Xenoblade Chronicles

29 août 2011
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Le jeu de rôle salvateur et titre de l'année

Magnifique, passionnant, touchant, intelligent, rythmé, gargantuesque... les superlatifs manquent pour décrire Xenoblade Chronicles. Fort d'un système de combat particulièrement ingénieux, le jeu de Monolith Soft est passionnant aussi bien dans le fond que dans la forme. En effet, limiter ce Xenoblade à ses affrontements serait une grossière erreur tant le scénario, porté par une mise en scène classieuse, se révèle être accrocheur et rythmé. Et si ce n'est pas l'histoire qui vous tiendra en haleine pendant une cinquantaine d'heures de jeu, il y a fort à parier que ce soit le dépaysement fourni par l'univers, ou encore la gestion de la progression parfaitement maîtrisée. Grâce à ces atouts et à une souplesse favorisant l'accessibilité, Xenoblade fait partie de ces titres qui se destinent à tous les joueurs. Ainsi, dites-vous bien qu'une fois l'achat effectué, vous ne le regretterez assurément pas et vous souviendrez de cette aventure pour toujours. Finalement, tout était dans le titre de l'article : la plus belle aventure de l'année, qui parvient à ramener un genre balbutiant sur le devant de la scène.

Derrière Xenoblade Chronicles se cache un bonhomme, Tetsuya Takahashi, créateur à l'origine de Xenogears et Xenosaga. Autant vous dire qu'avec les quatre premières lettres de son titre, Xenoblade avait une certaine renommé à tenir. Et croyez-nous, le contrat est rempli.

Une histoire titanesque

L'univers colossal de Xenoblade annonce la couleur : l'aventure est extraordinaire.
L'histoire de Xenoblade se déroule dans un cadre atypique, sur deux titans autrefois engagés dans une lutte sans merci et dont les restes constituent le monde dans lequel nous évoluons. Gigantesques symboles de la guerre opposant les Homz/humains aux Mékons, une race robotique technologiquement avancée, les corps de Bionis et Mékonis n'ont rien à envier aux plus vastes étendues du jeu vidéo. Pour ce qui est de l'histoire, il nous faut évoquer l'introduction du jeu, durant une dizaine de minutes et faisant office de tutoriel. Celle-ci nous conte la dernière bataille en date opposant les deux peuples. Une bataille à laquelle les Homz ont survécu grâce au courage d'un seul homme depuis érigé en héros, Dunban. Mais cette victoire fut avant tout possible grâce à Monado, l'épée légendaire qu'il manipulait. D'une force redoutable, elle permit aux Homz de repousser l'attaque mékons en dépit d'effets parfois néfastes, Dunban ayant perdu l'usage de son bras dans la bataille. Ça, c'était pour l'introduction. Un an est passé et nous voilà aux commandes de Shulk, petit génie en herbe, ami de Dunban et véritable héros de Xenoblade. Tout bascule quand les Mékons attaquent par surprise la Colonie 9, l'un des derniers bastions humains, alors que Dunban est encore dans l'incapacité d'utiliser Monado. N'ayant d'autres choix, Shulk va alors s'emparer de l'épée et essayer de devenir le successeur de cet homme qu'il admire tant.
Shulk, accompagné de ses compagnons.
Comme tout le monde s'en doute, ce synopsis ne constitue que les prémices d'un périple bien plus dense et, disons-le tout de suite, inoubliable. Car Xenoblade est un modèle de fluidité narrative. Ainsi, chaque scène cinématique, diablement bien mise en scène, fait office de récompense pour le joueur. Particulièrement épique, l'histoire est rondement menée et n'effrayera pas forcément les non-initiés, ce grâce à une première dizaine d'heures de jeu aussi palpitante que rythmée. Un début d'aventure qui est l'occasion de découvrir des personnages aussi travaillés qu'attachants, qu'il s'agisse de Dunban, Shulk, l'ami de ce dernier nommé Reyn ou encore Dickson, vieux de la vieille aux airs de Christophe (le chanteur). Au total, ce sont huit personnages qui sont à votre disposition. Rassurez-vous : pas de choix cornélien à faire, l'expérience engendrée au combat étant également attribuée aux protagonistes en réserve. A vous donc de faire comme bon vous semble... et de vous adapter aux combats qui vous attendent, chaque personnage ayant comme souvent un style de combat qui lui est propre. Si Sharla, la Michel Rodriguez du groupe, privilégie le combat à distance, Reyn préfère logiquement le corps-à-corps compte tenu de sa carrure. Une fois les capacités de votre groupe assimilées, vous serez alors prêt à vous plonger dans cette aventure qui dure tout de même une cinquantaine d'heure en ligne droite, ce qui selon votre serviteur s'avère être un chouïa plus que bon nombre de jeux de rôle.

