Test | Like a Dragon : Infinite Wealth
27 janv. 2024

La Légende du bout du monde

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Like a Dragon : Infinite Wealth

Seulement quelques semaines après The Man Who Erased His Name, voilà que débarque le nouveau pendant RPG de la licence de SEGA. Yakuza : Like a Dragon avait été l'une des réussites de l'année 2020, et Like a Dragon : Infinite Wealth se devait de confirmer ce succès. Mission accomplie pour Ichiban Kasuga ?

L'histoire

Ichiban Kusaga tente de se reconvertir loin des yakuzas... enfin presque : au sein d'une agence pour l'emploi, il aide justement d'anciens voyous à obtenir un travail honnête. Tout bascule le jour où — avec certains vieux amis — il est calomnié sur les réseaux sociaux et perd son job. Notre héros a d'autant plus le "seum" que l'un de ses derniers rencards s'est mal passé. Au fond du trou, il trouve toutefois une porte de sortie atypique et dépaysante : après un lot de révélations, le voilà parti pour Hawaï. À lui la belle vie ?

L'un des points perturbants de ce Like a Dragon : Infinite Wealth, c'est que son introduction pouvait laisser augurer un épisode plus dramatique et audacieux. Au bout du compte, nous nous retrouvons avec le ton habituel de la licence. Non pas que ce soit un mal, mais nous avons quand même un peu l'impression d'un (petit) acte manqué, et d'une série qui ne se renouvelle plus à force de mêler histoires de yakuzas et Feux de l'amour.

Le constat est d'autant plus regrettable que le titre se refuse à passer un cap dans le réalisme, alors que certains sujets (pour le moins sérieux) auraient pu s'y prêter : secte, rapport à la maladie, infirmité... Bien que ce soit généralement justifié par l'histoire, il est dommage que quelques personnages (âgés, handicapés, etc.) se voient relégués au second plan et n'intègrent pas le panel jouable, ne serait-ce que ponctuellement. Le gameplay et l'ambiance du jeu s'y prêtaient, et cela aurait pour le coup insufflé un côté progressiste.
Des yakuzas à Hawaï, et de petits actes manqués

Même s'ils manquent parfois de diversité, certains nouveaux personnages ont de sacrés d'atouts.

Infinite Wealth conserve surtout l'une des marques de fabrique de meilleurs volets de la licence : une mise en scène parfois très futée, en particulier lorsqu'il s'agit des dialogues et des moments de tension majeurs. Malgré ce point, un vrai souci demeure : comme évoqué, le ton de la série s'essouffle et ce qui passait pour une variante du réalisme vidéoludique (notamment retranscrit par le contenu, dans un espace restreint) il y a dix ans peine désormais un peu à convaincre. Ainsi, au-delà de son humour absurde et son amour pour le symbolisme (et entendons-nous bien : nous comprenons que c'est l'esprit de la saga et nous faisons avec), nous assistons quand même à une sorte de nanarisation de la licence où, sous couvert d'archétypes et de symboles, les développeurs n'accordent plus aucune importance à la crédibilité des situations. Deux exemples en tête : tandis qu'Ichiban s'enfuit d'une maison dans laquelle un boss pénètre, il se met à converser cinq minutes derrière celle-ci avant que l'ennemi en question se pointe enfin. Nous pensons également à ce passage durant lequel, d'énervement, Kiryu casse son téléphone (juste la vitre ?) avant qu'Ichiban... tente de le joindre quelques instants plus tard. Cela peut sembler être un détail (et chacun jugera s'il peut s'en accommoder ou non), mais force est de constater que la licence ne fait strictement plus aucun effort sur ces séquences qui — encore une fois — deviennent légion. Fort heureusement, quelques passages remarquables et riches en émotions viennent contrebalancer ce constat.
Mise en scène exemplaire pour situations parfois WTF

La technique

Aussi excellentes que soient certaines séquences, les dialogues durent parfois quinze minutes.

Un paradoxe d'Infinite Wealth, c'est qu'il débute en recyclant l'environnement du premier volet (sans en dire trop, vous y reviendrez ensuite à plusieurs reprises). Rien de surprenant tant c'est (hélas ?) dans l'ADN de la saga. Toutefois, soyons clairs : cette introduction est impeccable techniquement. Non pas que l'expérience soit révolutionnaire sur l'aspect graphique, mais tout est net, sans scintillement et avec un framerate véritablement au poil — chose pas courante quand on sait que nous avons reçu le jeu avec pas mal d'avance. C'est bien simple : dans ces moments, ce Like a Dragon a presque un côté moderne en comparaison du dernier spin-off en date.

Il y a malheureusement un souci : tandis qu'Hawaï était la promesse d'un dépaysement assuré, il faut avouer que la destination est plutôt décevante sur le plan visuel (et pas que). Bien sûr, avec ce nouvel endroit et à l'inverse de d'habitude, le studio n'a pas pu recycler tous ses modèles clés en main. Rien que le fait que la plupart des PNJ soient occidentaux parle de lui-même, tout comme la présence d'une plage (peut-être la vraie réussite de l'île), et on se doute que tout cela représente un certain boulot.
Tantôt magnifique, tantôt décevant

Le jeu est parfois très beau, voire magnifique.

