Sine Mora EX

02 oct. 2017
Testé par sur
Disponible sur
3

Un rythme entre trop plein et plus rien

Sine Mora EX est un honorable shoot aventureux. Qu'est-ce qui fait de lui un jeu passionnant et recommandable ? Son exploration aux temps multiples, sa réalisation d’une beauté prodigieuse et sa narration inattendue et surprenante. Comme tout jeu Grasshopper Manufacture, Sine Mora EX propose un divertissement ardemment exécuté et un réquisitoire étendu, tant politique qu’artistique. Des jeux précieux que l’on conseille avec entrain aux amis.

La génération précédente a été d’une grande générosité pour les amateurs de shoot. Tout naturellement, les résolutions s’étirent et les jeux réapparaissent sur la génération actuelle. Bonne nouvelle, puisque dans le genre, dorénavant les sorties sont bien plus rares et Sine Mora EX a gagné une réputation qui lui permet de se pérenniser. Alors qu’en est-il de son arrivée sur PlayStation 4 ?

L'histoire

Chose étonnante si vous laissez l’écran d’accueil du jeu en attente d’une pression sur X, il apparaît non pas une vulgaire démo, mais un poème, un dialogue intérieur sur la conception d’une vie, véritables injonctions philosophiques à l'intention du joueur. Situation emblématique d’un jeu qui porte en lui des ambitions narratives exceptionnellement élevées.

La première partie vous semblera d’une grande brutalité. En l’absence de contexte qui permet une quelconque compréhension de l’univers, des personnages et des situations vous êtes perdu devant ce qui se joue devant vos yeux. Confronté à une narration à la dramaturgie shakespearienne, vous êtes tout à la fois acteur, spectateur et vous ne savez pas réellement quoi en faire, puisque la quantité de personnages est telle qu’aussitôt que vous tentez de vous attacher à une histoire, une autre vient vous bousculer. Le plus frustrant est que tout cela est écrit très brillamment et malgré tous les efforts, vous resterez quand même en dehors.

Le jeu terminé, une encyclopédie se déloque pour vous expliquer l’univers du jeu : sa géographie, sa politique et surtout ses particularités temporelles. Les choses commencent à prendre consistance. Après l’apprentissage que constitue le mode scénario, vous vous dirigez tout naturellement vers le mode arcade. À cet endroit, vous aurez le choix entre les différents personnages entrevus dans le mode scénario, ils sont accompagnés d’une petite biographie qui vous expliquera concrètement la place de chacun au sein de cette narration. Armé de ces nouvelles explications, vous quittez le mode arcade et vous retournez au mode scénario. Dorénavant, lors de votre seconde partie les choses sont plus claires et les phases de dialogue que vous aviez tendance à zapper, vous les vivez cette fois passionnément, avec exaltation et émotion au cœur d’une rébellion jusqu’au-boutiste.

Beaucoup d'effets très cinématographiques.

La jouabilité

La jouabilité est à l’identique de cette exigence à plusieurs niveaux de lecture. Si le mode scénario vous impose un choix de vaisseaux, de personnages et de pouvoirs, dans le mode arcade vous êtes libre de composer votre offensive. Le vaisseau pour le style, le pilote pour le choix de l’arme spéciale et le pouvoir, qui dans le mode scénario, ne vous offrait que la possibilité de ralentir le temps. Vous pourrez maintenant le remonter ou activer un bouclier. Extrêmement cocasses ces pouvoirs, puisque si le jeu de shoot n’est que surabondance d’actions et vitesse mortelle, voilà qu’ici vous ralentissez l'action et vous donnez une nouvelle chance.

La gestion du temps est la principale trouvaille du jeu. Chaque niveau est commencé avec un temps insuffisant, tuer des ennemis vous rapportera du temps et vous renforcera par des bonus. Si au contraire vous êtes touché, la punition est doublée. Il vous est d'abord retiré du temps et par la même occasion, votre vaisseau libère les capsules qui avaient servi à vous renforcer. Celles-ci se baladeront sur l’espace de l'écran, vous narguant quelques secondes. Soit vous les récupérez, soit vous les perdez. Deux astuces de jouabilité très intelligemment mises en place et qui permettent de garder un rythme soutenu, puisqu'il ajoute une donnée supplémentaire. Il ne s’agira plus seulement d’éviter, de tirer mais aussi de prendre garde à récupérer ce qui vous appartient.

Cette mécanique très simple sauve le jeu car Sine Mora EX échoue sur deux points cruciaux pour un shoot : l’impression de vitesse et le rythme d'apparition des ennemis. Vous avez cette impression très étrange de faire du sur place, à tel point que vous aurez la tendance absurde à vouloir vous déporter sur la droite de l’écran, comme pour accélérer l’action ou faire venir les ennemis plus rapidement. Car si dans le mode scénario vous n'avez que rarement des problèmes de temps, dans le mode arcade si vous ne jouez pas à la perfection, vous mourrez faute d'ennemis alors qu’en d’autres endroits vous serez littéralement noyé dans la masse.

La raison principale de ce déséquilibre est due à des changements de décors intempestifs. Mais comment lui en vouloir alors que l’univers mis en place est d’une richesse incroyable ?

Des Boss Gigantesques.

Les graphismes

La direction artistique du jeu est un sans faute : Sine Mora EX est somptueux. D'une générosité incroyable, des décors multiples (plaines verdoyantes, usines de clones, océans azurés, strates de laves, ville moderne) ou aux ambiances distinctes (guerre aérienne, infiltration stratégique, espionnage militaire, polar urbain). Très théâtral dans son déroulement, chaque chapitre se joue en plusieurs actes, chacun porte en lui une identité très forte, un lieu réellement emblématique et des boss dont vous vous souviendrez longtemps. On sent les développeurs préoccupés par la très belle idée du lieu définitif. Si le shoot est un genre qui se répète indéfiniment pour le score, alors Sine Mora EX vous offre ce qu’il y a de plus confortable visuellement.

Des décors enchanteurs.

Pour qui ?

Les débutants trouveront avec Sine Mora EX une manière toute indiquée pour s’initier aux shoots tout en douceur et de manière extrêmement complète (mode scénario, arcade, time attack, multijoueur local). Les amoureux d’œuvres vidéo ludiques pourvues d’une belle épaisseur artistique se doivent de découvrir l’écriture pleine de tact et de poésie de Sine Mora.

Un très joli poème qui donne le ton.

L'anecdote

Sine Mora EX est un jeu à part, à découvrir en dehors du cadre de son genre. En tant que shoot, il ne fonctionne pas, son rythme contemplatif et le soin ostentatoire de son décorum s’adapte mal au scoring. Il faut le regarder comme un shoot d’aventure, qui vous permet comme chez les jeux de Shinji Mikami de tenter le parcours parfait après des heures d’investissement passionné.
Les Plus
  • C'est magnifique
  • Une narration osée
  • Une progression super bien pensée
  • Des pouvoirs cocasses
Les Moins
  • Une rythmique de jeu mal réglée