Deus Ex : Human Revolution ou la renaissance d'un géant

05 sept. 2011
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Deus Ex : Human Revolution suit la voie des excellentes pré-quelles tracée par Snake Eater. Respectant l'original, aussi bien dans son esprit que dans son histoire, il parvient à offrir une expérience unique à chaque joueur sans forcément le prendre par la main. Pouvoirs, approches, équipement : le choix est vôtre, les conséquences aussi. Dommage toutefois d'encombrer le joueur avec des affrontements contre des boss poussifs. Dans un autre aspect, la direction artistique de très bonne facture fera oublier les lacunes du moteur graphique. Reste que le long projet d'Eidos Montréal ne déçoit pas. Bien au contraire, il dépoussière et transcende son ancêtre pour fabriquer sa propre légende.

Remake, prequel, sequel, quel que soit l'anglicisme utilisé, ressusciter une licence reste une opération délicate. Mais à cœur vaillant, rien d'impossible et cela n'a pas empêché Eidos Montréal de créer un nouveau jeu dans l'univers de Deus Ex. Considéré par beaucoup comme l'un des meilleurs jeux vidéo de tous les temps, le pire était donc à craindre. Mais Human Revolution est l'exception qui confirme la règle.

Une fois découvert, le piratage devient une question de rapidité.

La cybernétique, c'est fantastique

Petit résumé pour ceux du fond : Deus Ex est un mélange de FPS et de jeu de rôle sorti en septembre 2000 dans nos vertes contrés. La grande force de ce dernier reposait essentiellement sur la liberté d'action qu'il offrait au joueur. Malgré sa nature, tuer tout le monde n'était pas l'unique solution : la discrétion pouvait être employée ou, plus simplement, la discussion. Les niveaux eux-mêmes étaient remplis de passages secrets, de gadgets, d'ordinateurs à pirater, de conduits d'aération. Bref, les possibilités étaient virtuellement infinies. Le protagoniste, sorte de surhomme gavé de nanotechnologie, évoluait à votre gré, développant de nouveaux pouvoirs et de nouvelles compétences selon vos goûts et vos envies. Au delà du concept, Deus Ex dépeignait un univers panaché où tous les éléments cools des années 90 venaient s'emboiter : conspirations à la X-Files, cyberpunk, trenchcoats et lunettes de soleil, sabre lasers... Ajoutez à cela un peu de Philosophie niveau Terminale, le pire doublage du monde et vous obtenez un jeu culte et vénéré par tous. Près de onze ans plus tard, l'industrie du jeu vidéo a assimilé toutes les bonnes idées de Deus Ex et tout le monde cherche à oublier la très médiocre suite ironiquement nommée Invisible War. Puis, entre en scène Eidos Montréal, studio récemment formé qui envisage de faire une pré-quelle à ce monument du jeu.

Les augmentations à votre disposition sont nombreuses.

Robocop

2027, la nanotechnologie n'est encore qu'une chimère et le monde ne semble pas encore complètement condamné. En l'espace de vingt ans, les augmentations cybernétiques sont passées du statut de prototype à celui d'objets de consommation pour bourgeois. Courir plus vite, sauter plus haut, devenir invisible : tout est possible si on y met le prix et si on accepte de prendre une drogue pour éviter les rejets d'implants. Forcément, la plèbe voit d'un mauvais œil ce luxe réservé à une élite et des puristes anti-augmentation apparaissent aux quatre coins de la planète. Mais ça, Adam Jensen s'en fiche pas mal. Chef de la sécurité chez Sarif Industries, l'une des sociétés montantes dans la cybernétique, son rôle consiste simplement à protéger et servir. Hélas, suite à une attaque surprise orchestrée par de mystérieux mercenaires, Jensen finit broyé avec une balle dans la tête en guise de remerciements. Pire, son ex et une équipe de scientifiques se font dézinguer sans autre forme de procès. Ni une, ni deux, son patron décide de le transformer en Steve Austin : notre protagoniste se retrouve dans un corps complètement robotisé, à son insu. Après six mois de convalescence, le voilà de retour à son ancien poste. Évidemment, tout va rapidement dégénérer pour Adam et, très vite, vous vous retrouverez à parcourir le globe afin de pister les responsables de votre piteux état. Conspirations de tout bord, mensonges et retournements de situation en tout genre sont à attendre. Quoi de plus normal pour Deus Ex ? Honnête sans être transcendant, le scénario laisse la part belle à un background très bien fichu que vous pourrez consulter au détour des nombreux emails et ebooks disponibles à travers le jeu.

