Red Ninja, la lame de la guerrière

16 sept. 2005
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Tout geste, même défoulant, finit par lasser s'il est répété à l'infini. Les attaques au Tetsugen n'échappent pas à la règle. Surtout dans les décors où on les commet. Mornes, sans vie et rongés par l'aliasing, les paysages ne brillent vraiment pas par leur variété, qu'il s'agisse de l'environnement où de l'organisation des niveaux, linéaire comme c'est pas permis. Les temps de chargements longuets n'en paraissent que plus intolérables, prenant en sandwich des cinématiques découpées à la hache de bûcheron norvégien. Red Ninja ne manque pas d'audace (oser se frotter à Ninja Gaiden et Tenchu, c'est assez culotté). Il manque juste d'originalité et de finition. Enigmes indigentes, musiques impersonnelles, mises à mort trop peu nombreuses et situations maintes fois rabâchées vous dissuaderont d'aller au terme des six épisodes jalonnant cette fastidieuse aventure.

Le job d'un ninja, c'est d'assassiner des cibles précises en toute discrétion. Red Ninja : End of Honor semble appliquer ce principe à la lettre puisque personne n'a remarqué sa sortie ! Cela dit, le contenu du jeu explique sans doute en partie ce passage très furtif dans les rayons de votre revendeur préféré. Car ce ninja là a peu de chances d'inquiéter qui que ce soit. Sauf peut être le joueur, qui, se sentant floué par son achat, prend subitement conscience que tout jeu consacré aux tueurs nippons n'a pas la superbe d'un Ninja Gaiden et autres Tenchu. Explications.

Un bon garde est un garde mort...

Elle cause plus, elle flingue !

Red Ninja est un titre socialement moderne. Surfant allégrement sur la vague de la mixité dans le jeu vidéo, il met en scène une jeune héroïne là où on attendait plutôt un colosse bien viril suintant la testostérone, tel Ryu Hayabusa dans sa tenue de cuir volée à Jean Paul Gaultier. Une femme, pour quoi faire ? D'une part, pour réduire le budget des costumes : Kurenai arbore une robe rouge assez découverte qui ne doit pas être très pratique durant les froides soirées d'hiver. D'autre part, bouleverser les préjugés permet de taquiner la curiosité du joueur : qu'est ce qu'une gonzesse vient faire dans ce boulot de mec, bon sang de bonsoir !?

...et des gardes, il y en a beaucoup dans red ninja !

La vengeance est un plat qui sent le réchauffé

La réponse n'est guère satisfaisante : elle a un air de déjà-vu. Dans le Japon du 15e siècle, deux clans s'affrontent, et le père de Kurenai a la mauvaise idée d'être l'armurier d'un des deux. Un jour, c'est l'accident de travail : un mystérieux ninja l'assassine pour récupérer les plans d'une arme ultra-secrète. Dans la foulée, notre héroïne est pendue à un cerisier, et forcément ça l'énerve (ben oui, elle préfère les saules pleureurs : on est à l'ombre !). Alors quand Chiyome, le chef du clan des gentils, vient la secourir, elle jure de devenir ninja jusqu'à ce que la mort (des méchants) s'ensuive. Tout ceci est exposé avec un certain brio dans une introduction en images de synthèse particulièrement réussie. Profitez en : c'est le seul moment fort du jeu. Cette énième histoire de vengeance s'empêtre en effet rapidement dans des clichés éculés, qu'il s'agisse de la philosophie de bazar des ninjas ou bien des personnages eux-mêmes, fades et interchangeables. Pour tirer du plaisir de ce scénario suranné, il faut faire preuve d'un second degré inébranlable et posséder quelques bases en anglais. Car Sierra n'a visiblement pas jugé bon de traduire quoi que ce soit : menus et dialogues sont intégralement dans la langue de Shakespeare.

Supermaaaaaaaan!

