Les yeux dans les bleus avec Rogue Trooper

04 juil. 2006
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Malgré un scénario rabâché et une trop grande facilité, Rogue Trooper constitue une très bonne surprise, à l’heure où tant de titres attendus de longue date sont susceptibles de décevoir. Le mérite en revient à un gameplay riche et dynamique, plus convaincant que la réalisation globale, honnête quoiqu’un peu austère. Nerveux, sec et carré, il bénéficie en outre d’un excellent mode multijoueur, à la fois riche et classique, qui prolonge avec bonheur l’expérience déjà conséquente du mode solo. Pas un grand jeu certes, mais assurément une série B schtroumpfement enthousiasmante !

Comme il y a environ autant de jeux de guerre sur PS2 que de soldats dans l'armée de n'importe quel pays développé, lorsqu'un titre sorti de nulle part décroche le statut convoité de "bonne surprise" indépendamment de sa réalisation graphique (à l'inverse d'un Black), c'est comme si un petit miracle venait de se produire. Rogue Trooper peut-il y prétendre ? Les petits hommes bleus sont-ils solubles à la machine ? Réponse dans ce test.

Tel un schtroumpf prêt à bondir, Rogue peut se plaquer contre des parois.

La guerre des schtroumpfs

Curieuse audace que celle de ce Rogue Trooper, jeu de guerre apocalyptique qui pourrait d’emblée passer pour un simple jeu de guerre apocalyptique de plus, mais qui se distingue bizarrement par un petit détail singulier, entre kitsch autoparodique et ringardise vintage : ses héros ne sont pas seulement boursouflés musculairement et virils jusqu’à la moelle, ils sont bleus. Oui, bleus. Comme des schtroumpfs. Mais sans bonnet blanc. Et armés jusqu’aux dents. Ce qui pourrait sembler ridicule finit en fait – et c’est là tout le sel de l’affaire - par occulter, à force de drôlerie volontaire ou non, l’anonymat latent de la facture scénaristique. Ou plutôt : le décalage produit apporte un nouvel éclairage sur ce scénario de série Z semblable à tant d’autres.

Votre ami Bagman se fait descendre. Pas grave : ils vous reste sa puce.

La dure vie du soldat immortel

Dans un futur pas si lointain, les Norts (les humains) se chamaillent avec les FGM (fantassins génétiquement modifiés) pour savoir lesquels sont le plus fort, et donc lesquels doivent prendre le contrôle du monde, qui d’ailleurs est dans un sale état, à force de faire la guerre. N’ayez crainte : vous n’aurez pas droit à un énième jeu se déroulant sur une terre en ruines. Votre terrain de jeu, cette fois, sera plutôt la néo-terre, vaste champ de bataille lunaire et désolé, jonché de cadavres pour la décoration. Ce qui revient un peu au même, certes. Mais là où Rogue Trooper innove, ou du moins tente d’innover, c’est en se débarrassant d’un petit détail qui pourrit la vie de soldats : la mort. Car les FGM, en plus d’être physiquement au top, sont immortels. Leur corps peut succomber, mais si leur puce interne est récupérée et implantée sur un corps en bon état, c’est une nouvelle vie qui commence. Du coup, Rogue, le héros que vous incarnez, sera bien vite accompagné par des camarades morts au terrain mais aptes à l’aider, via leur puces stockées sur votre fusil, votre casque ou autre...

Un coup de barre ? Déléguez une partie du massacre à votre mitrailleuse automatique !

Forfait intégral

Cependant, Rogue n’a pas intérêt à mourir, car en tant que soldat dissident parti à la recherche d’un officier félon, il se retrouve seul face à l’ennemi. Pas moyen qu’un allié récupère sa puce s’il meurt. Tant pis : le bougre a plus d’une corde à son arc, tant Rogue Trooper s’ingénie à combiner toutes les recettes miracle du shoot actuel. Entre deux phases d’action débridée, le jeu vous donne l’occasion (sans toutefois vous forcer) d’utiliser vos pouvoirs pyschiques ou vos talents d’infiltration : Rogue domine une belle palette de mouvements furtifs et peut, rappelant alors le récent Second Sight, projeter un spectre de lui - même pour détourner l’attention des ennemis ou pour explorer un niveau sans risquer sa peau. A l’instar d’un Halo, le jeu vous plaçe parfois aux commandes de tourelles pour dégommer des avions ou des sous-marins. D’autres petites astuces sympathiques figurent comme autant de gadgets qui permettent d’élaborer des stratégies mesquines ou rusées (selon le point de vue duquel on se place), telle cette mitrailleuse automatique qui se laisse poser en embuscade pour fusiller les ennemis qui marchent sur vos pas.

Des avions ennemis viennent déposer des Norts. Dégommez les au missile sol-air !

Une pauvre abondance

Pour résumer, le gameplay de ce Rogue Trooper semble ne manquer de rien, grâce à la perfusion d’action bestiale qu’il a dans le bras et les doses de variété qu’il s’injecte régulièrement avec une grosse seringue. Reste que la quantité ne garantit pas la qualité, et que si le jeu s’avère dès le début fun et jouable à la fois, il n’en demeure pas moins trop simple et trop facile. Entre la visée semi-automatique et les multiples gadgets disponibles, vous n’êtes plus aidé, vous êtes assisté. Sans compter que les ennemis, en bon soldats, doivent à peine savoir écrire leur nom et courrent souvent vers vous innocemment, même quand vous avez une arme à la main, comme si celle ci était une grosse sucette à la fraise que vous alliez leur tendre généreusement. La principale cause de cette trop grande facilité, néanmoins, demeure le système d’approvisionnement : récupérant vous même de la matière à recycler sur le corps des ennemis, vous pouvez fabriquer vos propres munitions, vos propres armes, et vos propres medikits, où vous voulez et quand vous voulez. Résultat : vous ne manquez jamais de rien. Et vous vous sentez atrocement invincible.
Les Plus
  • Un sens du rythme indéniable
  • Un gameplay riche
  • La multiplicité des situations
  • Des héros bleus, ça change !
Les Moins
  • Trop facile ?
  • Scénario à prendre au troisième degré
  • Quelques manipulations difficiles