Mitnick contre-attaque

24 janv. 2000

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Après sa sortie de prison vendredi dernier, Kevin Mitnick, le "célèbre" hacker arreté pour la cinquième fois et emprisonné il y a cinq ans, puis "conservé" au frais sans procès, se retourne aujourd'hui contre ses détracteurs, estimant avoir été un bouc émissaire, dont l'honneur est aujourd'hui complètement détruit par la toute-puissance des médias.

"Mes détracteurs ont profité d'absolument tout ce qu'ils pouvaient, de ma réputation personnelle, jusqu'à l'utilisation au dernier moment d'une série de 1700 pièces à conviction tout juste avant un procès", a déclaré Mitnick, lisant d'un petit dossier de trois pages, et s'adressant aux journalistes l'attendant à la sortie de sa prison de Lompoc, en Californie.

Il y a 5 ans environ, les autorités fédérales américaines ont arrêté Mitnick sous l'accusation d'avoir "mal utilisé" de l'équipement Pacific Bell (en l'occurence les cabines téléphoniques de la compagnie du même nom) afin de faire du phreaking (se connecter à un réseau téléphonique sans payer de frais de communications), et de s'être illégalement approprié des codes sources appartenant à Motorola, Sun, NEC et Novell, entre autres.

"Mon cas n'est pas comme les autres", déclare Mitnick, "dans la mesure où je n'avais aucunement l'intention de nuire à qui ou quoi que ce soit."

Un journaliste du New York Times, John Markoff, qui s'était occupé à l'époque de traiter l'affaire Mitnick dans les colonnes du plus célèbre journal de New York, s'était servi entre autres du japonais Tsutomu Shimomura (que ZDNet appelle mollement "computer expert" alors qu'il ne s'agit que d'un autre gros hacker du même calibre que Mitnick) afin d'aider à épingler Kevin.

Markoff étant aussi dans le collimateur de Mitnick pour avoir aussi fortement contribué à dénigrer sa réputation par voie de son journal, il se défend en déclarant etre "déçu" par ce dont Mitnick l'accuse, car ce dernier semble totalement nier avoir appris quoi que ce soit pendant les 20 dernières années, alors qu'il hackait joyeusement des centaines d'ordinateurs. Markoff annonce néanmoins ironiquement que Mitnick aura au moins appris pendant ces cinq dernières années "que ce n'est pas bien de pénétrer dans les ordinateurs des autres". Il a aussi précisé que Mitnick avait été arreté cinq fois pendant les vingt dernières années, ce qui ne l'a pourtant pas empêché de continuer. "Ca n'est pas comme si on ne lui avait pas laissé sa chance", ajoute Markoff. Il continue en mentionnant que ce qu'il a écrit à propos de Mitnick n'a concerné que ce qu'il a été pendant quatre ans, à savoir un fugitif, et que c'est uniquement dans cette optique que ces articles ont été écrits.

De son coté, Mitnick clame clairement et simplement qu'il considère ne pas avoir été traité de manière "juste". Sous ses airs fatigué et amaigri -- précisons que Mitnick était relativement gros il y a 5 ans, pas obèse mais gros quand même, et son séjour au frais lui a fait perdre beaucoup de poids -- Mitnick s'en prend à la partie civile, l'accusant carrément d'avoir "empêché" ses avocats de le protéger convenablement, et d'avoir voulu exagérer le mal fait. Mitnick ne nie pourtant rien de ce qu'il a fait pendant toutes ces années, mais reproche simplement à ses accusateurs d'avoir tout amplifié à l'excès...

En effet, la partie civile a estimé à 80 millions de dollars les dommages occasionnés aux différentes entreprises concernées par les "attaques" de Mitnick, mais ils ont compté dans ce montant les sommes investies dans les recherche et développement.

La morale de l'histoire, c'est qu'il faut espérer que l'affaire Mitnick sera la dernière de la hack-o-mania des années 80, ou que tout du moins les affaires à venir ne feront pas autant de bruit, selon les propos recueillis d'une avocate de San Francisco, Jennifer Granick (chargée de la défense de Kevin Poulsen, un autre "petit" hacker dont l'affaire avait été traitée il y a de cela quelques années).


(NDLR: Texte partiellement résumé et traduit de l'article de ZDNet)