SoulCalibur V vendra t-il son âme au Diable ?

17 févr. 2012
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Difficile de ne pas être déçu par ce SoulCalibur V. Avec son contenu solo en demie teinte et son gameplay particulièrement mal équilibré, la franchise semble se perdre. Pourtant, cet épisode est probablement l'un des plus ambitieux de la série. Bourré d'idées audacieuses et pas forcément malvenues, le titre amuse tout de même et tient également son rang sur le plan technique. Pareillement, le mode en ligne est enfin convaincant. Dès lors, il n'y a plus qu'une chose à espérer : que Namco-Bandai tire profit de tout ce travail pour nous faire un SoulCalibur VI vraiment digne de ce nom.

Pâtissant d'un online médiocre ainsi que de quelques personnages et nouveautés pas forcément bienvenus, SoulCalibur IV avait décu de nombreux fans de la franchise de Namco-Bandai. Heureusement, le titre arborait une technique digne des supports HD et l'émerveillement visuel avait au moins de quoi régaler nos rétines. Quatre ans ont passé et voici SoulCalibur V, un volet qui, comme nous allons le voir, risque de faire polémique. Le parti pris ambitieux du titre laisse en effet avant tout penser à un épisode de transition.

Le narration du mode histoire est honteusement simpliste.

"Welcome in a new age of History"

Commençons donc par le contenu, et plus particulièrement par le mode Histoire. Vendu comme une aventure à part entière, ce dernier se révèle être une semi-déception. Vous faisant incarner Patroklos et Pyrrha, les enfants de Sophitia, l'aventure ne dure que deux petites heures. Un bien triste constat lorsque l'on sait que l'éditeur japonais a axé sa communication sur ce terrain. Mais le plus grave n'est pas tant la durée de l'aventure que sa mise en scène inexistante. Car si l'histoire est relativement intéressante, à base de vengeance et d'infectés, elle s'avère quasiment dépourvue de scènes cinématiques. Les dialogues audio et artworks s'enchaînent pendant deux heures, laissant l'impression d'un mode qui aurait mérité meilleur traitement. C'est d'autant plus regrettable que le contenu solo se résume à l'habituel mode arcade et aux "combats rapides". Ces derniers vous proposent non pas d'affronter les protagonistes du jeu mais des combattants générés plus ou moins aléatoirement. Dès lors, le but n'est pas simplement de se divertir mais aussi de monter en grade pour obtenir des titres pour votre carte de joueur. Inutile de vous dire que les combats vont du tout au tout, à savoir de la nullarde incapable de donner un coup aux persos particulièrement retords. Enfin, l'intégralité du contenu se débloque grâce à votre niveau de joueur. Au fil des victoires (et dans une moindre mesure des défaites), vous remportez des points d'expérience qui vous permettent de débloquer des titres, quelques rares personnages et, surtout, des pièces d'équipement pour personnaliser vos créations. Non, vous ne rêvez pas : les galeries d'[/i]artworks[/i] (présentes depuis la genèse de la série ou presque) sont les grandes absentes de cet opus.

Viola, l'une des nouvelles combattantes particulièrement intéressantes de ce SoulCalibur V.

Du sang neuf

A défaut d'avoir un contenu conséquent en matière de modes de jeu et d'à-côtés, on pouvait s'attendre à un panel de combattants plutôt fourni. De ce point de vue, le constat est plutôt surprenant. Se déroulant 17 ans après l'épisode précédent, SoulCalibur V conserve quelques personnages clés de la série (Mitsurugi, Seigfreid, Nightmare, Ivy, Cervantes, Maxi, Raphael, Yoshimitsu, etc.) tout en remplaçant quelques figures emblématiques par des nouveaux venus. Dîtes bonjour à Natsu, Xiba, Leixia, Patroklos et Pyrrha se substituant respectivement à Taki, Kilik, Xianghua et Sophitia ou Cassandra pour les deux derniers. Une idée qui aux yeux de certains peut sembler inutile mais qui donne quand même un coup de jeune au roster de personnages. A noter que si des personnages comme Rock, Seong Mi-na ou Talim sont les grands absents de ce SoulCalibur V, Kilik demeure présent en tant que "mimic character". Une drôle d'idée qui, à défaut de faire plaisir aux fans, est en adéquation avec l'univers et la chronologie de la saga. Enfin, comment ne pas citer les "vrais" petits nouveaux de ce volet, à savoir Viola, Z.W.E.I. et Ezio Auditore (issu d'Assassin's Creed), trois combattants intéressants de par leurs styles de combat atypique (Viola est magicienne tandis que Z.W.E.I est soutenu par un avatar). Pour sa part, Ezio se marrie plutôt bien avec l'univers du titre. Au final, le roster de combattants est surprenant et semble annoncer un véritable tournant pour la série.

Les critical edge sont souvent superbement mis en scène et bien intégrés aux combats.

Soif d'ambition

Une révolution qui se confirme à travers un gameplay totalement chamboulé. Bien plus rapide que SoulCalibur IV, ce cinquième volet favorise plus que jamais les esquives sur les côtés. Un sentiment renforcé par la disparition des guards impacts, du moins comme nous les connaissions auparavant. Le gameplay repose désormais sur une jauge critique se remplissant en fonction des coups donnés ou encaissés. Au fil du combat, cette dernière permet aussi bien de faire des guards impacts (assez inutile compte tenu de leur coût), de charger des coups (les brave edges) ou d'exécuter des furies (les critical edges). S'effectuant en deux quart de cercles puis en appuyant sur une simple gâchette, celles-ci témoignent d'une volonté de proposer un jeu accessible à tous, surtout que le titre semble assez tolérant quant à la reproduction du geste. Une bonne chose dans un sens. Absolument dévastateurs, les critical edges sont, avec les esquives, véritablement au cœur de ce SoulCalibur V. En effet, lorsque l'on sait qu'une seule barre de jauge critique permet d'exécuter ces mouvements et que chaque combat permet d'en sortir au minimum trois, il devient difficile d'envisager la victoire sans y avoir recours. Pour tout vous dire, le jeu vous offre même une barre de jauge critique lorsque vous perdez votre deuxième round (les combats se déroulant généralement en trois round gagnants). Autant vous dire que tout a été fait pour révolutionner le gameplay de la série en rendant primordial l'usage de ces furies. Un choix audacieux mais qui n'est pas sans conséquence...

