A-Train HX ou l'élitisme du cheminot

10 avr. 2008
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Dans un pays comme le Japon, où le train connaît un engouement colossal, A-Train passe pour une série unique, entre gestion et pérégrinations à la première personne. Ici, le jeu passera pour élitiste, s'accordant mal avec les désirs et les sollicitudes des joueurs occidentaux. Chargés de références bien plus riches, ils n'auront que faire de cet A-Train HX à l'entreprise de gestion dérisoire et condamnés à obéir à un schéma de construction qui leur semblera superflue. Il faut avoir un amour immodéré pour les chemins de fer et les paysages filant à grande vitesse pour apprécier A-Train HX.

Le vivier de joueurs sur la console de Microsoft étant très important et le genre très faiblement représenté, l'occasion pour 505 Games de distribuer le jeu hors de ses frontières tient à la fois du courage et de la raison. Vieille institution japonaise, la série des A-Train va sur ses vingt ans. Jeu de gestion urbaine, son originalité est de mettre le train au cœur de ses rouages. Fort intéressante, la série n'a toutefois jamais connu l'accueil critique adéquat en Occident et cet épisode, conforme à ses habitudes, risque de ne pas changer la donne.

Toute la puissance de la XBox360 qu'ils disaient !

Austérités de la découverte

Vous voilà perdu. Le menu austère qui vous accueille, vous offre le choix de la partie libre ou du mode construction. Sans vraiment savoir de quoi il s'agit, vous n'hésitez pas longtemps et vous dirigez vers celui qui vous semble le plus familier : la partie libre. Au vu des villes proposées, vous comprenez qu'il vous faudra prendre en charge l'une de ces cités : géographie et fonds financiers divergents en disent long sur la difficulté qui les distingue. Sans trop savoir comment choisir, ce sera au coup de cœur géographique pour les uns ; pour les autres, les villes qui offrent le moins d'autonomie bancaire sauront les séduire. En tout cas, une fois la ville choisie, la surprise sera grande : les mots inscrits sur la quatrième de jaquette viendront vous hanter. "Profitez du réalisme et de la beauté des paysages urbains que seule la Xbox360 peut vous offrir", "A-Train HX exploite toutes les capacités de la Xbox360". Vous vous apercevez de suite que ces grandes promesses sont bien loin. Une mise en contexte est essentielle.

Un mode de placement facilité par une carte en papier millimétré.

"À l’écart des références occidentales"

La série des A-Train a grandi à l'écart des références occidentales et il vous faut faire preuve de retenue pour éviter de les lui envoyer en pleine figure. Mise en parallèle avec les licences prestigieuses que vous connaissez, le jeu n'offre que peu d'intérêts et c'est avec un regard neuf qu'il faut le questionner. À l'intérieur de sa propre histoire, les désuétudes graphiques et techniques d'aujourd'hui apparaissaient lors de sa sortie (en 2005) comme une véritable évolution. A-Train HX apporte un progrès important : pour la première fois dans la série, il vous est offert la possibilité d'organiser votre ville comme il vous plaît. Cette donnée d'organisation prend ici une ampleur évidente, puisque la principale originalité de la série des A-Train vient de la possibilité de parcourir la carte à bord des trains circulant sur le réseau de chemin de fer, que vous aurez soigneusement pris le temps d'installer.

Loin d'être beau, le jeu saura tout de même séduire les amoureux de chemins de fer.

L’effort du bâtisseur et la mélancolie du voyageur

Tous les enjeux d'affection pour A-Train HX se trouvent réunis dans cette simple idée : bâtir son propre contexte urbain et s'y promener en train. Nombre d'entre vous auront déjà déguerpi à l'évocation d'un tel postulat contemplatif ; mais vous autres, amoureux du rail et des "locomotives en furie" connaîssez la valeur d'une idée aussi prépondérante à l'édification d'une Cité, dévouée aux trajectoires "express". Le mode construction est bien garni : il comprend plusieurs édifices répartis en catégories (gares, usines, installations publiques, boutiques, logements... ), possédant différentes configurations et plusieurs niveaux d'élévation. Une large place est bien sûr faite à la construction de votre chemin de fer avec rails plats et funiculaires, qui s'adaptent à tous les dénivelés créés. Vous pouvez aussi travailler les strates terrestres pour y installer parcours et gares souterraines. Les possibilités sont illimitées et vous permettent toutes sortes d'urbanisations complexes. À l'opposé des frivolités piétonnières d'un Sim City, A-Train HX dans ses excursions ferroviaires à la première personne trouve une inestimable ambiance : fascinante et mélancolique.

Beaucoup de tableaux mais peu d'interactions au travers d'eux.

Un gestionnaire bien morose

Insensible aux promenades en train, votre passion à vous ce sont les jeux de gestion. Vous voyez en A-Train HX l'occasion de vous livrer à un genre de plus en plus rare sur console, et pensez que le jeu saura combler vos attentes en terme de management urbain. Par malheur vous avez tort, la partie libre étant dans la continuité du mode construction. Vos finances sont partagées en plusieurs activités (désignées par les catégories de bâtiments). Quand l'une de ces catégories perd de l'argent, il faut créer le bâtiment qui permet d'amener les bénéfices. Ce nouveau bâtiment, s'il est de bonne taille, sait efficacement combler vos pertes et stabiliser votre situation. S'il est trop petit, il diminue le déficit sans le combler ; s'il est trop grand il provoque de nombreux déficits dans d'autres catégories qui devront être comblées sur le même schéma. La difficulté du jeu étant pour vous de faire preuve de tact et de placer la bonne taille de bâtiments, ces derniers étant très chers et l'argent ne se gagnant que très mollement. Le rythme du jeu est long et ennuyeux. Vous cherchez très souvent à accélérer le jeu, en attendant d'avoir assez d'argent pour agir, mais l'effet est désagréable et n'arrange pas les choses.
Les Plus
  • Un mode construction riche qui permet toutes les subtilités.
  • La possibilité de se promener en train à travers ses cartes.
Les Moins
  • Des mécaniques de gestion préhistorique.
  • Un équilibre financier qui ne permet que peu d'initiatives.
  • Le jeu ne fait aucun effort pour s'ouvrir à un public plus large.