Choisir les bons mots n'est pas une mince affaire.

Héros multitâche

Mettons fin au suspense tout de suite : Human Revolution est parfaitement à la hauteur de l'attente générée par son glorieux prédécesseur. Jensen, comme Denton en son temps, peut aborder chaque problème de diverses façons. Discrétion, action ou simplement discussion, tout est envisageable. Le piratage a été entièrement revu offrant un mini jeu pas forcément désagréable. Autre nouveauté bien pensée : les combats sociaux. Quelques fois, durant l'aventure, vous aurez l'occasion de vous livrer à une guerre des nerfs avec quelqu'un afin d'obtenir une information vitale ou assimilé. A la manière d'Alpha Protocol, pour briser leur défense, vous devrez employer la bonne approche afin ne pas les brusquer. Une augmentation potentielle permet même de détecter les phéromones de votre adversaire pour savoir comment le caresser dans le sens du poil. D'ailleurs, parlons technologie. Jensen possède des dizaines d'augmentations débloquées à coups de points d'expérience. Encore une fois, ces dernières offrent un large panel assimilable à votre style de jeu. Envie de cogner ? Détruisez les murs. Envie de passer inaperçu ? Optez pour l'invisibilité. Bien sûr, les plus gros pouvoirs consomment vos batteries, ce qui permet de calmer un peu vos élans de "bourrinisme". L'inventaire, pour fans de Tetris, s'adapte lui aussi, offrant un panel de modifications pour vos armes en tout genre.

Les références au premier Deus Ex sont légion.

Noir & Or

Si le fond est impeccable, la forme n'est pas non plus en retrait. Les cités futuristes offrent des paysages à couper le souffle tandis que chaque objet présenté ferait pâlir Philippe Starck de jalousie. La palette de teintes dorées employée apporte un caractère unique dans le marasme de la nouvelle génération spécialisée dans le marron et le gris. Toutefois, si les longues années de développement offrent un jeu soigné aux petits oignons, elles prennent leur dû sur le plan technique. La réalisation accuse elle son âge avec des animations nazes et des personnages rabotés. Autre choix étrange, l'intrusion de cinématiques pré-calculées faites avec le moteur du jeu. Leur faible résolution ainsi que leur pauvreté graphique tant à détruire tout forme d'harmonie visuelle. La gène devient un véritable agacement lorsque les quatre fins disponibles se résument à des images d'archives du National Geographic défilant tandis qu'Adam Jensen narre un monologue de fin. Là, on frise le foutage de gueule. Dernier point assez incompréhensible, la présence de boss de fin de niveau. Déjà existant dans le premier Deus Ex, ces derniers pouvaient être évités ou neutralisés sans recourir à la violence. Ici, rien de tout cela, vous devrez affronter des marmules armées jusqu'aux dents. Autant dire que si vous optez pour un Jensen silencieux et non-combattant, vous l'avez dans l'os.
Les Plus
  • Aborder les problèmes de multiples manières
  • Une direction artistique fabuleuse
  • La richesse de l'univers développé
  • Des pouvoirs bien pensés et l'équipement personnalisable
  • Un respect omniprésent pour la licence
Les Moins
  • La fin baclée
  • Les boss, inutiles
  • Vieillot du coté technique