Mitsurugi n'a rien à envier à Algol, vraiment.

Les yeux plus gros que le ventre d'Astaroth

Car à force de vouloir tout bouleverser, SoulCalibur tombe plus que jamais dans ses travers et ce SoulCalibur V a tout d'un simple épisode de transition. Ainsi, l'expérience de jeu s'avère outrageusement déséquilibrée. L'importance du critical edge tourne au ridicule lorsque l'on sait qu'une fois celui-ci casé, le temps se fige et il est quasiment impossible de l'esquiver. Certes, il vous arrivera à de rares moments de parer certaines furies, mais cela relève plus du miracle que du savoir jouer à proprement parler. Le seul moyen d'annuler les techniques spéciales adverses consiste en réalité à un simple concours de circonstances, comme lorsque votre opposant tente d'exécuter un critical edge alors que vous effectuez un combo. La dimension donnée au furie est d’autant plus dommageable que les idées de gameplay apportées par cet épisode étaient audacieuses, qu'il s'agisse de la jauge de critique, de la parcimonie des guards impacts, des brave edge ou des just guards (des parades qui imposent un timing défensif particulièrement strict). Pour finir avec ce déséquilibre navrant, comment ne pas évoquer la présence de personnages une nouvelles fois abusivement puissants. Ainsi, Mitsurugi et Nightmare constitueront les cauchemars de bien des joueurs, tout comme Xiba qui semble être particulièrement favorisé par la rapidité de jeu et la porté de son bâton. Non, décidément, ce SoulCalibur est un échec en terme d'équilibrage, et il est tout bonnement impensable qu'un éventuel SoulCalibur VI n'ajuste pas le tir à sa sortie.

Réussi, le mode en ligne permet de croiser d'étranges créations...

SoulCalibur Party 5

N'allez pas croire pour autant que SoulCalibur V est dénué de plaisir de jeu. Non, le titre de Namco-Bandai est même un excellent jeu de baston pour des soirées entre amis. C'est un peu le problème : cette saga est à tel point importante au yeux des joueurs, alors comment ne pas demander à cet épisode plus que ce qu'il n'a à offrir ? Car SoulCalibur fait désormais partie de ces titres à jouer sans trop réfléchir (impossible compte tenu du manque de calibrage), qu'on prend plaisir à ressortir lors de soirées de temps à autre. Un plaisir quelque peu rogné par un mode multijoueur pas modulable pour un sou. En effet, impossible de mettre la durée des affrontements sur l'infini ou de choisir la proportion de dégât infligée par les coups. Un point qui, avec une éventuelle option désactivant les critical edges, aurait fait le plus grand bien au jeu. Rabattons nous alors sur le mode en ligne, la vraie réussite de cet épisode par rapport à son prédécesseur. Très stable et convaincant (pour peu que les deux opposants aient une connexion adéquate bien sûr), le jeu en ligne est l'une des réussites de cet opus et permet de croiser de bien étranges personnages issus du mode Création.

La modélisation des personnages est exceptionnelle. Ce sont les fans d'Ivy qui vont être contents.

Certaines choses ne changent pas

L'une des force du jeu reste sans aucun doute son éditeur de personnages ainsi que sa technique assez éblouissante. Concernant les créations, le jeu reprend le modèle de ses aînés tout en ajoutant son lot de nouveautés. A ce titre, la possibilité d'ajuster la taille de chaque partie du corps ou encore de mettre des tatouages et autres cicatrices sur vos combattants sont plutôt sympathiques. Un seul point noir : la lenteur à laquelle tout ces accessoires se débloquent. L'équipement se déverrouillant au fil des niveaux, la confection d'un personnage lors des premières heures de jeu s'apparente à une perte de temps conséquente (votre avatar idéal nécessitera probablement des retouches par la suie). Enfin, comment parler de SoulCalibur sans parler de l'aspect technique ? Sur ce point, SoulCalibur V ne déçoit pas. Si certains décors scintillent légèrement, leurs animations rattrapent souvent le tout avec brio. A ce sujet, les niveaux de L'Adrian et du Festival du temple de Guandi sont de véritables émerveillements pour vos yeux. Probablement ce qui fait de mieux en terme de décors dans un jeu de baston. De même, la modélisation des personnages est exemplaire et constitue ce qui se fait de mieux dans le genre à l'heure actuelle. Ouf, en voilà une bonne nouvelle !
Les Plus
  • C'est beau, même plus parfois
  • Une refonte audacieuse du gameplay
  • On s'amuse quand même
  • Des personnages bienvenus
  • L'éditeur de personnage, toujours plus complet
  • Un vrai mode en ligne, enfin !
Les Moins
  • Des furies et un manque d'équilibre qui ternissent le gameplay
  • La mise en scène du mode histoire
  • Un contenu solo rikiki
  • Trop de mimic characters et clones bonus
  • L'obtention d'équipement, trop laborieuse