendant neuf ans. Tandis que notre héros apprend qu'il lui manque désormais un bras, de mystérieux soldats s'attaquent à l'établissement. Il y a des unités d'élite, mais aussi deux entités bien plus étranges : un homme insensible à la douleur et capable de s'enflammer tel un X-Men, ainsi qu'un garçon arborant un masque à gaz qui n'est pas sans rappelé celui de Psycho Mantis, protagoniste bien connu des fans de la série. C'est donc après avoir été sauvé par Revolver Ocelot au cours de ce prologue spectaculaire que The Phantom Pain débute réellement. Premier objectif : sauver Kazuhira Miller, votre vieux camarade lui aussi détenu prisonnier. Deuxième objectif ? Construire une nouvelle Mother Base avec vos "Diamond Dogs", et ainsi prendre votre revanche sur ceux qui vous ont tout pris : Cipher.

Metal Gear Solid V : The Phantom Pain est étonnant pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il témoigne de la bonne volonté de Kojima. Après avoir massacré le quatrième volet en mettant le ludisme au second plan, le créateur replace cet aspect au centre de ce cinquième volet. Plus pragmatiquement, le jeu est mieux rythmé et les cinématiques moins nombreuses que dans Metal Gear Solid IV : Guns of the Patriots. Il y a même quelque chose d'assez "next-gen" dans la progression, le titre vous laissant choisir vos missions comme bons vous semble, même si des objectifs secondaires peuvent dès lors se retrouver "coupés" par des rencontres fortuites ou une mission principale. Libre à vous, alors, de quitter la zone de mission pour revenir à votre objectif secondaire initial. Pour donner un exemple concret : je me suis retrouver à vouloir explorer des terres inconnues afghanes afin de remplir une mission annexe. Toutefois, sur le trajet, je suis tombé sur un sniper important pour la trame scénaristique. Le jeu vous propose alors plusieurs choix : soit affronter l'ennemi en question, soit rebrousser chemin, soit tout bonnement traverser la zone sain et sauf pour continuer la quête annexe initialement prévue.

Pour les adeptes de la série, Metal Gear Solid V : The Phantom Pain a aussi la bonne idée d'être globalement moins risible que Guns of the Patriots. Contrairement à son prédécesseur, le jeu n'est pas bavard au point d'en devenir abscons - ou du moins pas autant que son prédécesseur. Un point qui permet également à Kojima de mettre en avant ses talents de cinéaste, ce dernier ayant enfin compris que quelques plans de caméra peuvent parfois en dire plus qu'un long discours. Sachez, soit dit en passant, que ce volet se pose en quelque sorte comme le préquel à Metal Gear Solid, et donc comme un véritable chaînon manquant entre ce volet et Snake Eater. Longtemps hypothétique, cet épisode justifie tout de même assez brillamment son existence.

La mise en scène est souvent remarquable.

Le principe

Côté gameplay, Metal Gear Solid V reprend les grandes lignes de Ground Zeroes. Toutes les mécaniques présentes dans la "démo" le sont également dans ce gros morceau que constitue ce cinquième volet. Vous vous retrouvez donc avec des zones remplies de gardes aux parcours plus naturels que par le passé. Si certains leur reprocheront leur vision finalement assez réduite, le fait qu'il est parfois difficile de mémoriser leur trajectoire ajoute une pointe de réalisme. Il n'est pas rare, par exemple, qu'un soldat fasse un détour pour fumer une cigarette ou discuter avec un collègue, ou qu'un autre parte se reposer dans une tente.

Tout l'intérêt de Metal Gear Solid V réside plutôt dans son approche de l'environnement ouvert. Pour faire simple, c'est comme si la zone de Ground Zeroes était reliée à plusieurs autres territoires donnant au jeu toute sa consistance. Vous devez donc parfois prendre des chemins sinueux ou montagneux pour passer d'une zone à l'autre. Et si vous trouvez un point de vue en hauteur, c'est tant mieux : vos jumelles vous permettent une fois de plus de marquer l'ensemble des gardes.