Une technique de titan !

Alliant réussite technique et direction artistique de grande classe, le titre est un ravissement.
Ce scénario est mis en valeur par des graphismes aussi fouillés que colorés. Si le jeu se situe dans le haut du panier sur Wii, avec des détails qui fourmillent, une animation quasiment sans faille ni ralentissement et des chargement camouflés pour ne pas dire inexistants, il brille surtout par la mise en relief de son univers. A vrai dire, Xenoblade bénéficie d'une dimension jamais atteinte pour un jeu Wii, avec une profondeur de champ exceptionnelle qui, couplée à la direction artistique remarquable, parvient à nous projeter sans peine dans des environnements monumentaux. Une grandiloquence que l'on retrouve en partie dans la bande son, composée par Yoko Shimomura (Front Mission, Parasite Eve, Kingdom Hearts) et dont les musiques aussi épiques que touchantes s'apparentent à un véritable régal pour nous oreilles. Côté doublage, les amateurs pourront pour une fois choisir entre les voix anglaises et japonaises. Au risque de faire hurler les puristes, soulignons tout de même que le doublage anglais est d'excellente facture, au point que les allergiques au japonais n'hésiteront pas à choisir le camp de Shakespeare. Au final, que ce soit sur le plan visuel ou sonore, le jeu de Monolith Soft fait tout bonnement carton plein.

De la liberté comme on l'aime

Même si elles ne sont pas passionnantes, le jeu contient pas mal de quêtes secondaires.
Avant de parler du système de combat, attardons-nous sur l'exploration. Sur ce point, Xenoblade est pour le moins exceptionnel, vous procurant une sensation de liberté rarement ressentie dans un jeu de rôle. Si vous évoluez sur des titans, cela n'empêche en rien l'exploration de terres particulièrement vastes (qui ne sont pas sans rappeler les jeux à univers persistants). Les monstres sont d'ailleurs visibles, avec en prime quelques indications bienvenues. En effet, chaque bestiole réagit différemment à votre passage, et si certaines sont tout ce qu'il y a de plus inoffensives, d'autres vous foncent dessus au moindre geste ou son. Dès lors, le système de lock servant d'indicateur se révèle particulièrement utile, vous informant du niveau et du type de l'opposant. C'est alors à vous de parcourir les terres de Bionis et Mékonis comme bon vous semble, à la recherche d'objets représentés par des loupiotes bleues. Toutefois, si l'exploration n'est pas votre tasse de thé, vous pouvez très bien vous contenter de suivre la flèche situé en haut de l'écran et faisant office de fil rouge pour la quête principale. A noter, pour être tout à fait complet, que les points de contrôles sont particulièrement nombreux et qu'une défaite n'est pas synonyme de game over, mais simplement de retour au checkpoint avec conservation de l'expérience. Une souplesse vraiment appréciable de nos jours et qui devrait permettre aux joueurs les moins téméraires de ne pas baisser les bras trop rapidement.

L'Art du combat

En bas de l'écran, les arts qui se rechargent automatiquement.
Concernant les affrontements, Xenoblade fait dans la subtilité. Des jeux en ligne, le titre de Monolith Soft a hérité de l'attaque-auto : une fois un ennemi ciblé, il vous suffit de vous approcher de lui pour l'attaquer automatiquement. Ne pensez pas que le jeu soit ennuyeux pour autant : des "arts" synonymes d'attaques spéciales sont présents. Alors que votre personnage frappe automatiquement son adversaire, vous pouvez mettre votre grain de sel en choisissant toutes sortes d'attaques spéciales et capacités. Parfois, il vous faudra même frapper l'ennemi sous un certain angle (par derrière, sur le côté, etc.) pour maximiser les dégâts ou effets escomptés. Un impératif plus ou moins simple en fonction de l'hostilité dont fait preuve l'ennemi. En attaquant un monstre, le personnage attire plus ou moins son attention, ce qui laisse aux autres protagonistes le temps de le contourner ou de vaquer à d'autres occupations. Une fois utilisé, chaque art se recharge indépendamment des autres et vous pouvez donc utiliser successivement chacun d'entre eux. Monado, l'arme de Shulk, permet à celui-ci d'avoir accès à une série d'arts supplémentaire ainsi qu'à des visions. En plein combat, il arrive qu'une vision vous indique le prochain coup fatal d'un adversaire. Une attaque qu'il vous faudra généralement éviter en bouleversant l'avenir. Un monstre tentaculaire est censé abattre votre coéquipier ? Utilisez l'art permettant d'augmenter l'esquive de ce dernier et celui-ci devrait parvenir à changer son destin funeste. De même, si une attaque est censée vous terrasser pour seulement quelques points de vie, n'hésitez pas à utiliser un art faisant office de soin ou de bouclier.

