Dante's Inferno : Divine comédie ou Infernale tragédie ?

17 mars 2010
Testé par sur
Disponible sur
2
  • Éditeur Electronic Arts
  • Développeur Redwood Shores Studio
  • Sortie initiale 4 février 2010
  • Genre Action

En voulant trop copier son ami Kratos, Dante’s Inferno reste un peu trop sage et le titre n'est pas toujours à la hauteur de l'ambition présentée dans les salons et dans la démo. Durée de vie courte, gameplay peu novateur, il se démarque néanmoins par une ambiance toute particulière qui pousse le joueur à vouloir voir quels seront les nouveaux monstres et les niveaux. Une fois le jeu fini il est rangé dans sa boite, sans grand risque d'y revenir. Surtout que le titre à eut le bonne idée de sortir entre Bayonetta et God Of War III. Il y a fort à parier qu'il risque de retomber très prochainement dans une abîme d'indifférence, jusqu'à que Visceral Games nous prépare un second opus plus ambitieux et plus alléchant.

Dante’s Inferno ne se cache pas d'être une repompe de God of War. La question est : cela est-il judicieux de sortir un clone des aventures de notre brute chauve préférée un mois avant le troisième opus de la mythique série mythologique ? La réponse est "oui, assurément si le-dit clone possède les qualités suffisantes pour se distinguer des autres beat them all sorti ces derniers temps". Des qualités, Dante’s Inferno n'en manque vraiment pas, mais il ne manque pas de défauts non plus. Zoom sur le challenger.

Les dessins animés, s'ils ne narrent pas une histoire fabuleuse, ont le mérite d'avoir un trait interessant

J'ai perdu Dante Alighieri

Comme le nom l'indique, le titre se veut inspiré de la Divine Comédie de Dante Alighieri. Du moins de sa première partie, quand Dante descend aux enfers. Exit donc le purgatoire et le paradis. Cela dit, l'idée de départ pour un beat-them-all peut paraître culottée, mais intéressante. Malheureusement, sur le plan de scénario et du script, le jeu n'est pas à la hauteur de ses ambitions. Notre Dante en croisé assassiné à la recherche de sa dulcinée a le charisme d'un oursin. Son côté "jeune premier niais" ne lui permet pas de devenir crédible ou attachant. Toutes les tentatives d'aviliser le personnage (exactement à la manière d'un chauve à barbichette énervé bien connu) pour lui donner plus de profondeur font choux blanc. De manière générale, seule l'idée d'une descente guidée par Virgil dans un enfer baroque survit. Le reste n'est que pure fantaisie, et dans l'ensemble, l'histoire ne demeure que peu captivante. La mise en scène des cinématiques étant parfois un peu trop sage et convenue. Là où le jeu tire un peu plus son épingle, c'est dans le moyen de transmettre cette histoire. Si les cinématiques sur le moteur du jeu surfent sur God of War premier du nom, et donc datent un peu, les dessins animés (toujours un peu à la manière de son grand frère spartiate) sont réussies. Un trait anguleux, minimaliste, sombre, qui n'est pas sans rappeler Spawn (le dessin animé de HBO) et pour le coup contribue à plutôt créer une ambiance à défaut d'un scénario. Revenons plus tard sur la dimension artistique du jeu, car si Dante’s Inferno n'est pas exempt de défaut il a pour mérite de permettre à des artistes de se faire plaisir, pour notre plus grand bonheur.

Dante est plus fort, plus fort que la mort.

Dante of War

Passons sur le fait que la comédie divine n'est ici qu'un prétexte pour un bon vieux beat them all. De plus, et malheureusement, Dante’s Inferno suit à la lettre la recette God of War sans vraiment chercher à innover: un bouton de coups faibles et horizontaux pour gérer le nombre, un bouton de coup puissant pour faire des dégâts. Et Oh!, surprise, rester appuyer sur ce dernier décolle l'ennemi du sol pour lancer des combos aériens. Tout comme God of War et déjà Devil May Cry avant lui. Pas de dépaysement donc : un système de magie qui se lance en appuyant sur une gâchette et qui ouvre un sous-menu pour utiliser 4 d'entre elles. Un bouton de parade qui, appuyé au bon moment, permet de lancer une contre-attaque. Même la manière qu'à Dante d'ouvrir les fontaines de vie et de mana est tirée de God of War. Le système de coup à distance (Dante projette des croix d'énergie) ajoute cependant un petit plus à l'arsenal de coups. Un système de 'fatalité' permet soit de finir les adversaires en mode punition ou en mode absolution, qui pour le coup rappelle plutôt Bayonetta (espionnage industriel?). Ne vous enflammez pas pour autant les animations sont peu nombreuses et si la perspective peut paraitre jouissive au début, vous revenez vite sur votre faim.