Néanmoins, même dans ces moments, Infinite Wealth rappelle justement les anciens épisodes, avec des textures pas toujours folichonnes, des décors pas franchement modernes (les immeubles, les rues, etc.) et des lieux qui manquent de naturel. Ce constat est un peu renforcé par le doublage, ici initialement sélectionné en japonais (l'aventure débutant au Japon) mais contenant parfois des passages en anglais, qui n'est pas du tout convaincant sur l'île américaine. Est-ce que l'on a l'impression d'être à Hawaï ? Pas vraiment et c'est tout le souci.

Et cela vaut d'ailleurs pour l'écriture et le game design. C'est peut-être le gros problème du titre : il n'exploite jamais sa nouvelle destination, ou alors si peu. Nous pouvons certes évoquer certains mini-jeux comme éventuelles exceptions (ou la possibilité de saluer n'importe qui dans la ville — mouais), mais le sentiment général persiste, si bien que l'expérience aurait pu se dérouler sur les côtes japonaises que nous n'aurions pas vu grandes différences. À croire qu'Hawaï n'était là que pour intégrer quelques modèles de chemises hawaïennes.
Hawaï en version trop japonaise

Le principe

À d'autres moments, Hawaï déçoit un peu esthétiquement.

Heureusement, Like a Dragon : Infinite Wealth propose un gameplay (toujours inspiré des jeux de rôle japonais) très bien fichu, et surtout amélioré depuis le précédent volet. Pouvant désormais se déplacer dans des zones restreintes lors des affrontements, et donc interagir en conséquence, les différents personnages se complètent à la perfection. Il découle de tout cela un vrai dynamisme, proche des J-RPG modernes. On en vient toutefois à regretter que le titre — du moins dans son premier quart (ce qui correspond déjà à quelques chapitres et à un paquet d'heures de jeu) — mette de côté l'aspect ludique. Les cinématiques et dialogues s'enchaînent et le joueur ne joue en fin de compte que très peu. C'est dommage car Yakuza : Like a Dragon, à défaut d'avoir un système de combat parfait, avait au moins la bonne idée de savoir maîtriser son rythme.

Infinite Wealth laisse de temps en temps la désagréable impression de vouloir tenir le joueur par la main. C'est dans certains cas agaçant, surtout que ce n'est que rarement justifié — aussi bien par le scénario que sur le plan artistique. Tandis que nous aurions pu espérer voir Ichiban profiter de sa première destination hors du Japon, nous retrouvons tous les gimmicks (parfois insupportables) de la saga — comme ces sempiternelles interruptions à chaque coin de rue, nous faisant rencontrer des PNJ bavards qui nous proposent des missions secondaires. Se rattachant à un genre plutôt libertaire, Infinite Wealth a donc ce paradoxe de livrer une expérience assez liberticide. Un constat qui évidemment s'améliore au fil de l'aventure (surtout après 25h de jeu), mais la longueur de cette dernière tend alors à rappeler que la série — à l'instar des productions d'Ubisoft — a toujours eu tendance à faire du remplissage sous couvert de générosité.
Des systèmes de jeu exceptionnels

Le contenu

Vous déplacer vous permet de choisir l'angle des attaques, et donc de toucher plusieurs ennemis.

Nous voici d'ailleurs bien ennuyés lorsqu'il faut parler du remplissage. Si la quête principale de ce Like a Dragon ne nous a pas transportés outre mesure, pâtissant de déséquilibre et d'un petit manque d'audace, difficile de ne pas tomber sous le charme de la progression ainsi que de certaines activités. Comme les épisodes majeurs de la saga, Infinite Wealth est d'une générosité hallucinante. Si bien qu'il devient compliqué de juger une telle expérience. En effet, quelle est l'importance d'une quête principale ou d'un scénario quand des mini-jeux ou des pans secondaires peuvent vous occuper pendant des dizaines d'heures ? C'est le cas, notamment, du mode relatif au management touristique : sur une île que vous devez nettoyer (quotidiennement) et dans laquelle vous récoltez des ressources, vous bâtissez votre propre ville avec des centaines de constructions, meubles et objets que vous pouvez aussi parfois intégrer à votre maison. L'hommage à Animal Crossing est appuyé et vous pouvez même accueillir des visiteurs pour les satisfaire... et espérer qu'ils dépensent de l'argent dans votre paradis.

On parle ici d'un titre de gestion qui s'étale facilement sur une vingtaine d'heures, dont l'expérience peut être partagée en ligne (vous pouvez parcourir l'île des autres joueurs), et auquel il faut ajouter ensuite les habituelles activités de la licence : fléchettes, sessions de karaoké, courses, combats de sujimons (adversaires que l'on capture et répertorie comme dans l'épisode de 2019)... Entre tout ceci, et le fait de pouvoir multiplier les jobs pour nos personnages, c'est donc aisément une centaine d'heures qui attend le joueur qui souhaite vraiment s'investir dans ce volet.
Digne d'un magnum opus ?