Motivé, motivé !

En haut, la fameuse jauge de motivation vous permettant de réanimer vos personnages et d'effectuer des enchaînements.
Toutefois, si l'un de vos compagnons se retrouve en difficulté, il vous est possible de l'encourager une fois à proximité de celui-ci. Parfait pour le réveiller alors qu'il dort ou est sonné. Et si celui-ci ou votre leader venait à périr, il vous est également possible de les ramener à la vie de la même manière, c'est-à-dire d'une simple pression sur la touche B. Un choix non sans concession puisque nécessitant un segment de votre jauge de motivation (ou tension). Une jauge commune à votre équipe, s'accroissant au fil des coups assénés et qui, une fois remplie, vous permet d'effectuer un enchaînement vous laissant prendre le contrôle de chaque membre du groupe un par un. Particulièrement utile, surtout face aux Mékons qui nécessitent d'être déséquilibrés puis mis au sol pour subir des dégâts. Petite subtilité de ce système de combos : la succession d'attaques d'un même type vous permet de gagner des tours supplémentaires. C'est donc à vous qu'il revient de choisir la stratégie adéquate en fonction des adversaires : cumuler les coups et enchaîner les dégâts, soins ou autre, ou réaliser un enchaînement plus court mais susceptible de perturber l'ennemi et de vous sauvez la mise. Évidemment, plus vous serez avancé dans l'aventure et plus vous vous rendrez compte que la gestion de cette jauge s'avère être primordiale. Étant donné que cette dernière diminue au fil des temps mort, c'est à vous qu'appartient la décision de la conserver ou non en vue d'un gros combat.

De la répartition d'expérience à tire-larigot

Comme toujours, vos coups deviendront de plus en plus dévastateurs au fil de l'aventure.
Niveau système d'évolution, le titre de Monolith Soft fait aussi dans la démesure, avec de l'expérience à répartir dans de multiples menus. En venant à bout des ennemis ou en atteignant des repères, vous récoltez de l'expérience faisant monter le niveau de vos personnages, mais aussi des points d'art et de compétence à répartir. Ainsi, les premiers servent à faire évoluer les arts, un peu à l'instar de ce qu'on peu trouver dans la majorité des beat'em all. Augmentation des dégâts ou des effets, diminution du temps de rechargement de la capacité... autant de facteurs qui vous permettront de prendre l'ascendant sur les monstres vous faisant face. A noter que les niveaux de ces techniques sont bridés et qu'il vous faut acquérir des grimoires en temps voulu pour les faire évoluer à leur niveau maximum. Pour leur part, les points de compétence permettent à vos protagonistes d'apprendre des bonus en fonction de traits de caractère choisis. Un peu comme ce que l'on trouve dans Final Fantasy IX ou Lost Odyssey, il est possible de lier des personnages entres eux pour que ces derniers apprennent des compétences qui ne leur étaient pas forcément destinées à la base. Des bonus appréciables, même si leur importance semble moindre que d'autres subtilités du système de jeu.

Gestion de l'équipement et Xeno 2.0

L'équipement est visible sur les personnages, y compris lors des scènes cinématiques.
Afin d'améliorer vos personnages, vous pouvez également changer leur équipement. Pour se faire, il faut récupérer des pièces d'équipement sur les ennemis ou en acheter dans les boutiques disséminées dans l'univers du jeu. Cependant, n'espérez pas trouver de l'argent n'importe où, comme par exemple sur les corps de vos victimes. Non, le seul moyen de vous faire de la monnaie consiste en réalité à revendre les butins et autres matériaux amassés lors des combats. Plutôt logique et assez bien mis en pratique. Une fois votre équipement en poche (enfin sur vous), il vous est encore possible de faire quelques ajustement particulièrement utiles. En effet, Xenoblade possède un système de gemme s'apparentant plus ou moins aux matérias de Final Fantasy VII. Chaque pièce d'équipement comporte ou non des compartiments vous permettant d'insérer les joyaux. Vous conférant des bonus non négligeable (force, points de vie, efficacité, effets, etc.), ces derniers peuvent être confectionnés par vos soins. En choisissant les cristaux adéquats ainsi que les personnages chargés de les manipuler, vous pouvez privilégier telles ou telles capacités. A noter que les effort fournis en combat pour encourager vos compagnons vous permettent de tisser des liens entre eux, liens primordiaux dans la confection des cristaux : c'est de l'entente de vos personnages que dépendra le nombre de manipulations possibles pour une gemme. Un système qui n'a rien d'étonnant quand on sait que Xenoblade possède un système social prenant en compte chacune de vos interactions avec les habitants de Bionis et Mékonis. Impressionnant.