L'autre grosse nouveauté de Metal Gear Solid V se situe sans surprise dans la présence de quelques ennemis atypiques. Les skulls, des soldats paraissant plus ou moins possédés, vous massacreront dès qu'ils vous trouveront. Ainsi, ils constituent sans doute le poison ludique du jeu, en particulier pour les joueurs adeptes de l'infiltration qui verront leur rythme de croisière être coupé net par ces adversaires. Pour leur part, les boss sont relativement mémorables, même si les codes de la série se font ressentir au fil des années (et ils se révèlent donc être moins efficaces). Saluons néanmoins l'intelligence des affrontements, les opposants pouvant parfois être "tués" en un coup bien senti.

Améliorer votre équipe de renseignement vous permet d'avoir des informations sur le terrain.

La progression

Mais il est impossible de parler du gameplay de Metal Gear Solid V sans évoquer la Mother Base. Neuf ans après la destruction de sa base et de son unité, Big Boss doit tout rebâtir. Et c'est à travers cette nouvelle structure que vous verrez ses capacités s'améliorer. Chaque plateforme de la Mother Base se destine à une spécialité : recherche et développement, combat, soutien, médecine... Et c'est à vous qu'il incombe d'assigner le personnel de votre base. Celui-ci peut être recruté de plusieurs façons, que ce soit en extrayant des soldats assommés lors des missions, en sauvant des prisonniers ou en envoyant vos propres soldats dans des zones de conflits pour attirer des volontaires. Si l'extraction des cibles peut se faire par hélicoptère, vous prendrez surtout l'habitude d'utiliser le fameux système Fulton, déjà vu dans Peace Walker et vous permettant de ramener des cibles par ballon. À noter que le système vous permet désormais d'extraire des animaux, des véhicules ou de l'artillerie à votre base.

Si cela est utile, c'est parce que le personnel assigné en fonction de ses compétences (représentées par des lettres) fait grimper le niveau du secteur concerné. Des paliers nécessaires pour développer tout un tas d'équipements, de la moindre arme ou tenue aux équipements dédiés à votre hélicoptère, à votre cheval, à votre chien ou à toute autre joyeuseté que nous vous laissons le plaisir de découvrir. Par exemple, si le cheval vous permet de vous déplacer rapidement ou d'arrêter des véhicules en le laissant au milieu de la route, le chien peut repérer les cibles et même les attaquer. De quoi gagner un temps précieux durant la reconnaissance des bases ennemies.

D'autant que la Mother Base est un réel moteur de progression. Si vous voulez augmenter vos effectifs, vous devrez construire des plateformes en conséquence. Pour ce faire, il vous faudra des matériaux en tous genres. Bien que la flore ne serve qu'à la confection de quelques armes (notamment les jouets tranquillisants), c'est bien les matières premières (métaux, ressources biologiques, carburant, etc.) qui vous permettent de transformer votre base. Des ressources qui sont trouvables dans les camps ennemis, en déployant vos troupes dans des conflits ou en extrayant des containers des territoires ennemis. Et encore, ne parlons pas du temps que peuvent prendre certaines opérations, pouvant parfois s'étaler sur plusieurs heures !

C'est donc dans sa gestion du temps et son immersion que Metal Gear Solid V se distingue de Peace Walker, qui proposait lui aussi le système d'extraction et la Mother Base. Metal Gear Solid V brille par l'immersion portée par son rapport au réel et les détails qui l'accompagnent ici et là, qu'il s'agisse des déploiements par hélicoptère, de cycles jour/nuit (notez que vous pouvez choisir votre horaire de déploiement), de la météo ou des interactions réalistes avec l'environnement. Certains verront toutefois dans le fait que Big Boss puisse faire tomber des objets en allant trop vite une fausse bonne idée.

Le fait que la Mother Base soit visitable et évolue constamment ajoute de l'immersion.

Le multi

En plus de Metal Gear Online, sorti en octobre, Metal Gear Solid V propose une belle expérience communautaire. Passé la mission 22 (soit la moitié du jeu), vous pouvez créer d'autres bases qui peuvent, cette fois-ci, être attaquées par d'autres joueurs. Si ces complexes annexes vous permettent d’accroître votre personnel, il vous faut aussi penser à développer des dispositifs de sécurité et à sécuriser vos meilleurs spécialistes. En effet, un joueur qui s'infiltre dans vos bases peut aussi bien dérober des ressources qu'extraire certains de vos soldats. Que les plus peureux se rassurent : ces fonctions en ligne peuvent être désactivées. Sachez également que le jeu vous permet de déployer des troupes en ligne. Le principe est identique aux déploiements en hors-ligne (vos soldats vont sur des conflits fictifs), à ceci près que ces événements se déroulent en temps réel. Partez en week-end et vos soldats auront peut-être une belle surprise pour vous !

