Spider-Man

18 sept. 2018
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4

L'Araignée tisse sa toile au top

Marvel's Spider-man est comme le cinéma Marvel, c'est-à-dire un divertissement maousse. Si le titre ne mise pas sur les mêmes ambitions démesurées qu'Arkham Knight, il insuffle assez de réalisme et de sensations pour rester digne d'intérêt. Ici, rien de particulièrement fou ou radical : Marvel's Spider-man ne vous fait pas parcourir toute une ville en batmobile, ne vous fait pas non plus entrer dans un immeuble sans transition ou ne varie jamais les valeurs de plan comme le faisait le jeu de Rocksteady. Néanmoins et au regard des autres productions, il s'avère assez joli (dans le fond comme dans la forme) et spectaculaire pour se hisser au sommet des exclusivités PlayStation en cette année 2018. C'est déjà énorme lorsque nous savons que God of War est passé par là. Mais c'est ainsi : sur le plan de l'écriture comme du gameplay, Marvel's Spider-man ne déçoit tout simplement pas.

Les jeux Spider-man ont tous une particularité : qu'importe les soucis ludiques pour peu que nous puissions nous balader en tissant notre toile entre des gratte-ciel. Tous les enjeux de Marvel's Spider-man résidait dans ce constat, et donc dans le fait de savoir si l'expérience allait réussir à transcender cet objectif assuré par chaque jeu mettant en scène le super-héros. La bonne idée fût de donner le bébé à un studio adepte du genre : Insomniac

L'histoire

Dans son optique de divertissement pur et dur, Marvel's Spider-man a une idée assez maligne : s'affranchir de l'habituelle introduction présentant son super-héros. Ainsi, Peter Parker est déjà Spider-Man et la jolie MJ est au courant de la double vie de celui qui est désormais son ex. En résulte un certain dynamisme sur le plan narratif, et ce dès le début du jeu. Pour ce qui est des enjeux narratifs, l'expérience fait dans l'originalité puisque la première moitié de l'aventure se base sur un super-vilain créé assez récemment dans l'univers Marvel : Martin Li dit Mister Negative (apparu pour la première fois en 2007). Un choix cohérent au regard du monde ouvert du jeu, Mister Negative étant un parrain de la mafia chinoise durant le Dark Reign où Norman Osborn se retrouve maire de la ville. Par la suite, c'est bel et bien les Sinistres Six (Octopus, Scorpion, Rhino, etc.) que notre héros devra combattre. Joli programme.

Commençons maintenant à parler de la technique, l'un des points fondateurs du jeu. À l'instar de God of War (et il s'agit d'un élément récurrent dans les productions estampillées Sony), Marvel's Spider-man se base sur un réalisme à deux vitesses. D'un côté, le visuel clinquant du jeu, qui retranscrit New York comme aucun autre titre dédié à l'homme-araignée avant lui. Logique quand on sait que le dernier jeu en date est sorti en 2014... mais le résultat demeure impressionnant. Et cela vaut aussi pour certaines cinématiques ou séquences époustouflantes. Nous pensons autant aux moments assez intimistes que partage Peter avec sa tante ou MJ qu'aux courses-poursuites à l'esthétique assez folle.

Joli détail : certains immeubles créent l'illusion et font croire que les intérieurs sont modélisés.

Le principe

Il y a néanmoins un manque de jugeotte flagrant lorsqu'il s'agit de répercuter ce réalisme dans le gameplay. S'il s'inspire ouvertement de Batman Arkham, le titre d'Insomniac en conserve la structure ludique mais sans tirer d'enseignement sur ce qu'a réellement apporté la franchise de Rocksteady au médium. Arkham Knight était avant tout un gigantesque plan-séquence, un titre uniquement basé sur la focalisation interne et qui se servait d'une énorme palette d'outils pour parvenir à ses fins - notamment le cas du cadre de la caméra. C'était surtout un jeu audacieux, imposant aux joueurs fainéants des trajets en batmobile, et qui évitait précautionneusement tout temps de chargement pour faire régner l'idée d'une unité de temps.