Née sous X

Ryu Hayabusa et Lara Croft ont eu un enfant ; c'est une fille. Malheureusement pour les parents, elle a la maladresse de Gaston Lagaffe et la poisse de Pierre Richard. Les aventures de Kurenai s'annonçaient pourtant prometteuses : une sorte de Tenchu au féminin, où il faut se déplacer dans des décors peuplés de gardes en semant la mort silencieusement. En conséquence, on a droit à la palette de mouvements furtifs habituelle accommodée à la sauce ninja : les possibilités de se plaquer contre les parois et de se déplacer à pas de loups se combinent avec la course sur les murs. Bien sûr, votre mission n'est pas en soi de faire des cabrioles : le point d'orgue du gameplay, c'est avant tout les mises à mort que vous infligez aux vilains gardes qui ont le mauvais goût de se trouver sur votre chemin. En pratique, il faut surprendre une cible et appuyer sur X pour assister à un meurtre en règle des plus sanguinolents. Cela peut se faire en surgissant d'un coin sombre ou bien en se jetant d'un point surélevé sur une sentinelle, car la précision n'est pas vraiment exigée. Ca tombe bien, parce qu'elle s'avère difficilement atteignable !

Le racôlage : une valeur sûre

Kuren aïe!

Les déplacements se révèlent laborieux, à cause d'une caméra qui virevolte comme un jeune chien fou cherchant la baballe. Les phases de plate-forme, tantôt archaïques à la Tomb Raider avec des animations antédiluviennes, tantôt sobres mais assez bien vues, souffrent d'un manque de fignolage flagrant. Un exemple entre mille : vous pouvez vous balancer au bout d'un grappin à envoyer sur certains plafonds mais il est impossible d'orienter sa direction pendant le balancement ! De même, la course sur les murs près d'un gouffre apparaît rapidement comme une excellente façon de suicider, tant la jouabilité se montre aléatoire. Enfin, comble du plantage pour Kurenai : le gadget émoustillant du jeu relève de l'anecdote. Jeune et jolie nippone, l'héroïne est dotée du pouvoir de séduire les sentinelles afin de mieux les trucider. Un pan de tissu dévoilé sur la cuisse, et le garde, par l'odeur alléché, vient enlacer l'apprentie ninja . A vous de choisir le moment opportun pour sortir une attaque dévastatrice. Problème : cette technique brille par son inutilité, car elle nécessite de se trouver dans le coin d'une pièce, ce qui arrive rarement. De plus, peu de gardes se montrent finalement réceptifs au charme aphrodisiaque de Kurenai. Un coup pour rien.

"Attention chéri, ça va gicler !"

La violence, cet éternel joker

Vous l'aurez compris : vu son habileté, on demande dès le premier niveau à Kurenai de ranger tout son attirail de championne du monde de cache-cache. A quoi bon échafauder des plans à base de bombes fumigènes et de leurres-qui-font-du-bruit-pour-attirer-l'ennemi quand la jouabilité est aussi handicapante, le radar aussi laconique, et l'I.A aussi moyenne ? On se découvre à notre grande surprise une âme de mass murderer, et Red Ninja prend soudain un air de vaste hack'n slash. Car le seul mérite incontestable de Kurenai, c'est finalement celui de posséder le Tetsugen. Cette appellation exotique désigne le câble en acier qui a servi jadis à la pendre : on l'envoie sur l'ennemi pour l'enrouler autour de son corps, on tire un bon coup, et le buste jaillit dans un geyser de sang, comme une tranche de pain de mie qui saute d'un grille-pain. Voilà une attaque concrète qui s'avère monstrueusement jouissive, au point d'annihiler tout l'intérêt de la discrétion. Au diable la finesse, vive le massacre ! Red Ninja semble avoir manqué sa vocation, tant les flots d'hémoglobine surenchérissent dans le gore burlesque.
Les Plus
  • Le tetsugen
  • La toute première cinématique
  • Les dialogues au second degré
Les Moins
  • La caméra parkinsonienne
  • La course sur les murs mal conçue
  • La jouabilité bien trop variable
  • L'histoire vue et revue
  • Les seconds personnages sans intérêt
  • La répétitivité des actions
  • La répétitivité des décors
  • Et la traduction, bordel ?