Brothers in Arms, une bande de copains

16 avr. 2005
Testé par tHe_MaN sur
Disponible sur
3

Après avoir sauté dans 40 trous d'obus, après avoir été aspergé de terre par des explosions de dizaines de grenades, après avoir vu des centaines de vos camarades tomber sous le feu des mitrailleuses ennemies, et après avoir grimpé sur un char ennemi pour jeter une grenade à l'intérieur, plus aucun doute n'est possible : Brothers in Arms est un très grand jeu, qui mérite sa place dans la compétition des meilleurs jeux de l'année. Extrêmement rafraîchissant grâce à sa gestion d'escouades et son réalisme poussé, dont l'absence de réticule de visée (il faut passer en mode "oeil derrière le réticule" pour pouvoir tirer avec précision), et en même temps très accessible grâce à son ergonomie très bien pensée, il ravira aussi bien les amateurs de FPS très scénarisés et scriptés que les inconditionnels de la gestion d'équipe tactique. Quand on arrive au bout du jeu, on n'a plus qu'une seule chose en tête : vivement la sortie de l'extension !

Lors de l'annonce de Brothers in Arms, un FPS plutôt réaliste se déroulant pendant la Seconde Guerre Mondiale, on pouvait à raison s'attendre à ce que ce soit un énième clône de Medal of Honor ou de Call of Duty, à savoir des jeux hautement scénarisés et hautement dirigistes dans lesquels on combattait invariablement les méchants Allemands et les méchants Japonais. Et bien justement, non, Brothers in Arms se fait un devoir de se distinguer de la bande, avec les honneurs.

Band of Brothers ?

Je suis peut-être la seule personne au monde à avoir été convaincue de l'annonce jusqu'à la publicité au cinéma qu'il s'agissait en fait d'un jeu basé sur la licence de Band of Brothers, la série de téléfilms produits par Steven Spielberg. Reste qu'au fond, le principe de Brothers in Arms est le même : on incarne le sergent Baker, de la 102e division d'infanterie US, du débarquement en Normandie jusqu'à la fameuse colline 30, et tout au long de l'histoire on a droit à des petits monologues du sergent qui nous parle de ses parents, de sa vie, de ses copains tombés au front, de tout ça quoi. C'est énormément scénarisé et scripté, comme on s'y attendait, pour montrer tout l'esprit de camaraderie virile qui règne dans l'unité à laquelle vous appartenez, et la façon dont les évènements que vous vivez sont perçus par chacun. Tout ça basé sur des faits réels.
 

La Normandie comme si vous y étiez

L'immersion est complète, et immédiate. Le jeu commence de façon très inatendue, après un petit extrait lu du journal de Baker, on se retrouve plongé dans l'enfer de la colline 30, sept jours après le débarquement, et tout de suite une tonne d'Allemands vous tire dessus, la terre projetée par les impacts d'obus vous gicle dessus, et vos camarades vous crient que c'est foutu. Et là, on meurt. On se demande ce qui vient de se passer, on a limite envie de retourner au menu principal pour voir si on aurait pas loupé le tutorial, mais après un temps de chargement rapide, une nouvelle date apparaît à l'écran, celle du jour J, et on ouvre les yeux sur l'intérieur d'un avion survolant la Manche, avec deux rangées de mecs en beige dont un ne manque pas de se vider l'estomac sur le sol. Les choses semblent se calmer, on a droit à un petit discours du chef d'escouade, et alors qu'on s'apprête tranquillement à sauter dans le vide, voilà que l'avion vient de se prendre un tir de DCA dans l'aile et qu'il commence à flamber. On se fait pousser sans comprendre hors de l'appareil, et après une seconde de chute libre, le parachute s'ouvre.
 

Le plancher des vaches normandes

Arrivé au sol, on pourrait très bien être dans Call of Duty. On a droit à un briefing de la part de l'un de ses coéquipiers, et puis on suit ses camarades de couvert en couvert, on tire sur de l'Allemand à l'occasion, puis rencontre avec d'autres coéquipiers, re-séance de discussion, et re-départ vers les lignes ennemies. A ce niveau-là, rien de bien différent des ténors du genre, mis à part l'excellente qualité du doublage en français : c'est assez rare pour être souligné, alors voilà, qu'on se le dise, les dialogues de Brothers in Arms sont d'une rare qualité dans une VF. A côté de ça, à ce moment-là on se demande tout de même pourquoi il y a un gros point rouge au-dessus des escouades ennemies, qui devient progressivement gris lorsqu'on les allume méchamment. Les graphismes sont jolis, on sent tout de même qu'on a vraiment atteint les limites de la Xbox et qu'il faudra attendre les consoles de prochaine génération pour se rincer les yeux autant que sur PC. Reste que l'on se sent bien dans la campagne normande, et qu'on aurait presque envie d'aller se chercher une baguette dans l'un ou l'autre des villages que l'on traverse.
 

