MadWorld frappe fort... dans le vide

15 avr. 2009
Testé par sur
Disponible sur
2
  • Éditeur SEGA
  • Développeur PlatinumGames
  • Sortie initiale 13 mars 2009
  • Genre Beat'em All

Ce jeu que j'aurais aimé adorer tend un peu trop la tronçonneuse pour se faire découper. Son scénario sans intérêt empêche de s'attacher au héros ou aux autres personnages, amis ou ennemis et la jouabilité offre toutes ses maigres ressources au bout d'une demi-heure de jeu. Ne reste alors que la créativité requise dans ses exécutions pour gonfler le score rapidement, cache-misère d'une progression désespérément répétitive. Admettons tout de même qu'avec son esthétique tonitruante et son ton délibérément crétin, MadWorld parvient à sortir du lot des innombrables jeux sans saveur qui envahissent les rayons Wii. Réussite mitigée, peut-être. Mais ça reste beau, les gens qui osent.

Attendu de pied ferme par les possesseurs de Wii frustrés par les ludiciels et autres titres pour joueurs occasionnels, MadWorld remplit son contrat en terme de violence ludique et esthétique. Radical, le premier né du studio Platinum Games s'inscrit bien dans la philosophie de son producteur Atsushi Inaba, désireux de "pousser le délire le plus loin possible". Certes mais... que se passe-t-il lorsque ce "plus loin" aboutit à une chute du haut d'un gratte-ciel ?

Aucune femme n'arrêtera Jack.

Un monde de fous

Dans un futur sans doute proche (ou un présent légèrement exagéré), la télévision ne reconnaît plus la moindre limite déontologique et le dernier jeu à succès s'appelle Death Watch, une émission de survie qui fait passer Koh-Lanta pour une cour de récréation d'école maternelle. Le principe : filmer les occupants de Jefferson Island, ville insulaire condamnée, dans leurs vies quotidiennes faites de chasses à l'homme et de tortures sadiques. Vous incarnez Jack Cayman, nouveau participant de cette téléréalité pour dégénérés qui semble avoir un autre objectif que le pactole promis au gagnant. Enfin, peut-être... Un titre évocateur, une parodie ultraviolente du type de télévision qui flatte nos plus bas instincts dans un jeu sans concession pour la console des salons IKEA... Oui, MadWorld promettait beaucoup mais déçoit sur certains aspects. Evacuons d'entrée le plus flagrant : le scénario. Malgré un postulat de départ séduisant qui rappelle New York 1997 de John Carpenter, MadWorld n'a pas grand chose à raconter ni à dire et s'encombre pourtant de cinématiques bavardes inutiles. Pas la peine non plus d'espérer une géniale pirouette finale pour sauver l'affaire comme dans Los Angeles 2013. Ceci dit, il ne s'agit pas d'une production d'Hideo Kojima, voyons donc dans quel ailleurs se situe son intérêt.

Le Baron Noir et son assistante introduisent les défis spéciaux.

Regarde les hommes tomber

L'île sur laquelle se déroule le jeu est composée de plusieurs quartiers : centre-ville, quartier chinois, château autrichien, zone militaire et casino. Chaque section comprend trois niveaux dont un qui consiste simplement à un affrontement direct contre un concurrent Death Watch. Dans les niveaux classiques, l'objectif est un score à atteindre afin d'accéder au combat contre le champion défié. Et pour accumuler les points, il s'agit de tuer d'autres participants si possible de la façon la plus originale et la plus spectaculaire qui soit. Ainsi, chaque niveau (qui ressemble généralement plus à une arène qu'à un parcours d'un point à un autre) regorge d'objets, mobiliers urbains et éléments de décors à utiliser pour exécuter vos ennemis dans des enchaînements surréalistes et outranciers, façon Itchy & Scratchy. Au fil du score augmentant, Jack peut récupérer de nouvelles armes, des vies supplémentaires ou participer à des épreuves spéciales sous forme de mini-jeux gores ("fléchettes humaines" donnant une idée du principe), d'ailleurs jouables à deux indépendamment du mode solo. Certains niveaux proposent également des défis particuliers à la manière des succès sur Xbox 360 : empaler six ennemis sur la fontaine, enfoncer cinq poteaux dans la tête de la grosse bestiole, tuer trois aliens... Amis de la subtilité, vous allez déguster !

De nombreuses onomatopées soulignent l'esthétique BD du jeu.

Pas le temps pour les larmes

Esthétiquement, MadWorld ne ressemble à aucun autre jeu avec ses graphismes noirs et blancs régulièrement tâchés de rouge sang, ses onomatopées soulignant l'action et ses cinématiques à base de cases de BD dynamiques. La bande-son hip-hop accompagne parfaitement les outrances du jeu et le ton général mérite haut la main son interdiction aux moins de 18 ans. Les commentaires du faux jeu télé, doublés en français, sont très drôles et participent au délire total voulu par les développeurs. Avec ses affrontements, ses gags et son grain de folie unique, MadWorld offre quelques moments intenses aux joueurs. Pourtant, une question pointe au moment du générique final : à quoi bon ? A quoi bon charcuter des centaines d'ennemis ? Parce que c'est drôle ? Les rires viennent pourtant peu des combats. Parce qu'il faut faire le score ? Parce qu'il faut avancer coûte que coûte ? Au fond, Jack lui-même n'en sait rien et il s'en fout. Jack n'est pas Travis de No More Heroes, ses ennemis n'ont aucune histoire ni émotion comme savait si bien les apporter Suda 51 dans sa contribution punk à la ludothèque Wii. Sans parler des cinq heures que dure l'aventure de Jack, déjà bien suffisantes pour s'apercevoir que passé le premier quartier, la jouabilité tourne en rond : enfoncer deux ou trois trucs dans la tête, un pneu ou un baril par dessus et hop, empalé, c'est pesé !
Les Plus
  • Une direction artistique unique
  • L'humour omniprésent
  • Un bon coup de sang pour un genre longtemps délaissé
Les Moins
  • Le scénario totalement accessoire
  • La jouabilité au final peu variée
  • La violence sans réel enjeu