Le duel avec un sniper : un grand classique de la série.

L'emballage

Metal Gear Solid V est beau, au point que cela participe grandement à l'expérience de jeu. Jamais un jeu à environnement ouvert n'a donné autant de relief à ses décors. Ici, rien à voir avec les montages fantasmées de Far Cry : le relief est tel que vous avez vraiment l'impression de parcourir des zones de conflits (dommage que des civils ne soient pas présents). L'exploration prend tout son sens et les quêtes en tous genres sont donc un plaisir. Graphiquement, le jeu profite de décors sublimes avec une profondeur de champ impressionnante, que l'on ne pouvait soupçonner en jouant à l’apéritif qu'est Ground Zeroes. Certes, certaines textures laissent parfois à désirer, mais rien qui soit capable de vous faire oublier le dépaysement prodigué par le jeu.

Le Fox Engine fait des merveilles. Notez que vous visiterez aussi d'autres zones que l'Afghanistan.

Pour qui ?

The Phantom Pain est un grand jeu. Toutefois, il faut avoir conscience d'une chose : il ne se savoure qu'à condition de prendre son temps et de s'investir pleinement dans celui-ci. En effet, Metal Gear Solid V propose son lot de moments dantesques et parfois corsés (les rencontres avec les skulls, etc.) et il est préférable de prendre son temps afin d'améliorer convenablement la Mother Base et votre équipement. Ainsi, vous profiterez d'un rythme plutôt réaliste, comme si Big Boss préparait savamment sa vengeance. C'est aussi en effectuant les quêtes secondaires et en variant les situations de jeu que vous comprendrez la démesure de celui-ci.

Si vous cherchez un jeu apéritif histoire de passer un bon week-end, The Phantom Pain n'est donc pas le titre qu'il vous faut. Ici, il est plutôt question d'une aventure chronophage pouvant vous occuper pendant plusieurs semaines. Comme les protagonistes du jeu l'indiquent eux-mêmes : "chaque action fait progresser votre cause". C'est donc avec cette idée en tête que vous remplirez des missions aux objectifs certes parfois redondants, mais avec des possibilités d'approches multiples.

Des événements hebdomadaires sont présents pour faire "vivre" la communauté.

L'anecdote

Si vous jouez sur Xbox One et que vous espérez importer vos sauvegardes de Ground Zeroes dans Metal Gear Solid V, sachez que vous pourriez être confronté à un problème. En effet, si vous comptiez profiter de l'arrivée gratuite, cet été, de Ground Zeroes dans le programme Games with Gold, il semblerait que la version digitale du jeu pâtisse d'un souci assez gênant. Il est visiblement impossible d'effectuer des mises à jour pour ces moutures digitales. De ce fait, il n'est pas possible d'obtenir l'option permettant d'ordinaire de transférer ses sauvegardes vers Metal Gear Solid V : The Phantom Pain. Un point un peu agaçant quand on sait que l'intégration du titre de Konami dans le programme Games with Gold était censé permettre aux joueurs de vivre une expérience optimale quelques semaines plus tard, dans ce cinquième volet. Rappelons qu'importer vos sauvegardes de Ground Zeroes permet normalement d'améliorer la Mother Base de The Phantom Pain en fonction des missions accomplies dans le prologue. Pour ceux qui veulent vraiment procéder ainsi, le souci n'est pas présent dans les versions physiques du titre, ni sur les plateforme de Sony apparemment...
Les Plus
  • De l'audace à tous les niveaux
  • Une mise en scène surprenante
  • Un passage à l'environnement ouvert particulièrement réussi sur le plan ludique
  • Les mécaniques fortes de Peace Walker y sont pour quelque chose
  • Le Fox Engine fait plus que le boulot
  • La Mother Base, un vrai moteur
  • L'aspect communautaire
  • Démesuré
  • Un vrai sens du rythme
Les Moins
  • Quelques passages WTF
  • Il faut du temps (soyez prévenus !)