Ce dossier se consacre à l'étude des interactions entre notre loisir préféré et le monde méconnu du jeu de rôle traditionnel. Son but est d'éclaircir un tantinet la définition de jeu de rôle, ce qu'il représente sur nos ordinateurs et consoles de jeu, les genres qui s'en rapprochent le plus et le cas ambigu des MMORPG.
Qu'est ce que le jeu de rôle ?
Le jeu de rôle virtuel : rêve ou réalité ?
Dans le domaine du jeu vidéo, certains jeux classés sous la catégorie "jeu de rôle" ne remplissent que le schéma type : le personnage gagne des niveaux en accumulant des points d'expérience ; l'expérience s'obtient en combattant divers ennemis ; la montée en niveau fait gagner de la puissance aux personnages par l'intermédiaire de points à dépenser dans ses compétences, caractéristiques ou capacités et le fait de tuer des monstres permet d'être récompensé par des personnages non-joueurs (ceux qui sont gérés par le jeu) en or ou en objets, validant ainsi des "quêtes". Ainsi Diablo est généralement considéré comme un jeu de rôle, alors qu'il s'agit d'un Hack & Slash extrêmement bourrin (mais de très bonne facture !). Bien sûr, il s'agit d'une schématisation très simplifiée, mais la base est là.
A ce stade, vous êtes en droit de penser que le jeu de rôle virtuel est à mille lieux de son homologue papier. Mais afin de se distinguer des autres jeux, très vite de nombreuses séries ont apportés deux éléments vitaux dans la composition rôliste de leur bébé. En effet, dans des séries tels que les Ultima ou les Elder Scrolls, l'immersion et la liberté d'action constituent les grands points forts, apportant un succès critique et public à ces sagas aujourd'hui mythiques. L'immersion s'obtient logiquement par la beauté des graphismes comme le montre Oblivion, mais aussi et avant tout par le travail effectué sur l'histoire du monde, les us et coutumes, les races parcourant le jeu. Nous nous souvenons tous des tiques géantes qui servaient des montures sur l'île volcanique de Vanderfell dans Morrowind, des capsules de Nuka-cola servant de monnaie d'échange dans Fallout ou même encore les conspirations machiavéliques qui viennent peu à peu effriter le monde gentillement niais de Baldur's Gate. Tous ces petits détails, si futiles soit-ils, apportent une once de cohésion et d'originalité au monde, détournant peu à peu le simple jeu vidéo en véritable univers RPG que même les puristes ne peuvent renier. La liberté de jeu, même si elle est fortement contestée, de par l'aspect scripté de tout jeu vidéo, n'en demeure pas moins présente à tout instant. Le joueur étant invité à parcourir le monde de bout en bout, choisissant de faire la quête principale ou les nombreuses quêtes secondaires qui pourront l'amener à découvrir un autre aspect du jeu. La liberté de jeu s'inscrit de prime abord dans la façon d'aborder le personnage : puissant magicien ou redoutable guerrier ? Serviteur du Bien ou Adepte du Mal ? Honorable voleur ou assassin sans scrupule ? Les choix d'orientation techniques et moraux sont maintenant assimilés comme une constante dans l'univers des jeux de rôle informatiques car leur présence donne un sentiment de liberté alors inconnu et relance l'intérêt du produit.
Les éléments sus-nommés constituent la recette des aventures en solitaire. Mais grâce à la magie d'Internet et du haut débit, de nouvelles formes sont apparues, donnant les rennes de l'histoire aux joueurs eux-mêmes comme dans un jeu de rôle papier. Le premier jeu à exploiter cette technique est Vampire : La Mascarade - Redemption, un jeu Hack & Slash malin et joli, usant à merveille de la licence originelle. Mais l'élément qui l'a fait basculer au statut de jeu d'exception est son mode multijoueur : l'hôte de la partie devient le maître du jeu, sorte de grand manitou ayant le loisir de créer monstres, personnages et objets sur la carte et de les faire parler, vivre et mourir. Dès lors, les joueurs créent leurs propres scénarios, le charme opère et on assiste alors à de véritables parties de jeu de rôles où les joueurs résolvent l'action uniquement en discutant, fouillant les lieux, etc. Ce concept novateur et génial fut repris plus tard par Bioware dans Neverwinter Nights qui fit découvrir au grand public les attraits de ce mode de jeu et le démocratisa grâce à une immense communauté de fans.
En conclusion, le jeu de rôle virtuel est bien réel et prend son réel envol grâce à Internet. Mais le jeu vidéo reste un outil qui doit être utilisé sciemment afin de procurer des sensations proches du jeu de rôle. Une bonne histoire, un monde fouillé et une liberté d'action conséquente provoqueront toujours plus d'entrain auprès de la communauté vidéoludique que des performances techniques et matérielles mirobolantes. Pour preuve, près de 8 ans après sa sortie, Fallout possède toujours une place particulière dans le coeur des joueurs. |