Capcom vs L'étrange Noël de M. Jack

14 janv. 2006
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1
  • Éditeur Capcom
  • Sortie initiale 13 octobre 2005
  • Genres Action, Aventure

Ce repompage sans vergogne de Devil May Cry, transposé brut-de-décoffrage dans l'univers singulier de Tim Burton, ne pouvait décemment aboutir à quelque chose de réussi. Une adaptation se doit de respecter l'œuvre au-delà de l'apparence, en plus d'être correctement réalisée. Ici, on n'a clairement que la seconde condition de remplie : d'une part, le jeu est clairement joli et fidèle graphiquement, et d'autre part, le gameplay est bien ficelé. Cependant, on voit que peu d'effort a été consenti. En effet, les mécanismes de jeu sentent bon le réchauffé, tandis que le changement de medium n'a manifestement pas été pensé avec beaucoup de réflexion. Ainsi, le respect de l'oeuvre originale est très superficiel, et se fait même au détriment de la jouabilité. L'esprit du film s'est perdu en route, et le scénario est bien loin de l'imaginaire de Tim Burton. Le gameplay aurait, lui aussi, profité de cette réflexion. En définitive, seuls le savoir-faire de Capcom, et quelques rares mais bonnes idées, sauvent cette adaptation du titre de "navet".

Ça faisait un petit moment qu'on l'attendait, et le voici enfin disponible dans toutes les bonnes crèmeries : L'étrange Noël de M. Jack. Sorti pile poil pour les fêtes de fin d'année, l'adaptation est-elle digne de son nom ? Ou compte-t-elle simplement sur cette lucrative période pour s'écouler par containers entiers ? Parce que mine de rien, de la crèmerie à nos chaumières, il y a du chemin.

Am, Stram et Gram (les 3 têtes-à-claque d'Halloween Ville) ont recousu Oogie

Il était une fois un sinistre squelette...

Avoir Capcom au générique, c'est bien ; avoir un bon jeu entre les mains, c'est mieux. Alors, que vaut vraiment cette adaptation videoludique de l'une des pièces maîtresses de l'œuvre de Tim Burton ? Petit rappel pour ceux qui ne la connaîtraient pas. Jack, roi de la fête d'Halloween de son état, se lasse de ses traditionnelles farces macabres. C'est alors qu'il découvre le monde de Noël, et décide illico presto de remplacer le dodu barbu. Cependant, les cadeaux ne sont pas franchement dans l'esprit de Noël, et le putsch tourne vite au foutoir incontrôlé. Jack reconnaît son erreur et remet les choses dans l'ordre. Un film d'animation qui marque les esprits grâce à un ton décalé, un humour lugubre et des chansons dans le même état d'esprit. Le jeu fait suite au film, et on y affrontera Oogie Boogie, la créature à qui avait été confié le Père Noël dans le film, et à qui ça a donné des idées. En effet, l'ignoble tas d'insectes veut remplacer chacune des 7 fêtes majeures par une unique et très fréquente célébration en son honneur. Ouh le vilain.

Malheureusement, on finit vite par toujours utiliser le même mouvement

Oui mais c'est quoi comme jeu ?

Ah oui, pardon. Eh bien en fait, c'est un titre à la Devil May Cry : un jeu d'action-aventure où on fracasse les ennemis à la chaîne et où on débloque progressivement des zones dans lesquelles on se ballade librement. Avec une évolution du perso et une progression très classiques, il n'y a malheureusement pas grand chose à ajouter ; on remplace simplement les armes de DMC par une espèce de fouet élastique vert fluo. Un gros apport toutefois : le déroulement des combats contre les boss. Ils se découpent en 2 phases : d'abord on tatanne le boss le plus classiquement du monde, et on accumule alors des items en forme de notes de musique. Puis, quand on en a suffisamment, les protagonistes se mettent à danser et un mode de jeu à la Parappa the Rapper se déclenche. Il faut alors appuyer avec le bon timing sur la bonne touche du paddle. Avec un sans-faute, on peut faire durer cette phase un bon moment. Et plus elle dure, plus le boss déguste. C'est cette seconde phase qui fait vraiment mal : les coups classiques sont presque insignifiants, alors qu'il suffit généralement de 2 ou 3 séquences rythm 'n' game pour abattre l'ennemi.

La seconde transformation possible (en roi des citrouilles) n'a qu'une utilité très artificielle

Héritage

En dehors de l'importance des chansons, il y a de nombreux autres éléments du film qu'on retrouve dans le jeu. Des éléments qui ont effectué la transition avec plus ou moins de brio selon le cas. Les graphismes, par exemple, sont fidèles et très soignés. On reconnaîtra au passage certains environnements présents dans le film. A contrario, le son est décevant. Si les musiques sont fort sympathiques, les textes des nouvelles chansons restent fades et banals (ceci dit, on est souvent trop occupé pour lire la traduction). De même, certains bruitages récurrents deviennent vite agaçants. Concernant l'histoire enfin, c'est bien ce que les fans de l'oeuvre originale reprocheront à l'ENdMJ : adieu la confrontation décalée entre Halloween et Noël, bonjour les ennemis conventionnels que sont squelettes, fantômes et compagnie. Seule la transformation en Père Noël sauve la mise : on jette des cadeaux-surprises piégés, qui congèlent ou qui effraient. Mais pour respecter l'œuvre, n'aurait-il pas fallu imaginer un scénario où on les utiliserait plutôt contre de sages petits garçons attendant au pied du sapin ?

La progression dans le jeu permet d'allonger sa jauge de vie (bien utile) et d'améliorer ses compétences

Sur le long terme

Une pléthore de petits éléments astucieux a pour vocation d'accrocher le joueur et de varier les plaisirs. Par exemple, de fréquentes zones cachées proposent des sortes de mini-missions avec récompense spéciale à la clef. Plus traditionnellement, on peut aussi refaire à volonté chacun des nombreux chapitres du jeu et débloquer ainsi moult bonus inutiles. Enfin, les ennemis, variés, se renouvellent intelligemment. Cependant, tout cela est gâché par des angles et mouvements de caméra prédéfinis à la DMC, qui rendent certains plans atrocement injouables. Censés renforcer le côté spectaculaire ou artistique, ils sabotent le gameplay. D'autant plus que l'architecture tordue propre à l'univers de Burton n'aide pas franchement à se repérer dans l'espace. A côté de cette épreuve de force mentale, les autres obstacles seront facilement digérés : petits chargements trop fréquents, mouvements mal pensés, et autres défauts du genre. A noter, deux jolies surprises à la fin : un combat contre le boss final qui ajoute une contrainte bienvenue et ingénieuse, ainsi qu'un style graphique très esthétique sur certains des tout-derniers chapitres.
Les Plus
  • Les combats contre les boss
  • Une esthétique franchement réussie qui s'inscrit dans la droite lignée du film
  • Beaucoup d'éléments qui titillent le goût du challenge et nous poussent à continuer
Les Moins
  • La repompe du gameplay de Devil May Cry, un niveau en-dessous qui plus est
  • L'esprit de l'œuvre originale, disparu
  • Les angles et mouvements de caméra, souvent ignobles