El Shaddai, simple ascension artistique ?

21 sept. 2011
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El Shaddai : Ascension of the Metatron est une œuvre singulière, à tel point qu'il reste probablement l'un des jeux les plus marquants de cette génération de consoles. D'une cohérence rare, le titre allie thématiques, gameplay et rendu visuel de façon à créer un tout, une œuvre ne pouvant être ressentie et comprise que dans sa globalité. Un jeu qui aborde des thèmes atypiques et qui se révèle être un troublant hommage à la culture. Une œuvre entière et non seulement visuelle, contrairement à ce que certains veulent croire...

Annoncé il y a plus d'un an, El Shaddai : Ascension of the Metatron est un titre qui intrigue. Cachet visuel certain, thématique religieuse et sexuelle, gameplay minimaliste... voilà le drôle de programme proposé par Konami et Sawaki Takeyasu. Et si l'expérience ne plaira pas à tout le monde, elle a le mérite d'être singulière et cohérente, au point de donner l'impression de se retrouver devant une œuvre avec un grand "O", comme onirisme.

Si le design des personnages peut prêter à sourire, il s'inscrit parfaitement dans les thématiques du titre.

Des thématiques qui englobent l’œuvre

Les cieux grondent : des anges se sont fascinés pour les humains et ont eu la mauvaise idée de se mêler à eux. Non pas que cela pose d'énormes problèmes en soi, mais leurs rejetons, les Nephelims, ne cessent de s'entredévorer afin de grossir et semer le chaos. Dieu est furieux et se contenterait bien de faire tomber le déluge sur Terre pour mettre un terme à tout cela. Heureusement, Henoch lui propose une solution un peu moins extrême : purifier la Terre des anges déchus pour que les choses reviennent dans l'ordre. Afin de vous aider dans votre périple, vous êtes accompagné par Lucifel, pas encore déchu par Dieu et qui vous prodigue de nombreux conseils en plus de faire office de point de sauvegarde. S'inspirant très librement du Livre d'Henoch, un ancien texte religieux souvent reconnu comme apocryphe, El Shaddai utilise la mythologie avec un certain brio. Bien que la trame soit relativement simple, l'ensemble demeure cohérent et les dialogues, finalement assez rares et concis, participent au charme et à l'ambiance du jeu. Soulignons enfin le travail fait sur l'implication du joueur. En effet, Henoch étant muet, la frontière entre le héros et le joueur est minime et chaque remarque faite par Lucifel semble nous être destinée. D'ailleurs, la thématique de l'amour interdit représentée par une homosexualité implicitement omniprésente va dans le sens d'un titre cachant son jeu, de façon pudique serait-on tenté de dire. Une structure scénaristique et narrative qui, au final, fait mouche et confirme la cohérence de l'œuvre dans sa globalité. Tout simplement brillant.

Profitant d'une direction artistique épurée, El Shaddai n'en est pas moins une merveille visuelle.

Une sorte d'hommage artistique

La relative simplicité du scénario de El Shaddai a le mérite d'être en parfaite adéquation avec l'aspect visuel du titre. Ainsi, le jeu de Konami est un émerveillement visuel de chaque instant et on s'étonne à rester pantois devant tous ces niveaux aux formes et couleurs épurées qui ne sont pas sans rappeler des estampes, des esquisses, des vitraux ou même de la peinture à l'huile. Ainsi, le jeu se révèle être un hommage à l'art visuel en général. Un aspect artistique présent aussi bien dans les niveaux d'action que dans les phases de plates-formes en deux dimensions. Car si une grande partie du jeu se résume à des combats plus ou moins corsés, ces passages représentent tout de même 40% de l'aventure. Souvent chatoyants, ils paraissent dessiner sous nos yeux de gigantesques tableaux nous donnant ainsi l'impression d'admirer des toiles de maîtres. En découle une sensation de dépaysement visuel continue, si bien que le jeu ne souffre d'aucun manque de variété sur le plan graphique, ce qui, pour certains, peut aisément pallier à l'aspect quelque peu redondant du gameplay. Car si El Shaddai fait un quasi-sans faute sur le plan visuel, le gameplay divisera, à tort, et nécessite de prendre ce jeu en tant qu'œuvre à part entière.

Beaucoup moins simplistes qu'ils ne paraissent, les combats sont parfois corsés.

Un gameplay en adéquation avec l'apparence et le propos

Du point de vue ludique, El Shaddai laisse le sentiment de faire dans le minimalisme. Ainsi, le gameplay n'est basé que sur quelques touches et seules trois armes sont disponibles. Il y a l'Arch, sorte d'arc de combat dont le maniement s'apparente à une épée. Puis vient la Gale, une arme à distance qui n'aurait pas grand chose à envier à celles du Jehuty dans Zone of The Enders. Enfin, on trouve le Veil, un gigantesque bouclier dont les moitiés constituent de redoutables poings. L'intégralité du système de combat est basé sur deux touches, à savoir celles d'attaque et de parade, mais le jeu n'est pas dépourvu de combos pour autant puisqu'une bonne gestion du rythme des coups influe sur les enchaînements effectués. De ce fait, une fois assimilé, le système de jeu permet tout de même de varier les plaisirs, surtout que l'impossibilité de stocker les armes plaide en sa faveur. Une fois assommés, les ennemis peuvent ainsi se faire désarmer, ce qui se révèle être le seul moyen de prendre possession de telle ou telle arme. Une subtilité d'autant plus importante qu'elle permet par la même occasion de purifier votre arme instantanément afin de déshabiller vos ennemis avec plus de facilité. Car les armes mises à votre disposition nécessitent d'être purifiées régulièrement pour garder leur efficacité. Une purification qui se fait d'une simple pression sur une gâchette, et qui a le mérite de rendre les combats plus corsés qu'il n'y paraît.

Pour rendre vos ennemis inoffensifs, il vous faut les dévêtir de leur armure petit à petit. Sensualité ?

Un jeu pour l'humanité

Même si les affrontement ne laissent pas vraiment le temps de s'ennuyer, la difficulté du titre reste relative. Comme pour ses opposants, l'énergie d'Henoch est symbolisée par son armure et c'est seulement lorsqu'il se voit mettre à nu que notre héros s'évanouit. C'est alors à nous de matraquer les boutons de la manette pour le réveiller. Un procédé pouvant être appliqué jusqu'à quatre fois, ce qui évite les game over trop frustrant. Et puis au pire des cas, vous pouvez toujours enclencher une attaque dévastatrice propre à chaque arme. Enfin, si notre scribe peut mourir lors des combats, sachez que les chutes intempestives n'influeront en rien sur la progression. Une bonne chose car, bien que les phases en 2D soient plutôt bien menées, celles en 3D avec des plans de caméra fixes favorisant l'esthétisme à la pratique peuvent déstabiliser. Quoiqu'il en soit, vous conviendrez qu'avec son système de progression permissif, El Shaddai s'apparente définitivement à un vrai voyage, tant visuel que ludique ou thématique. Une sorte d'expérience singulière dans laquelle tout semble intimement lié.
Les Plus
  • Divinement beau
  • Cette impression d'être en face d'une vraie œuvre, avec la volonté de faire quelque chose de précis derrière
  • Une oeuvre d'une cohérence rare
  • Des thèmes et une ambiance qui restent atypiques
  • Un gameplay offrant plus de possibilités qu'il n'y parait
  • Des musiques divines
Les Moins
  • Une œuvre qui nécessite d'être comprise