The Evil Within 2

23 oct. 2017
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4

Marche et crève

Parfois frustrant mais toujours généreux, effrayant voire terrifiant lorsqu'il s'agit de proposer une peur viscérale et primitive, The Evil Within 2 s'affiche comme une nouvelle vision cauchemardesque qui devrait au moins séduire les fans. Le titre a aussi la bonne idée de livrer une version horrifique du monde ouvert, vous laissant sans cesse penser que prendre un risque n'est peut-être pas une bonne idée. À moins que vous ayez vraiment peur du noir, impossible de ne pas vous conseiller ce qui est déjà l'un des titres de l'année, ne serait-ce que pour ses grands passages d'horreur graphique et ludique. Comme le premier volet, The Evil Within 2 vous laissera en souvenir de vrais moments de bravoure. À une époque où tout se joue mais tout s'oublie aussitôt, c'est un bel exploit.

The Evil Within est probablement l'un des meilleurs survival-horror de ces dernières années. Néanmoins, l'aventure et son concept narratif pouvaient se suffirent à eux-mêmes. La question était donc de savoir si The Evil Within 2 allait parvenir à justifier son existence.

L'histoire

Trois ans après les événements de The Evil Within, Sebastian Castellanos broie du noir. Alors qu'il boit un verre en pensant à sa fille décédée il y a quelques années dans un incendie, il retrouve la jolie Kidman de l'agence Mobius. Cette dernière fait une révélation à Sebastian : sa fille ne serait pas morte. Elle serait même le sujet le plus précieux de la poursuite des recherches sur le STEM, ce procédé qui permettrait de connecter les cerveaux des individus (et duquel découlaient les aventures du premier volet). La fille de Sebastian se serait toutefois perdue dans le STEM, l'obligeant à partir à sa recherche, et ainsi faire ce qu'il n'a pu faire durant l'incendie - visiblement criminel - de sa maison : sauver sa progéniture.

Sebastian retourne donc dans un monde macabre (ici, la ville fictive d'Union) où de nouvelles influences d'entremêlent. Si le pitch de départ est simple, tout ce qui touche à l'immersion et à l'ambiance est exemplaire. Malgré un moteur un peu vieillot, The Evil Within 2 dispose d'un cachet visuel réaliste et réussi. Surtout, la direction artistique et la mise en scène se révèlent de haute volée, bénéficiant d'un vrai sens du rythme, de la narration et de l'horreur, ainsi que de multiples inspirations esthétiques. Enfin, le jeu profite d'un doublage français toujours convaincant et qui influe positivement sur l'immersion (vous n'êtes pas obligé de vous attarder sur des sous-titres).

Flippante et esthétisante, l'introduction place l'ambiance comme rarement.

Le principe

Comme quelqu'un qui remet une pièce dans un train fantôme, Sebastian se retrouve donc à replonger pour le grand frisson. Ludiquement, The Evil Within 2 reprend le gameplay du premier volet tout en jouant plus ingénieusement sur le rythme et les échelles. Le début de l'aventure est le symbole de cela, intégrant un monde ouvert horrifique qui tranche drastiquement avec les couloirs étouffants présents aux moments clés du jeu (et même avec de l'infiltration à la première personne)

Au rang des joyeusetés ludiques, le titre inclut un système de craft. Il vous permet de créer vos propres munitions sur des établis, mais aussi en plein niveau pour peu que vous soyez prêts à dépenser quelques objets supplémentaires. Nous dirons que c'est un moyen de faire payer le manque de tranquillité de Sebastian... En plus de cela, vous avez toujours la possibilité de rejoindre votre "infirmière" pour améliorer vos aptitudes ou déverrouiller des coffres, et même effectuer quelques séances de tir rapportant des récompenses.

Le monde ouvert fonctionne bien et se sert des soucis (ou des intentions) de gameplay pour accentuer la peur. C'est le cas lorsque Sebastian se cache dans d'énormes feuillages au point que le joueur lui-même ne puisse pas voir ce qu'il y a devant lui. Terriblement frustrant voire agaçant, mais également efficace sur le plan émotionnel. À noter que ce test a été effectué en mode Normal, mais nous supposons que les modes plus corsés doivent influer sensiblement sur la peur, les ennemis étant assez peu aux aguets dans notre session de jeu, pour ne pas dire sourds au-delà de 30 mètres (y compris pour les coups de feu). Il se dégage néanmoins quelque chose d'assez génial de ce monde ouvert : libre, vous effectuez inconsciemment des choix. Des wagons de trains sont devant vous, faut-il mieux les traverser ou passer à côté ? Faut-il vraiment s'attaquer à tel ou tel ennemi au risque d'en attirer d'autres ? Les scripts sont plutôt bien dissimulés et parviennent rapidement à faire peur. Un vrai appel à la prudence donc, voire à la lâcheté.

Boire du café vous redonne vos forces. Les gars ont tout compris.

Pour qui ?

The Evil Within 2 joue sur un terrain dangereux du fait qu'il reprend grosso modo le gameplay (déjà controversé) du premier épisode : un protagoniste lent afin de renforcer l'horreur et de jouer sur le rythme. De ce fait, difficile d'assurer aux nouveaux venus qu'ils seront inévitablement séduits par ce deuxième épisode. Pour ce qui est des anciens joueurs, ils devraient trouver en The Evil Within 2 la juste progression pour se sentir bien dans leurs bottes tout en ayant affaire à de réelles nouveautés. C'est le cas avec l'intégration d'un monde ouvert et de mécaniques empruntées ici et là (Sebastian capte les signaux à l'aide d'un émetteur). Bien sûr, il est toujours difficile de savoir si les joueurs qui ont apprécié The Evil Within trouveront ce deuxième épisode au même niveau, mais ils peuvent être sûr d'au moins apprécier cette nouvelle aventure.

Comme souvent dans le genre horrifique, les zombies ou infectés ne sont pas les plus "malades".

L'anecdote

Voici un bon exemple de la peur générée par les scripts de The Evil Within 2. Chapitre III, une bonne partie de l'environnement ouvert du début du jeu est explorée. Je dois maintenant me rendre à un point sur la carte pour changer de décor. Je passe à côté d'une église située juste à côté de l'endroit où l'aventure commence. En regardant par une fenêtre, j'observe un homme agité devant l'autel. Je décide de rentrer pour tuer le supposé infecté. Sauf qu'une fois à l'intérieur, une cinématique se déclenche : comme possédé, ce qui s'avère être un prêtre se décompose puis se transforme en monstre, criant et attirant ainsi plusieurs ennemis passant par les fenêtres de la bâtisse ou enfonçant la porte. À ce stade du jeu, j'aurais très bien pu passer à côté de cet événement et aller directement à mon point de rendez-vous (sans même passer à côté de l'église).
Les Plus
  • Une direction artistique géniale
  • Une mise en scène fabuleuse
  • Une approche réussi de la peur en monde ouvert (avec un vrai rapport aux choix du joueur)
  • Une progression et des systèmes de jeu accrocheurs
  • Une durée de vie très solide (20 heures en jouant le jeu de l'environnement ouvert lorsque c'est possible)
  • Un potentiel pour de la rejouabilité et d'éventuelles MAJ radicales
Les Moins
  • Pas fou sur le plan technique
  • Moins plan-plan que l'infiltration du premier (et donc un peu moins accessible)
  • Une tendance à la jouer Dark Souls (des mécaniques parfois ratées mais qui servent le ressenti)