La vue qu'aucun général n'aura jamais

Au bout d'une dizaine de minutes passées dans cette première mission, une grosse bulle d'information à l'écran nous incite à appuyer sur le bouton "Back" de notre pad, ce que l'on fait docilement, et tout à coup l'action se met en pause, la caméra s'envole dans les airs tandis que le paysage prend une teinte grise, et l'on voit l'ensemble du champ de bataille. Ca y est, on commence à toucher à ce qui fait que Brothers in Arms n'est pas un FPS 2ème Guerre Mondiale comme les autres. Depuis cette vue stratégique, on peut naviguer facilement entre la position de vos coéquiers, celles de vos ennemis repérés, et celle de l'objectif de votre mission, et construire ainsi son plan d'action. Si au début cette fonction n'a que peu d'intérêt, lorsque l'on reçoit le commandement de plusieurs escouades, elle s'avère essentielle pour plannifier l'assaut d'une position retranchée ennemie, ou pour trouver la faille dans une ligne de défense qui semble infranchissable. Parce que plus qu'un FPS, Brothers in Arms est un véritable jeu tactique.
 

Leader Or, couvrez-moi !

Une fois que l'on dispose de deux escouades à sa disposition, chacune avec sa spécialité (appui-feu ou assaut), voire d'un tank, il faut utiliser au mieux ces ressources pour atteindre l'objectif de la mission, qui consiste généralement à prendre tel ou tel village, ou à tenir une zone jusqu'à l'arrivée des renforts. Les kamikazes resteront dans le Pacifique, parce qu'ici, clairement, le principe de la "one man army" ne fonctionne pas : penser qu'on pourra tout seul se faire tous les ennemis un par un relève du masochisme. Il faut placer au mieux ses équipiers, via des commandes très bien pensées et intuitives, leur donner l'ordre de déclencher un tir de barrage pendant que vous contournez une position pour la prendre de côté, ou ordonner à un char d'avancer en terrain découvert pour procurer du couvert à vos camarades. Il est impossible de progresser dans le jeu sans utiliser aux mieux ses coéquipiers, et cela procure un réel plaisir de jeu, on se sent réellement dans la peau d'un chef d'escouade, avec un côté moins contraignant que la gestion d'une escouade peut l'être dans une simulation anti-terroriste comme Raven Shield, puisque d'un côté l'IA de vos camarades est de haut niveau, et de l'autre parce que les possibilités stratégiques sont multiples, mais pas trop nombreuses non plus pour ne pas vous submerger.
 

Dans le couloir de la mort

Et il est vrai que parfois, on a l'impression que le jeu est vraiment très linéaire, que le chemin que l'on doit prendre est tout tracé, et qu'au final les possibilités de placement de vos escouades pour vous couvrir se limitent souvent à choisir entre deux talus. Les maisons toujours closes des villages n'aideront pas à chasser cette impression. Reste que dans les quelques cartes ou l'on dispose d'une très large liberté pour placer ses hommes, et donc de nombreuses stratégies possibles, on se rend aussi compte que nombre de ces stratégies sont fatales, et qu'il faut donc recommencer depuis le dernier point de sauvegarde, ce qui peut arriver très souvent si l'on ne prend pas garde à peaufiner son plan d'action à chaque reprise. Heureusement qu'au bout de trois morts, le jeu vous propose de recommencer depuis le dernier point de sauvegarde avec des escouades complètement guéries, et vous aussi par la même occasion, initiative bienvenue qui évitera à de nombreux joueurs de perdre une grande partie de leur pilosité crânienne. Et tout cela fait qu'au final, on n'a pas tant que ça l'impression d'avoir suivi un chemin tout tracé et tout scripté.
Les Plus
  • L'immersion totale
  • Les voix françaises, de très haut niveau
  • Les Allemands qui parlent en allemand !
  • La qualité de la prise en main de la gestion d'équipe
  • Le réalisme qui ne rend pas pour autant le jeu élitiste
Les Moins
  • La linéarité de certains passages