Le jeu parfait ?

La caméra est rarement capricieuse.
Vous ne le savez pas, mais Xenoblade fut à la source d'un petit débat au sein de l'équipe de Gamatomic. Un jeu peut-il être parfait ? Si certains considèrent que non, il faudrait avant tout faire la différence entre idéal et perfection, et savoir si le public serait effectivement à la recherche d'un jeu sans faille. Quoiqu'il en soit, Xenoblade possède évidemment quelques défauts. On pense surtout à l'interface de l'inventaire, pas toujours intuitive ni très claire. Un détail un peu déstabilisant lors de la création des gemmes. Dans un autre registre, et même si le système de gambits de Final Fantasy XII est loin d'avoir fait l'unanimité, on regrette que nos compagnons ne prennent pas toujours les bonnes décisions, notamment lorsqu'il s'agit d'utiliser une attaque pour faire chuter un ennemi ou d'utiliser diverses capacités à bon escient. De même pour la résurrection de notre leader, parfois un peu trop tardive lors des affrontements corsés. Des affrontements géniaux mais à la caméra parfois capricieuse, notamment dans des endroits exigus. N'ayez crainte : ce genre de souci passera inaperçu aux yeux de tous ou presque ; mais il me semblait important de dire que le jeu possédait tout de même quelques failles notables. Un constat qui aurait presque quelque chose de rassurant quand on observe le travail colossal ayant permis la création d'une telle œuvre. Sommes-nous à la recherche de perfection ? Non, je ne pense pas, mais force est de constater que Xenoblade s'en rapproche quand même fortement.

Un jeu pour tous, tous pour un jeu

Malgré la liberté procurée, Xenoblade n'effraie jamais.
Car plus que d'être un jeu presque parfait, Xenoblade est de ces œuvres capables de rallier tout le monde derrière elles. Ainsi, les non-initiés aux RPG pourront se lancer dans un aventure à la progression aussi souple qu'intéressante. Malgré la grande ingéniosité de son système de jeu, Xenoblade n'effraie jamais. Comme dit précédemment, le game over n'est pas synonyme de perte d'expérience et le joueur n'a donc jamais l'impression de perdre son temps, voire de perdre tout court. Pareillement, les checkpoints sont particulièrement nombreux et une carte du monde vous permet d'aller où bon vous semble à tout moment, y compris pour faire du level avant de retourner affronter un boss. Difficile aussi de passer outre le système de sauvegarde, absolument pas contraignant puisque vous permettant de sauvegarder votre partie à tout instant. A cela il faut ajouter une gestion de la difficulté exemplaire, permettant de savourer l'aventure sans jamais ressentir la nécessité de faire du level comme un bourrin. Autant d'éléments qui permettent de dire que Xenoblade a tout du RPG destiné à tous, aussi bien aux vieux de la vieille en manque de jeu de rôle de grande classe qu'aux débutants désirant se plonger dans un genre pas toujours accessible. Finalement, voilà peut-être la marque des jeux d'exception, ceux-là même qui peuvent permettre aux joueurs - et personnes en général - de voir au-delà de leurs craintes et préjugés.
Les Plus
  • Un scénario plus que passionnant
  • Des personnages réussis
  • Une aventure dense et sans temps mort
  • Une mise en scène qui a de la gueule
  • Une direction artistique du tonnerre
  • Techniquement à la hauteur
  • Les musiques de Yoko Shimomura, splendides
  • Le choix entre les doublages anglais et japonais
  • Certains décors monumentaux
  • Une vraie sensation de liberté
  • Des mécaniques de jeu en béton
  • Un sens du détail certain (gestion des rencontres, sociabilité, certaines capacités bien vues, etc.)
  • Un système d'expérience particulièrement poussé
  • La confection de gemmes, très utile
  • Un jeu qui n'effraie pas et se destine à tous
  • Un contenu et une durée de vie faramineux
Les Moins
  • L'interface de l'inventaire, perfectible
  • Une caméra un peu capricieuse lors de certains combats
  • Une gestion des compétences dont l'utilité est relative
  • Des compagnons pas systématiquement au top
  • Des quêtes annexes pas forcément géniales