Là où la partie gameplay se distingue le plus est dans l'évolution de Dante. Deux arbres : une branche ténèbres, une branche sainte. L'une basée sur le corps à corps, l'autre sur les pouvoir à distance vous permettent un peu de personnaliser votre style de jeu. Pour monter le niveau dans ces branches, il vous faut achever les ennemis avec les punitions adéquates et confesser des âmes. Disséminées ça et là des âmes de personnage connus, avec leur histoire sont à votre disposition, et vous pouvez alors choisir de les punir (montant votre arbre de compétences de corps à corps) ou de les absoudre (montant les compétences saintes). Idem que pour le reste, au départ, le système peut paraitre original et intéressant mais cela devient vite répétitif. Dommage que l'idée n'ait pas été poussée plus loin.

Si le design de Dante ne fera pas forcément l'unanimité, sa faux est de toute beauté

God Of Inferno

Fini les défauts, passons aux qualités de Dante’s Inferno car il y en a aussi, assurément. En tant que copie des aventures du chauve irritable, Visceral Studio en tire aussi un partie de la substantifique moelle. Boss géants, combats échevelés contre des ennemis arrivant par grandes vagues, passages de plate-formes et casse-têtes sympathiques sont le lot de ce titre. Pour être franc, il n'est pas question d'ennui. D'ailleurs vous n'avez pas le temps de bailler car le durée demeure assez courte (6-7 heures au mieux, un peu plus si vous voulez le refaire en mode résurrection). Mais au final, le jeu défoule, les monstres impressionnent, les combats sont rythmés et d'un point de vue purement ludique le jeu fait son office. Les modes de difficultés changent assez bien la façon de jouer, et terminer le jeu débloque un challenge spécial (un peu trop facile certes) mais ajoute encore un peu à faire. Ajouter à cela le challenge de tenter de retrouver toutes les reliques (Dante peut ramasser des objets qui l'aident un peu pour le combat), les pierres précieuses à l'effigie de Béatrice, et vous pouvez passer quelques heures à jouer tout de même.

Les âmes hantent les enfers et mettent une sacrée(?) ambiance!

les 9 cercles du bon goût

Là où la qualité principale de Dante’s Inferno réside, c'est dans sa direction artistique générale. Car à l'exception de Dante lui-même, il faut bien avouer que tout le reste suit à la fois une vision originale, baroque, dérangeante de l'enfer. Le titre (déconseillé au moins de 18 ans) met en scène des créatures souvent malsaines, comme un cerbère finalement très humain et 'organique'. Des femmes s'ouvrant le ventre pour en sortir un appendice tentaculaire légèrement phallique, des âmes juchent les niveaux et les zones d'escalade, implorant la pitié du maître des lieux. Les Boss ont de la personnalité, et ont subi le soin d'une attention bien particulière.

LA Bande son soutient plutot bien l'action, et participe à créer une ambiance, sans pour autant dégager un thème fort. Ce n'était pas le but recherché apparemment. Mais tout en nuance, la musique et les cris déments des damnés rythme l'épopée de Dante jusqu'aux entrailles de l'enfer, 9 cercles qui représentent la plupart des péchés chrétiens. Le cercle de la luxure, constitue en une tour organique violet-rosâtre dressée vers le ciel et gardée par Cléopâtre et Marc-Antoine. Le cercle de l'avidité est fait d'or encore en fusion, et est surtout constitué de puzzle qu'il vous faudra résoudre. La Gourmandise est entièrement organique, comme si vous étiez à l'intérieur d'un corps, et à chaque instant des serpents à bouches humaines peuvent sortir du sol pour vous dévorer. Dans l'ensemble, c'est ce qui vous pousse à avancer des ce jeu: découvrir les prochains monstres, les prochains niveaux, juste pour leur beauté et leur design. En soit, cela peut constituer une raison, si ce n'est d'acheter le jeu, au moins de se le faire prêter.
Les Plus
  • Défoulant malgré un gameplay usé
  • L'évolution de Dante, et le système de punition/absolution
  • Une touche artistique qui vaut le coup d'oeil
Les Moins
  • Une repompe pure et dure de God of War, et donc peu de surprises
  • Un scénario qui tient sur un timbre poste
  • Dante a le charisme d'une huître