Days Gone

21 juil. 2019

Ça Deacon pas !

Testé par sur
4

Se lancer dans une nouvelle licence destinée à devenir l'un des derniers killer app de la PlayStation 4, est pour le moins un pari osé. Bend Studio n'a en effet encore jamais développé de jeu pour la dernière console de salon de Sony, se cantonnant jusqu'à présent à des titres sur Vita (Uncharted : Golden Abyss) et les premières PlayStation (la série Syphon Filter). Alors, voir débarquer cette équipe de son Oregon natal avec un projet aussi ambitieux que Days Gone avait de quoi interpeller. Et vous savez quoi ? Ça a du bon d'être interpellé.

L'histoire

Cela fait bientôt deux ans qu'une bonne partie de la population mondiale a disparu. Ça, c'est bien pratique quand on veut être tranquille sur les routes. Seulement voilà, ceux qui n'ont pas été décimés par cette pandémie se sont transformés en mutants. Et pas le genre mollasson et décérébré, non. Plutôt le genre vif et animal. Et surtout nombreux. Très nombreux. Heureusement pour les survivants, débarque Deacon St. John, un biker sans foi ni loi (et accessoirement très amoureux) qui va malgré lui donner un coup de pied dans cette fourmilière meurtrière.

L'histoire de Days Gone suit la progression de Deacon dans cette aventure post-apocalyptique qui - inutile de préserver le suspense - n'est pas sans rappeler celle d'un certain Daryl Nixon. En effet, les similitudes avec ce personnage de la série The Walking Dead sont nombreuses. D'ailleurs, l'ambiance de Days Gone est très proche de celle de la série d'AMC : fermes isolées, camps de réfugiés, hordes de zombies mutants, personnages hauts en couleur à la psychologie travaillée, et humains bien plus dangereux que supposé.

Mais Days Gone sait aussi prendre ses distances par rapport à ce glorieux modèle. L'aspect scientifique est ainsi plus exploité grâce notamment au personnage de Sarah Witaker, la femme de Deacon. L'aspect gouvernemental est également ajouté avec l'intervention du chercheur O'Brian et les missions qui lui sont associées. Voilà qui donne un joli relief et vient régulièrement mettre en lumière les origines de tout ce... gros bordel !

L'approche furtive vous offre des phases de suspense assez réjouissantes.

L'ambiance

Autre point commun avec The Walking Dead : une ambiance assez incroyable qui vous plonge successivement - et dans le désordre - dans un état mélancolique, contemplatif, voire même parfois romantique, en passant aussi par des moments de stress, de joie ("Yeah, j'ai liquidé ma première horde de mutants !") et de doutes... L'emballage sonore est remarquable autant du côté des musiques (composées par Nathan Whitehead) que des bruitages (les cris nocturnes). Et sur le plan visuel, votre immersion dans l'Oregon est plutôt bonne et mixe la plupart des paysages de la région : plaines fertiles, rivières et cascades, vallées encaissées, monts enneigés, et même le célèbre Crater Lake qui tiendra un rôle important dans la dernière partie du jeu.

En plus d'être un extracteur de danger(s), votre moto est évidemment un piège à gonzesses.

Le principe

Attention : Days Gone est une illustration quasi parfaite de ce que doit être un open world scénarisé. Cet univers vous offre une liberté conséquente sans toutefois accentuer les temps morts et vous perdre dans une trop grande opulence. Côté jouabilité, vous voici face à un TPS à la Uncharted. La production de Bend Studio exploite d'ailleurs à merveille les caractéristiques d'infiltration chères à la série de Naughty Dog : rester discret est un choix on ne peut plus judicieux dans bon nombre de situations que vous allez rencontrer, notamment lorsque vous croiserez une horde de mutants. S'ils ont pour eux leur nombre (parfois plusieurs centaines), vous avez pour vous votre cerveau malicieux, capable d'élaborer tout un tas de stratégies d'approches. Et de carnages à grande échelle (vive les jerricanes explosifs).