Pour sa part, Marvel's Spider-man sacrifie une partie de l'immersion afin de renforcer son cachet visuel. Passée la claque graphique, le titre propose des temps de chargement avant de nombreuses missions, favorise les déplacements rapides via la carte, etc. L'expérience manque de radicalité mais des indices laissent penser que cela vient parfois de relatives contraintes techniques. L'un de ces signaux est l'absence - ponctuelle - de coupure lorsque le titre passe d'une scène cinématique explosive à une phase de gameplay imposant (par exemple) de parcourir la ville pour pourchasser une cible. L'effet est là puisque ces moments impressionnent et font presque oublier au joueur que des temps de chargement sont présents avant des missions annexes. "Incroyable, aucune coupe dans la scène, ça en jette !" Voici ce que vous vous direz, alors que quelques minutes plus tôt ou plus tard, un temps de chargement pointera le bout de son nez... mais après le moment de bravoure : l'illusion est parfaite.

Un autre point accentue le réalisme d'une belle manière : tandis que la plupart des jeux imposent de fouiller les environnements - ne serait-ce que pour débloquer des secrets/succès - Marvel's Spider-man s'affranchit d'objets à collectionner ou à récupérer, et donc d'un level design suranné. Ainsi, la progression est plus crédible et cohérente. Aucune nécessité de flâner lorsqu'un objectif est activé, et c'est d'autant plus logique dans un jeu nous faisant incarner un super-héros devant sauver de nombreuses vies.

Pour le gameplay, rien de bien original mais avouons que le tout est parfaitement exécuté. Le monde ouvert et le système de combat/gadgets/infiltration se rapprochent ouvertement de Batman Arkham. Rien de bien neuf, mais du spectacle grâce à l'intégration de combos amusants et parfaitement mis en scène (même si une fois encore, les effets de caméra ne sont pas sans rappeler les combos en duo d'Arkham Knight). Globalement le jeu est particulièrement plaisant et s'en sort grâce à quelques moments de bravoure (une autre spécificité des exclusivités Sony, quand on regarde attentivement dans le rétroviseur). À noter que l'omniprésence de gadgets à base de toile ainsi que la verticalité des affrontements font probablement de Marvel's Spider-man le meilleur jeu d'action utilisant ce système de combat.

Costumes, pouvoirs de tenues, compétences, gadgets, phases d'infiltration... le compte est bon.

Pour qui ?

Avec ses desseins tournés vers l'entertainment, Marvel's Spider-man se destine avant tout aux joueurs du dimanche qui veulent en prendre plein la vue. Si vous n'aimez pas vous "prendre la tête", il y a fort à parier que vous soyez comblé par le titre d'Insomniac et son environnement ouvert généreux - le titre dispose d'activités assez variées, allant des habituels gangs à démanteler à des courses-poursuites dans New York, en passant par des études ou défis au sein de la ville. De même, si vous faites partie de ces personnes qui n'aiment pas l'effort, qui se sont dit que traverser la Gotham City en batmobile "c'était relou", Marvel's Spider-man est pour vous. En revanche, si vous aimez l'immersion totale, dites vous bien que le jeu de Rocksteady reste plus ambitieux dans son rapport à l'identification.

Les cinématiques misent sur le réalisme et l'émotion... et plutôt efficacement.

L'anecdote

Si Marvel's Spider-man est un joli jeu, c'est parce qu'il ne fait pas les mêmes erreurs que God of War. Tandis que le jeu d'action de Santa Monica Studio nous faisait suivre le périple d'un père et son fils sans jamais nous proposer un moment d'intimité, rendant le réalisme plus superficiel que jamais, le titre d'Insomniac propose quelques jolis moments à l'échelle humaine. Nous pensons aux conversations entre Peter et MJ, ou encore aux visites du super-héros au sein de l'organisme caritatif FEAST tenu par Tante May. De ce point de vue, le jeu fait carton plein et, s'il ne place pas le temps au cœur de ses ambitions réalistes, il offre des passages particulièrement réussis. Notons également que Peter travaille pour le compte du docteur Octavius, et qu'il verra celui-ci passer du côté obscur petit à petit, le tout avec une vraie montée en puissance narrative. Pour le reste, nous vous laissons la surprise.
Les Plus
  • Un jeu qui fait visiter New York comme jamais
  • La claque visuelle de l'environnement et des cinématiques
  • Tisser sa toile
  • Un système de jeu déjà vu mais avec un savoir-faire certain
  • Plutôt généreux
  • Quelques vraies bonnes idées, comme l'absence d'objets à collecter bêtement
  • Une belle écriture avec de jolis moments
  • La première moitié du jeu, originale puisque basée sur Mister Negative
  • Le final, grandiose !
Les Moins
  • Un jeu sensoriel et visuel mais qui manque encore un peu d'ambition pour l'époque
  • Trop facile ? (test effectué en mode spectaculaire/difficile)