Pour qui ?

Nous retrouvons la plupart des activités de la licence. Ici le karaoké.

Difficile de ne pas conseiller Infinite Wealth tant ce Like a Dragon est gargantuesque. En fait, il faut se rendre compte d'une chose : le travail abattu ici est colossal, d'une générosité folle. Si bien que le titre (ou la licence) ne joue pas dans la même cour que d'autres expériences à environnements ouverts. La saga est peut-être l'une des rares à retranscrire — avec ses moyens et partiellement, mais c'est déjà ça — le gigantisme d'un "concurrent" tel que GTA. Quand l'œuvre de Rockstar propose de jouer au tennis ou de participer à des courses, celui de SEGA livre un jeu de gestion, un système de capture de monstres, etc.

Bien que des défauts restent agaçants, il faut avouer que nous avons toujours affaire à une expérience que l'on qualifiera de « qualité supérieure », sans commune mesure avec des titres parfois plus secondaires et qui pullulent depuis une quinzaine d'années. Sachez d'ailleurs que même votre serviteur, qui n'a pas spécialement apprécié The Man Who Erased His Name et qui a aussi des reproches à faire à Infinite Wealth, s'est petit à petit fait cueillir par ce nouvel épisode tant le côté gargantuesque (et le travail de précision) nous assomment et fait office de rouleau compresseur.

Enfin, il est (peut-être) quand même préférable de jouer à Yakuza : Like a Dragon avant de s'essayer à ce volet. Non pas pour des raisons scénaristiques — honnêtement, contrairement à ce que certains fans diront, il est possible de suivre cette histoire sans connaître le reste de la série —, mais plutôt pour savourer la progression en matière de système. Toutefois, comme nous venons de le dire, chacun peut faire à sa guise : les enjeux de cet épisode "best of" étant facilement compréhensibles, il est tout à fait possible d'en profiter en tant que nouveau venu.
Nouveaux venus acceptés

L'astuce

Avec Infinite Wealth, pas d'histoire de plagiat concernant les designs des Pokémon !

Comme toujours dans Like a Dragon, rappelons (pour les néophytes) qu'il est toujours de bon ton d'effectuer diverses quêtes annexes. C'est surtout vrai pour les gros pans secondaires du jeu, tels que les combats de sujimons ou la gestion de l'île Dondoko. Comme souvent dans la série, cette dernière rémunère gracieusement les joueurs qui s'investissent dans l'expérience. Une récompense qui ne sera pas de trop puisque, à l'instar de la plupart des volets de la saga, Infinite Wealth contient quelques pics de difficulté dont nous nous serions parfois bien passés.
La patience est une vertu
Les Plus
  • Parfois beau
  • Le tout début de l'aventure, plutôt malin, et une narration parfois ambitieuse
  • Quelques moments forts et bien sentis
  • Une mise en scène souvent incroyable
  • Dondoko Island, un (bon) jeu à part entière
  • Quelques activités amusantes, et toujours au poil niveau gameplay
  • Des combats toujours dynamiques et réussis, avec plus de profondeur
  • Des jobs originaux et qui font... le boulot
Les Moins
  • Hawaï, graphiquement un peu décevante
  • La désagréable impression de ne pas souvent être à Hawaï, mais plutôt dans Yakuza x Hawaï
  • Un jeu déséquilibré, avec un début poussif
  • Trop bavard ?
  • Un scénario qui ne sort que rarement du ton habituel de la série
  • La sensation que l'aventure est parfois en mode téléguidé
  • Dommage qu'il n'y a pas plus de nouvelles têtes jouables (et aux designs plus variés)
Résultat

Difficile de juger ce Like a Dragon : Infinite Wealth. D'un côté, certains systèmes ont été perfectionnés. Néanmoins, là où l'épisode d'il y a quatre ans était plutôt bien rythmé, ce nouveau volet met du temps à démarrer. Surtout, nous retombons un peu dans les travers de la série, et cela se reflète jusque dans l'aspect graphique : impeccable quand on parcourt les anciens environnements, et devenant plus quelconque (mais parfois aussi magnifique) une fois qu'Ichiban met les pieds à Hawaï. On se demande alors quel est le but de cette nouvelle destination qui ne justifie jamais réellement son existence. Malgré un côté téléguidé parfois fatiguant, il faut saluer la générosité absolument démentielle de l'ensemble, et la façon dont tous les pans d'Infinite Wealth s'imbriquent les uns dans les autres pour servir une cause globale (un peu comme la solidarité dont font preuve les personnages). En observant la profondeur de l'expérience, nous avons l'impression d'avoir affaire à un travail d'orfèvre tant chaque mécanique, chaque activité et (même) chaque statistique paraît faire sens et se nourrir des autres. Honnêtement, voici un savoir-faire qui, lorsqu'il est exécuté de la sorte, semble unique.

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