50 Cent Bulletproof : un jeu à neuf balles ?

12 avr. 2006
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Sympa à jouer par moments et plutôt exaspérant à d'autres, 50 Cent : Bulletproof souffre d'une réalisation en demi-teinte et d'un scénario inintéressant, malgré la présence de guest-stars comme Eminem ou Dr Dre. C'est tout juste s'il peut accéder au rang de série B honorable, tant la morale aurait tendance à l'interdire, puisque les quelques atouts du gameplay sont simplement des pompages judicieux de la concurrence. En définitive, la seule vraie qualité inhérente au titre lui-même, c'est l'ambiance musicale très agréable qui reprend les classiques de 50 Cent. Les développeurs du jeu ne s'y sont pas trompés : avec l'argent récolté sur les cadavres ennemis, il est possible de collectionner les clips et les morceaux de Fifty, de G Unit, et d'autres artistes du label Aftermath. Voilà qui, ajouté à la violence déconseillée aux moins de 18 ans, suffit sans doute à faire un produit rentable, mais certainement pas un bon jeu.

Georges Orwell ne l'imaginait sans doute pas de cette façon : Big Brother est un grand black réchappé des quartiers chauds du Queens, à New York. Déjà présent sur le petit écran via MTV, sur le grand avec un film aux inspirations autobiographiques, et dans le téléphone portable de votre petit frère qui télécharge toutes les sonneries adaptées de ses chansons, Curtis "50 Cent" Jackson vient d'ajouter une nouvelle corde à son arc : un jeu vidéo labellisé "gangsta". Simple produit marketing ou oeuvre à part entière ?

Fifty et sa fine équipe de gangsta-wesh-wesh.

On connaît la chanson

Vous ne pourrez pas dire que vous n'avez pas été prévenu : dès la cinématique d'introduction, le ton est donné. Un morceau de 50 Cent sert de fond sonore à une superposition épileptique de vignettes "hip hop" : de jolies filles se trémoussent devant de grosses Ferrari, Fifty se visse une casquette sur le crâne, des copains à lui un peu nerveux agitent leur chaînes "bling bling" en montrant les dents, Fifty tire sur de vilains asiatiques... On comprend juste deux choses essentielles : d'une part, 50 Cent : Bulletproof est un produit hybride entre clip, film et jeu, résumant en soi toute une logique marchande ; d'autre part, l'ambiance "street life" promet de sonner assez juste pour un peu qu'on ne s'indigne pas des clichés de rappeur habituels qu'elle mettra en scène.

Un homme, un vrai : 9 balles dans la peau et toujours debout.

Un barillet entier, sinon rien

50 Cent a construit son succès sur une petite gloire personnelle : il a survécu à 9 balles de 9 mm. Le fan, a fortiori le joueur, est assailli par les questions : "Qui ? Quoi ? Comment ? Où ?" Le jeu tâche d'y répondre, en étoffant l'anecdote initiale jusqu'à en faire un véritable scénario dont on ne doit évidemment pas être capable de tout à fait démêler le vrai du faux : quand on ne sait plus faire la part du mythe et de la réalité dans la vie d'une star, celle ci accède définitivement au statut de légende. On comprend donc la démarche qui s'opère ici, et on s'afflige d'autant plus du résultat : cette légende là ne vaut pas tripette, tant elle passe à la moulinette tous les clichés du héros vindicatif qui réchappe de la mort. Entre des méchants bêtes et ridicules et des partenaires interchangeables malgré une ébauche de personnalité stéréotypée, le jeu prend un sale air de déjà-vu : pour un gangsta, Fifty verse dangereusement dans le conformisme.

Fifty doit parfois couvrir ses potes le temps d'un crochetage de porte.

Gangsta d'opérette

Quand 50 Cent veut se venger, il n'y va pas par quatre chemins : il tue tout le monde. Le temps de jeu est en effet dominé par des gunfights pas trop désagréables, tant Fifty se laisse aisément manier, malgré une vue à la troisième personne pas toujours très adéquate. L'écueil majeur du gameplay vient en réalité du système de visée, puisqu'il est impossible de verrouiller ses cibles : la difficulté s'en trouve accrue, mais aussi, du même coup, l'irritation : ce qui passe d'abord pour un challenge finit par représenter une source d'exaspération. De plus, l'I.A est capable du pire comme du meilleur, et la résistance exagérée des ennemis écœure à long terme : il faut vraiment leur vider un chargeur dans le buffet pour s'en débarrasser, ce qui est peu pratique quand on doit affronter six gaillards armés jusqu'aux dents à la fois. Dommage, car à force de pomper le meilleur de la concurrence (Max Payne,Dead To Rights...), 50 Cent : Bulletproof proposait un rythme assez haletant. Mais à vouloir tout faire, le jeu ne fait rien vraiment correctement et sombre même parfois dans le ridicule : les exécutions au corps à corps, par exemple, se veulent sanglantes mais sont justes grotesques, à trop vouloir copier la violence gore d'un Manhunt sans en capter l'aspect burlesque ni en égaler l'animation impeccable.

Les ennemis sont laids et les décors franchement ternes.

La froideur des quartiers chauds

Dans 50 Cent : Bulletproof, gameplay bancal rime avec réalisation inégale. Si certains décors en extérieur (notamment dans le quartier de Fifty) bénéficient d'effets de lumière réussis et de textures agréables, on ne peut pas en dire autant de la plupart des intérieurs, qui non seulement sont modélisés assez sommairement, mais qui en plus se ressemblent tous : la visite (armée, évidemment) d'un restaurant chinois laisse assez perplexe, tant le décor s'avère avare en éléments d'inspiration asiatique : à quelques détails près, il pourrait tout aussi bien s'agir d'un restaurant italien ou, tant qu'à faire, moldave. Cette monotonie se voit encore renforcée par l'utilisation d'une palette de couleurs extrêmement réduite, puisque s'étendant du noir au blanc en passant par le gris dans une grande majorité de décors urbains, qui eux mêmes n'ont rien d'original (une feraille, des docks...). Tristesse et laideur ne sont pas forcément liées : il aurait été possible de représenter la grisaille des quartiers chauds avec un peu moins de fadeur. Quant aux cinématiques, leur manque de finesse n'est pas scandaleux en soi mais fait un peu de peine à l'heure où commencent à débarquer les jeux next gen. Le seul point fort de la réalisation, finalement, réside dans la modélisation de 50 Cent, sur laquelle semblent avoir été concentrés tous les efforts.
Les Plus
  • C'est maniable
  • Une action efficace et un rythme soutenu
  • La bande-son très riche (4 albums environ)
  • Un Fifty très bien modélisé
Les Moins
  • Une réalisation assez terne
  • Le scénario soporiphique
  • L'I.A bancale
  • L'animation faiblarde
  • Les mises à mort grotesques
  • Des ennemis trop résistants
  • Impossible de verrouiller les cibles