Pour le reste, Days Gone base son gameplay sur juste ce qu'il faut de farming et crafting pour améliorer la force de frappe et les capacités de votre héros. Par exemple, soyez vigilant sur vos réserves aussi bien d'essence que de pièces mécaniques (sans doute les deux ressources les plus précieuses du jeu). Concernant les missions annexes, ne les mettez pas de côté car elles apportent vraiment leur lot de fraîcheur supplémentaire. Quant à la météo et au cycle jour/nuit, ils sont astucieusement utilisés pour modifier votre terrain de jeu et l'agressivité de vos adversaires. Un mutant nocturne est un mutant plus chafouin, sachez-le (un peu comme dans Dying Light).

Impossible de ne pas évoquer pour finir la moto de Deacon, à savoir une Yamaha XV 950 Racer. On ne sait si elle est plus rafistolée que customisée mais cette monture est indissociable de notre biker, comme peut l'être la Honda de Daryl dans The Walking Dead (tiens, un nouveau point commun). Et incontestablement, c'est le moyen de locomotion idéal pour parcourir les routes désolées et les bleds désertés du jeu. Il se révèle également parfait pour s'éloigner rapidement d'une horde lancée à vos trousses. Bref, cette moto est un véritable familier auquel il vous faudra prendre grand soin pour espérer mener cette aventure à son terme.

Vous pouvez marquer les ennemis pour éviter les surprises.

Pour qui ?

Pour apprécier Days Gone, il faut bien sûr être friand des jeux d'action-aventure dans un environnement très largement ouvert, mais pas trop. Si vous avez apprécié Uncharted, Horizon Zero Dawn, voire dans une certaine mesure Shadow of the Tomb Raider, il est fort probable que l'aventure de Deacon St. John trouve également grâce à vos yeux. Le subtil mélange d'action et d'infiltration qu'elle propose a largement de quoi vous séduire. Et puis, si vous êtes en plus fan de The Walking Dead, alors là...

Ce n'est pas vraiment le moment de péter...

L'anecdote

Se retrouver face à un mutant, quand on est un couard comme moi, c'est déjà flippant. Alors, imaginez lorsque j'ai été confronté, pour la première fois, à une horde tout entière, soit au bas mot 300 individus... 300 mutants bien énervés, capables de courir, de franchir des obstacles et surtout de vous suivre même sur les toits des bâtiments alentours. Oui, ma tactique habituelle consiste à me planquer en hauteur, avec un fusil sniper et à dégommer méticuleusement chaque ennemi. Dans le vicieux Days Gone, cette méthode peu glorieuse est impossible puisque dès que les créatures vous repèrent, elles grimpent jusqu'à vous. En ameutant tous leurs potes assoiffés de chair fraîche. Eh bien, lorsque je suis enfin venu à bout de cette première horde, après de nombreux essais (et de recroquevillements dans un coin du salon en tremblant entre chaque tentative), je vous avoue que ça a été un pied assez énorme dont les voisins doivent probablement encore se souvenir !
Les Plus
  • Un scénario pas toujours très subtil mais qui tient la route
  • Un monde ouvert loin d'être mort-vivant
  • Une progression libre mais suffisamment guidée pour éviter les temps morts
  • Les ballades en moto
  • Un cycle jour / nuit et une météo qui ont vraiment un impact sur le gameplay
  • Des hordes "jouissivement" terrifiantes
  • Un héros badasse juste ce qu'il faut
  • Des seconds rôles travaillés
  • Une ambiance mélancolique à souhait qui n'est pas sans rappeler The Walking Dead
  • Une durée de vie impressionnante pour un jeu scénarisé
Les Moins
  • Quelques ralentissements mais rien de bien méchant
Résultat

C'est quasiment un sans faute pour Days Gone. Il vous offre un monde ouvert accrocheur, cohérent, complexe mais pas trop, que vous avez plaisir à parcourir sur votre fidèle moto. C'est aussi un scénario qui tient la route, un héros auquel vous croyez, de nombreux ennemis que vous craignez mais que vous affrontez petit à petit avec de plus en plus de tactique, de bravoure et donc de plaisir. C'est également une histoire d'amour teintée de mélancolie à laquelle vous ne pourrez pas rester insensible (le jeu des deux protagonistes est parfait de justesse et très loin de la niaiserie habituelle). Enfin, malgré sa durée impressionnante pour le genre, Days Gone est un jeu que vous aurez envie de terminer à 100 %, afin d'abandonner en douceur cette communauté de survivants. C'est bien là le signe d'une belle réussite pour Bend Studio.